Tu es là. Une feuille de palmier à la main tu es là mais on ne te voit pas. Tu es moins visible que l’air. Il ne te contourne pas tu es là pourtant. Il glisse dessus et dedans. Tu regardes au travers des choses elles te traversent. Tu vois le fort. Il est blanc et long dans sa perpendiculaire à l’océan. Tu vois à travers le blanc. Tu vois les canons alignés la cour pavée. Tu vois les escaliers marches épaisses et lentes tu vois les escaliers se rejoindre pour poursuivre droit leur ascension. Tu vois les portes fermées tu les entends closes remplies d’un trouble silence tu l’entends fort fort le silence. Tu le vois. Il est fait de corps. Corps serrés corps comme un seul aux nombreux bras aux nombreuses jambes repliées. La transpiration du silence épaisse et lente sur ses peaux, quelques plaies. Enchaîné. Il sent le silence tu le sens. L’odeur sans soleil celle sans rosée celle tu es là. Tu vois plus loin que le silence derrière lui l’océan frappe contre. Tu es là tu tournes là tête. Il est là immense devant toi il te montre l’écume il te montre les creux il. Dans ta main la feuille a séché tu la tiens depuis que. Elle s’agite dans ta main elle agite ton bras elle agite ton dos et tes jambes elle t’agite. Un tremblement tandis que tu es là. Tu la vois assise sur la jetée, de sa nuque elle dresse frontière entre toi invisible et le bleu qui prend tout. Droit son dos droit face aux loins. Tu es là tu vois comme tout ce qui l’entoure reste loin. Rien ne l’approche. Tout est distance. Comme toi. Tu restes là tu es là tu vois. Son ventre arrondi. Tu vois l’enfant. Il danse. Paisiblement il danse et toi tu trembles tes dents claquent. Personne ne les entend. Leur chant sans retour se fracasse en vagues noires sur ta langue et s’évanouit. Mâchoire serrée tu es là tu regardes ce qu’il adviendra et la feuille dans ta main balaie la terre fièvre. Frénésie du geste et de l’argile. Volutes incandescentes s’élèvent. Tu es là. D’un pas te glisses dans la poussière rouge, doucement parle à l’enfant.
Il est là immense devant toi il te montre l’écume il te montre les creux il. Dans ta main la feuille a séché tu la tiens depuis que.
j’aime les mots absents, cachés, à trouver, ou pas.
merci.
Merci pour ton message. En même temps que l’écriture, j’explore ses absences
beau bousculement de la syntaxe dans la mystérieuse dernière phrase
Merci pour ta lecture. J’aime bien quand l’écriture pousse vers mon inconnu en quelque sorte
regarder au travers des choses, entendre et sentir le silence, est-ce que ce sont les corps serrés qui sont enchaînés, où est l’enfant, un beau texte, que j’ai trouvé poétique et mystérieux
Merci Isabelle…
J’aime. J’aime la rythmique des images qui apparaissent et qui disparaissent, j’aime la structure parfois chaotiques des phrases, j’aime le mouvement autour de l’immobile, le bruit autour du silence. Et ce tu autour duquel l’écriture s’enveloppe. J’aime beaucoup, merci Rebecca.
Merci pour ta lecture JLuc !