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journal | de l’écoute et des petits-dej

Durant ces 4 jours à La Baule, celui qui sans conteste aura le plus écouté les autres c’est Jacques Roubaud, 2ème rang, à gauche de l’allée centrale, de 14h30 à 19h30. Mais si nous, les autres invités, on s’autorisait à sauter tel moment ou tel moment, finalement c’est quand même l’écoute qui remplit les journées, bien au-delà des propres interventions de chacun. On est plus ou moins loin esthétiquement ou affinement (ça existe ?) de l’auteur sur le grill, en lecture ou en discussion, mais chaque fois c’est un système de pensée, un atelier qui s’ouvre sur son procès même de travail, alors on prend, on sédimente, et si ça dérange et qu’on s’éloigne c’est positif encore. On remonte les arcanes d’un travail, tout d’un coup on va voir le livre autrement, on enrage parce que l’éditeur du Borges, de loin de Christian Garcin n’a pas jugé utile d’en proposer une version numérique, idem d’ailleurs mais côté anglophone pour les Lectures on literature de Nabokov à cause d’une remarque de Roubaud, et durant la conf de Stéphane Bouquet je télécharge en direct sur mon ordi un William Carlos Williams complet, un Wallace Stevens et un Jack Spicer, m’aura coûté cher celui-là. À l’hôtel on garde les bonnes distances, ça n’exclut pas l’interaction, mais décidément l’important ce n’est pas dans la vie civile : qu’on soit en direct dans l’accueillant jardin de l’hôtel, où Claro s’escrime au ping-pong avec Mlle Viel junior (bien sûr que non, pas de photo, la photo c’est aussi pour l’espace public uniquement), n’interfère pas avec le fait que c’est dans la nef des lectures et rencontres que se passe le coeur de l’échange (Claro sur l’immédiateté du saut dans la traduction, l’interdiction d’artisanat rétrospectif, le travail sur la langue cible, Claude Simon par exemple, presque plus important que la compréhension littéraire du texte qu’on traduit) – et au petit-dej chacun regarde son web, qui est bien devenu l’instance de sociabilité principale. Justement aussi parce que prolongeant dans le conversationnel une part du saut de tension que représente la petite nef Saint-Anne. Quel moment hier soir à découvrir comment nos questions glissaient sur les trois auteures US (Laura Kasischke, Thalia Field, Cole Swensen), comme par exemple quand j’ai demandé quel avait été leur premier souvenir d’une séance de creative writing, alors que pour elles trois le creative writing avait toujours été présent dans leurs études depuis le lycée, comme une respiration naturelle. Et la preuve que je n’avais pas compris, quand je réitérai en leur demandant qu’est-ce qu’enseigner le creative writing avait changé à leur écriture, alors que justement – puisque ça avait toujours été là – ça s’était fait en résonance sans rupture... Est-ce qu’on aurait pu parler de ça au petit-dej ? Non, certainement pas.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 21 juillet 2013
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