C’est l’œil sans prothèse. Il scrute mais ne peut s’accrocher aux langues de feu qui s’agitent devant lui. C’est lui qui voit ce que personne d’autre ne peut concevoir. Des écailles rougies, des lamelles montantes, un amalgame de faisceaux et l’entour qui n’est plus. C’est l’œil durci par la myopie quand tout vacille, s’entrelace et se trouble, et ce sont les blés, ou l’herbe haute balayés par le vent. C’est l’œil qui ne distingue plus les corps, mais ne voit que des masses mouvantes qui se déplacent dont on ne sait plus rien, et dont on ne veut plus rien savoir. C’est le même œil immergé dans le passé, les pierres de la maison où craquent les souvenirs, les murs où rayer sa pupille. C’est le même œil qui fait résonner des voix dont on ne sait plus rien de la mélodie. C’est le même œil, entre les formes, qui laisse des traces au fond de soi. C’est l’œil de l’étrange, celui qui sillonne en cascade les songes, et délivre des messages. C’est l’œil qui ne cesse de me regarder.