#construire #05| retour au tube

Mes yeux fouillent le tube, plus exactement regardent dans le tube au travers de la vitre ou de l’écran comme si ils étaient à la place du Juge ou de Roux, la différence est notable, la vitre oppose des reflets, des coulures et des traces qui brouillent les formes. En bas au coin de la vitre, des fils nacrés et impeccablement tendues en une rosace parfaite et scintillante, deux petites boules noirâtres s’y balançant. C’est comme si mes yeux étaient suspendus, là, au bord de l’écran, rivés dans le tube, soucieux de tout voir, s’écarquillant à avoir mal pour juste apercevoir des formes vagues et colorées, mâchurées, une plutôt rouge, une autre plutôt bleue, et une dernière plutôt verte. Les yeux désireux de rejoindre ces formes de couleurs inconnues au dehors où tout est gris sous le ciel, ces formes répandant leur chaleur douillette et appelant le regard de plus en plus éploré, tendu, douloureux. Le tout baignant dans un halo bleuâtre, luminosité venue de l’écran alors que plus d’écran, et les murs flous et tremblotants un peu laiteux, un petit tas jaune au pied, le carré ?  et le reste si vague des formes méconnaissables, une tâche dorée comme une barquette, oui, sûrement une barquette comme un éclat d’or, le désir de mes yeux si puissant, et tout cela tellement indéfini, méconnaissable, lointain mais familier tout de même et les yeux qui voudraient y courir et mes mains qui se tendent vers, cet univers calfeutré à jamais perdu, le tube, effacé lui aussi ? la tension si forte, le regard si douloureux que je n’ai pas pris immédiatement garde à cette silhouette blanche, cette jeune femme nue et longiligne aux cheveux jusqu’aux cuisses qui la rendent invisible, cette jeune femme qui vaque tranquillement au fond du tube, juste une ombre peut-être, une invention de mes yeux qui se collent à elle et finissent par voir qu’elle prépare quelque chose et enfin se retourne, mon cou sent la torsion de son cou, ma main la tasse que porte sa main, elle regarde vers moi, nos yeux alors se touchent, s’embrassent, si près, si près…que le cœur se retourne d’un bloc.

A propos de Catherine Plée

Je sais pas qui suis-je ? Quelqu'un quelque part, je crois, qui veut écrire depuis bien longtemps, écrit régulièrement, beaucoup plus sérieusement depuis la découverte de Tierslivre et est bien contente de retrouver la bande des dingues du clavier...

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