Des notes compilées, des carnets, le projet d’une vie/ Dans un sac hermétique, des extraits de vies brèves /Compilations futiles pour combler un besoin, une envie / D’où vient-elle cette caisse échouée sur la grève ?/Couverte de goémon, éventrée, ballottée, elle survit/Et laisse s’échapper, de son ventre trempé, ce rêve.
Le sac est lourd, qu’importe, elle rêve / D’y trouver un trésor illuminant sa vie./ Ici, soyons honnête, au mieux, on survit./ La misère, la honte, les existences brèves. /Et la faim, toujours, rien ne pousse sur la grève /Partir, bien sûr partir, qui n’en a pas envie ?
L’idée chemine longtemps, quand soudain : l’envie /Plus forte que la nuit, se serait comme un rêve. /À l’abri du ressac, elle s’endort sur la grève. /Cachées dans les carnets, elle découvre des vies. / Quelques mots, parfois juste ébauchées, brèves/ Ces gens-là sur les pages dépassent la survie.
Pour sa fille, sa petite fille, c’est toujours la survie /De leur côté, leurs hommes répondent à leurs envies./De marins naviguant, parfois des nouvelles brèves / D’antipodes, où dit-on l’existence est un rêve ! / Des batailles livrées, des médailles gagnées, la vie ? /Pas la leur, elles seules resteront à errer sur la grève.
Longtemps après, les autres ont fui la grève /Chassées par la famine, réflexe de survie /Débarquant à Paris, sans rien connaître de la vie /Travailler pour manger, dormir et quoi d’autre, une envie ? /Regretter le pays, ne plus le voir qu’en rêve./Mourir sans regretter que cette vie fût brève.
Le printemps des combats, de Paris des échos, des brèves /Voici venu le temps des rebellions, des grèves /Est-ce que tout est possible, le vivra-t-on ce rêve / De la fin de l’Histoire, l’adieu à la survie ?/ Elle y croît, elle se bat, elle doit suivre cette envie. / Debout et pas couchée, ce doit être ça la vie.