Sur la place toute en longueur, les nombreux stands sont installés côte à côté et face à face. Le marchand de légumes a aligné les caissettes pleines. Poireaux salades courgettes tomates pommes de terre et bien plus. Une dizaine de personnes attendent patiemment, se serrent, la file s’allonge. Le marchand, en jean, chemise blanche, tablier bleu et chapeau de toile, s’active, trie, choisit, ses mains virevoltent et accompagnent son discours, il vante ses oignons du pays, ses pommes rouges goûteuses, il prend un couteau, partage une belle pomme en petites tranches, tiens goûte ça, tu verras, elle est pleine de jus sucré, le client tend la main, saisit le bout de pomme, le croque, hoche la tête, commande un kilo de fruits. La voix du marchand porte loin, il attire, il séduit avec son bagout, il se penche, sort des pots de menthe et de basilic de dessous la table, tiens, profite, ce n’est pas cher, ça sent bon, la cliente à côté respire, sent le parfum, réclame aussi du persil, sort son porte-monnaie du panier, compte les pièces au centime près, range les pots dans le panier et repart voir les pots de miel en face. Au camion de fromage et de charcuterie, le commerçant rougeaud et bien en chair fait sa réclame, il est debout dans son camion et de sa hauteur, il présente des morceaux de pâté et des carrés de pélardon sur un plateau en bois, il se penche vers les clients qui saisissent au vol de quoi goûter, juger, et acheter. La foule s’est amassée, à trois ou quatre, de petits groupes jalonnent la place, c’est aussi la rencontre, on papote, on échange les dernières nouvelles, difficile d’avancer au milieu des gens avec chiens, poussettes, paniers, sacs rebondissant remplis à ras-bord, cyclistes en difficulté de trouver une trajectoire …
Sur le parvis sablonneux de l’église, on joue aux boules, ça claque, métal contre métal, le joueur se penche pieds joints, la boule bien calé dans le creux de sa main, le bras part en arrière, puis rondement mené vers l’avant pour envoyer la boule vers le but, il y a aussi quelques enfants déjà champions qui s’entraînent en lançant des commentaires avisés. Au bar voisin, les spectateurs encouragent en se levant de table, laissant de côté bouteilles et verres. C’est l’heure de l’apéro, il y a foule, toutes les tables et chaises sont occupées, le barman passe avec son plateau rond en inox, prend les commandes, et se les remémore à haute voix en remuant les lèvres. Le facteur passe avec sa voiture jaune, vide les boîtes à lettres accrochées sur le mur de la poste, devant le distributeur de billets juste à côté, deux femmes se disputent la priorité, puis tapotent tour à tour leurs demandes et leurs codes pour recueillir les billets.
A l’autre bout de la place, un traiteur s’est installé devant un chaudron posé sur un réchaud en fer alimenté par une bouteille de gaz, il transpire sous sa tenue de cuistot et avec une grande cuillère en bois, il touille vigoureusement une purée au fromage en la faisant filer, c’est le fameux aligot dont il fait la publicité à grands cris. L’odeur des saucisses grillées qui accompagnent, fait le tour du marché et déjà un couple se positionne en jouant des coudes pour profiter de l’offre….
Sur un banc à l’ombre de deux platanes, un vieux monsieur s’est assis. Il enlève sa casquette en s’essuyant le front et pose sa canne contre le tronc d’arbre. Un autre le rejoint, ils se saluent avec des claques sur les épaules et restent assis un bon moment en commentant ce qui s’est passé cette semaine dans le village….
Au centre de la place, la fontaine ronde avec quatre robinets laisse couler de minces filets d’eau, qui remplissent le bassin en dessous, et trois enfants y jouent et sautent et éclaboussent les passants en poussant des cris de joie.