Il porte un sac à dos, ses deux mains sont libres. Libres de s’exprimer, libres de se taire, de s’effacer voire de se dédoubler du moins pour l’une d’entre elles.
Ce qui frappe d’abord, c’est leur dissemblance. Une main gauche forte, musclée, avec des phalanges proéminentes– il est gaucher il est vrai– et une main droite plus fine et molle. L’une cherchant quelque chose, pointant vers une direction, l’autre regardant passivement le sol. Cette dualité est frappante. Ne révèlerait-elle pas la présence de deux aspects dominants dans sa personnalité au sein d’une multitude d’autres facettes.
Enfant, sa grand-mère lui disait qu’il avait un troisième œil, un troisième disait-elle, parce qu’il avait de intuitions et de l’imagination. Et gaucher non contrarié grâce à la vigilance de ses parents, sa main gauche – socialement méprisée à l’époque – est devenue insensiblement pour lui une main singulière capable de se dédoubler. Il a alors disposé d’une troisième main intérieure, à côté de son troisième œil, son œil intérieur. Celle qu’il désignera « sa main exploratrice ». Celle qui lui ouvrait des portes que le regard seul ne franchissait pas.
La première fois qu’il l’a ressentie vibrer, à l’âge de sept ans, c’était au bord de l’étang de Thau au moment où il avait découvert un hippocampe immobile. Sidéré devant ce petit poisson à tête de cheval, d’une lignée de quarante millions d’années, il était resté là, incapable de bouger plusieurs minutes. Sans qu’il le sache encore, cette stupeur serait peut-être l’origine de son besoin de partir pour découvrir d’autres curiosités, d’autres mystères.
C’est avec ses mains, – ces organes complexes composés de vingt-sept os, de quarante muscles, d’artères et de nerfs, recouverts de peau fine ou rugueuse – et ses pouvoirs intérieurs qu’il avait décidé de partir. Il avait trente ans. L’absence a duré vingt ans. Durant vingt ans ses mains ont touché, saisi, appuyé, pincé, tiré, rejeté, bousculé, retenu, révélé, dans des situations variables, sous des climats très différents.
Quel univers entier et immense décrit à travers ces deux mains très fausses jumelles. On les visualise si bien qu’elles finissent par vivre presque à la place du personnage. C’est très bien fait.
Merci Stéphanie de votre écho rassurant
Je me suis un peu aventurée avec une certaine inquiétude !
Quelle bonne idée que ce dédoublement de la main gauche ! Et bien amenée. Merci !
Merci Emilie de votre passage.
Gertrude S. m’a bien aidée