l’entrée de l’immeuble un hall hauteur de plafond trois ou quatre mètres – à gauche la loge du concierge fermée – tout alentour sur les murs des miroirs des colonnes de marbre vert aux pieds dorées – au fond du hall (c’était un hôtel de luxe) les deux cages d’ascenseur en grillage noir encadrent un escalier assez imposant (tapis dans les fleurs rouges, barres dorées marquant chaque marche – les murs sont blancs le plafond du même ton (si c’en est un) décoré d’une couronne figurant feuilles et fleurs de stucs – de part et d’autre de l’entrée, des niches aux fonds décorés de cieux nuageux et clairs
sur la droite du hall en entrant en demi-cercle informel une dizaine de chaises pliantes devant elles un bureau sur lequel se trouve un ordinateur ouvert – un plateau qui occupe le tiers droit du hall
le rendez-vous pour l’assemblée générale extraordinaire était à deux heures de l’après-midi
sous les arcades sur le sol devant l’entrée reste la mosaïque indiquant un h majuscule enlacé à un w majuscule (hôtel windsor crois-je croire dans ma mémoire)
l’entrée de l’immeuble (la plaque de marbre ancien ou vieilli (en hommage disons) à Tolstoï fichée à droite à deux mètres cinquante du sol) est une double porte vitrée de fer forgé ouvragé peint de noir, la porte s’ouvre d’elle-même quand on actionne le petit bouton qui met fonction le groom (entre neuf heures et midi – et entre deux heures et six heures de l’après-midi, lorsque le concierge est présent)
à droite un vendeur de colifichets (bérets, sacs en tissus, écharpes magnets, cartes postales et bien d’autres inutiles objets souvenirs de Paris manufacturés en Chine)
à gauche un officine de banque pratiquant le change derrière des vitres de quatre ou cinq centimètres d’épaisseur puis un magasin de vêtements pour femmes de luxe ou de luxe pour femmes, devant sa vitrine un banc où peut se reposer le mari (l’amant le compagnon ou je ne sais quoi d’autre) je suppose
on entre
il est deux heures
salut à la compagnie : l’employée du syndic d’abord (une première) puis le président de la copro puis les autres copros
un jeune type brun barbe lunettes nouveau en ce concile (une première pour lui aussi) dit-il à un moment
une chaise vide bientôt occupée par une femme la cinquante – ou – soixantaine blonde venant de l’ascenseur de droite et prenant des notes chemisier or et noir bijoux or ceinture or pantalon dans les jaunes d’or fatalement foncés
ici une ombre oubliée, quelqu’un
le proprio du 2 en travaux chemise bleue à petites fleurs sous veste mauve foncé fins liserés d’argent pantalon gris la cinquantaine grisonnante yeux bleus comme la chemise
un vieil homme peut-être soixante-quinze sans doute plus ou alors moins mais ascétique chauve est à la gauche du président de la copro (quatre-vingt sans doute le mètre quatre-vingt-dix légèrement voûté) cheveux blancs vieux pull vieux pantalon de velours dans les beiges noirs et consorts (peut-être bien en chaussons)
une femme vue de dos cheveux en chignon
un type soixante-dix ans copro du 3 jean pull beige chemise bleu foncé blouson cuir noir
une femme la soixantaine pétillante yeux bleus (blonde – tout ce petit monde est plutôt blanc hors l’employée du syndic et le type du 3, peut-être vaguement basané.es) elle est aussi vêtue d’une veste assez cossue bleue un chemisier plus clair sans lunettes qui s’adresse au type à sa gauche lui demandant quelque chose, à laquelle il répond qu’il dispose de beaucoup de demandes mais qu’elle ne se gêne pas pour lui faire une offre
la séance est ouverte l’assemblée tout extraordinaire qu’elle soit compte le quorum la plupart des copros ayant voté par correspondance
l’élection du scrutateur ou secrétaire de séance est prononcée, en l’occurrence la femme en bleu (elle veut bien, oui) à l’extrémité droite du demi-cercle informel autour de la table où siège l’employée du syndic (une jeune femme la trentaine, ronde, joyeuse, plutôt grande (un soixante-quinze peut-être) cheveux bouclés en chignon vêtue dans les verts décolleté avantageux
le vote d’une des résolutions contre le recours
d’autres dispositions
dans le hall passeront deux ou trois personnes : une jeune femme à talons hauts cheveux longs auburn, en costume (sans teinte affirmée) de ville plutôt masculin, un jeune type brun et barbu un sac à dos sur un imper le tout dans les couleurs mastic, puis une autre non identifiée, puis l’employé non du gaz mais de l’internet (défaillant : la femme en or en ayant parlé pour en déplorer la panne depuis un ou deux jours « en plein Paris c’est à ne pas croire ») qui expliquera que le plafond du bâtiment abritant la tête de réseau s’étant le matin même affaissé puis écroulé il ne sait pas quand on pourra à nouveau disposer du wifi, qui s’excuse, sans pourtant y être pour quoi que ce soit et qui s’en va il porte des lunettes des cheveux ras et gris (il est en tenue de travail dans les orange noir gris porte dans la poche basse (vers le genou gauche) de son pantalon une clé anglaise, les mains fortes et empoussièrées) puis viendra un autre copro un grand type brun, un casque de moto au bras, vêtu de cuir noir qui s’excusera pour son retard
on lèvera la séance peu après avoir parlé des élections municipales – on est entre les deux tours – en riant (assez jaune, assez gênés – n’en pas dire trop) sur le fait (assez regrettable, ce n’est pas douteux) que « ici de toutes façons c’est toujours (trop) à gauche » – le type du 3 saluera tout ce monde en disant au type du 2 qu’il n’avait pas compris pourquoi ce dernier l’avait incendié au téléphone au début de l’année, le type du 2 disant, sans pour autant s’excuser, « n’en parlons plus oublions tout ça »
dehors un soleil de printemps
Incroyable comme c’est vivant. On les voit, les distingue. Et le regard qui passe de l’un à l’autre, les saisit rapidement. Quelque chose pour moi de douze hommes en colère. Parce qu’assis. Parce que des numéros, le proprio du 2, le type du 3. Parce que chacun là, bien distinct, avec tout ce qu’on devine de ses avis, de ses goûts.