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Je n’ai jamais été effrayé du béton. Le brutalisme me semble un mouvement esthétique essentiel, qui concerne de près nos architectures de livres aussi. Aux Arts & Métiers, avant qu’ils me virent, le cours sur les calculs de poutres en béton armé (et portants de pont) était un des seuls auxquels j’avais vraiment pris goût. Après c’est une réflexion sur la photographie : pourquoi à telle moment j’ai cette pulsion de photographier et considérer cela comme écriture. Cela ne tient pas à l’humilité, ni à la (...)

Rien entre Sept-Îles et Rivière-au-Tonnerre, 110 kilomètres. Et Rivière-au-Tonnerre se divise en deux poches de maisons toutes proprettes, avec entre elles cette réserve d’espace qui nous fait tant rêver, les Européens, et cette mer immense derrière (estuaire, golfe mais cela n’a pas plus de nom que d’autre rive). Après le hameau, et donc avant l’heure qui me reste sur la 138 ce dimanche soir, jusqu’à la rivière Moisie qui annonce la ville, je fais demi-tour, remonte jusqu’à la première maison puis reprend (...)

Je ne suis pas le seul en ce moment à photographier ces monuments géants et provisoires de la paille sur son chaume. La question est celle du parallélépipède : quelle intuition mentale prévaut, en amont, pour construire ces géométries qui ne sont évidemment pas fait naturel ? Voire même plus loin : les meules qu’on voit chez Bosch ou Breughel n’ont rien de ces élévations. Alors pourquoi nous retiennent-elles : parce qu’allégorie de la ville possible, là où il n’y a pas de ville ? Ou bien, au contraire, (...)

La 203 est apparue en 1948, a été fabriquée pendant 12 ans, mais semblait un monument inusable. La 403 a suivi (1955-1956), avant la salve des 404 et 504 (j’ai un copain qui en a une, elle l’emmène encore en vacances !). Dans cette euphorie de l’après-guerre, est-ce qu’on rêvait autrement les voitures ? C’était pourtant un objet à vue utilitaire, pour la grande industrie, et un accès populaire à l’automobile. En tombant sur celle-ci, dans la lumière de Haute-Provence, soudain un abîme à penser à ceux (...)

Attendre dans les aéroports ce n’est pas vraiment attendre. Le plus long que j’ai fait c’était avril 1979, retour du Nepal avec retard (c’était déjà bien qu’il soit arrivé, le petit coucou à hélice au-dessus de l’Himalaya), transféré sur le Delhi-Bombay du lendemain mais à l’époque c’était pas encore les cartes de crédit et les ATM, à peine si j’ai pu croûter un sandwich, encore moins question d’aller en ville, c’est à Bombay qu’il me restait des Travellers, dans ma petite piaule du Bhabha Atomic Research Center. (...)

Le voyage continue même quand on est arrivé, qu’on a repris place à sa table. 138 images de la route 138 j’aurais pu, ça aurait fait conceptuel, j’aime bien l’art conceptuel quand on ne peut rien faire d’autre. Avec 300 fois à peu près l’appareil levé, en mode automatique, pour une photo à travers le pare-brise, j’avais la matière. On fait ça d’une main à la volée, le dimanche route à peu près déserte et quels paysages. Arrêt à L’île-Michon, puis Havre Saint-Pierre, puis à la station-service sur la communauté (...)

Au plus ancien, un livre de la Bibliothèque de l’Amitié, donc vers 1963-1964, et ça se passait en Alaska avec un ado et un hydravion. Un dépaysement suffisant pour s’en souvenir à un demi-siècle de vie, mais on se souvient de quoi : l’illustration de couverture avec le gamin de 14 ans et le zinc derrière, et le sentiment d’espace à lire le livre. Toujours eu le goût depuis des livres qui disent le Nord, de Jack London à Shackleton, ou pour le pays d’ici, Jean Désy — encore que ça ne l’a jamais trop (...)