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à tire l’arigot

Un pincement, ce lundi, 10h du matin, à retrouver un de ces vieux studios de la grande époque de la radio créative avant la radio tchatche, l’époque des Nuits magnétiques où on a été quelques-uns à tant apprendre, ces studios avec tous les effets de bruitage en réserve. Trop d’heures en ces lieux, quelqu’un avec qui j’ai relation amicale sur le réseau, et grande estime professionnelle, mais que je n’avais jamais rencontré, l’a appris à ses dépends quand je l’ai boulé méchamment à l’entrée), en venant enregistrer Carnet d’or (ça doit passer samedi aprem, juste avant Place de la Toile) avec Philippe Claudel et Santiago Amigorena – l’heure a passé vite. Donc là, dans le 119, un piano à queue, et juste à côté cet orgue antédiluvien. J’ai toujours cette vénération des instruments de musique, objets à rêves, je m’approche, et au-dessus de prestant (« Le jeu de l’orgue sur lequel s’accordent tous les autres », dit Littré), le mot larigot qu’on trouve dans l’expression à tire-larigot. Littré en fait une belle histoire : « Espèce de flûte ou de petit flageolet, qui n’est plus en usage, et qu’imite un des jeux de l’orgue, dit jeu de larigot [...] La forme primitive est arigot ou harigot ; dans larigot il y a agglutination de l’article, comme dans lendemain. On ne sait d’où vient ce mot ; Scheler indique avec doute le latin arinca, qui signifie une espèce de blé ; de sorte que l’arigot serait primitivement un chalumeau, en latin fistula. Quant à tire-larigot, on n’y peut voir qu’une expression populaire analogue à flûter, qui veut dire aussi boire. On a prétendu que Rigaud ou Rigault, archevêque de Rouen, avait donné une très grosse cloche à la cathédrale de cette ville, que cette cloche fut nommée la rigault, et que, quand on avait tiré la rigaud, on était altéré. Les textes ne justifient pas cette origine ; on n’y trouve aucune allusion à Rigault ni à la cloche ; de plus Rigaut est du XIIIe siècle ; il n’a été trouvé d’exemples de cette locution que dans le XVe ; et, quand, au mot tire-larigot, l’Académie dit que, selon quelques-uns, il faudrait écrire à tire la rigaud, elle suit une historiette qui ne paraît pas ancienne et que rien ne garantit. » Ça me rassure : il suffit d’un mot, parfois, pour une journée de bonheur. En plus que l’après-midi, cette fois à France 2 pour le petit shot de Monique Atlan, je tombe sur Pascal Quignard, que je découvre virtuose de l’iPhone, et que ça m’émeuve l’a bien fait rire. Gens qui aident à vivre, d’une part quand on les lit, mais quand on les retrouve en pour de vrai, et vrai de vrai. Larigot, Pascal, ou l’arigot ?


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 4 septembre 2012
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