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journal | valise mentale et vie automatique

Savoir que le départ c’est demain, et qu’on a encore tant à faire. La valise cabine qu’on emporte c’est pas difficile : caser en gros les adaptateurs prise de courant, le chargeur appareil-photo et le câble USB pour l’ordi, la lecture et les confs c’est dans l’iPad, juste prendre les livres qui serviront dans les séances creative writing – shampoings et ces machins ce sera sur place, se racheter 3 fringues de rechange on trouvera bien un Old Navy sur la route à Madison. La valise mentale est plus lourde à constituer : imprimer les billets d’avion successifs, qui semblent écrits en haut-latin, vérifier le passeport et l’ESTA. On a toujours une sorte de cylindre d’angoisse parce que, même avec l’habitude de ces voyages, l’impression qu’une masse inconnue vous entoure. Si on emporte son Mac avec soi, la boîte aux e-mails vient avec et ça sert de maison, mais incomplète. J’ai encore des formulaires à remplir (l’administration des facs), et des docs pour les ateliers à envoyer, ce que j’aurais dû faire déjà, mais difficile de se projeter. Finalement, la valise mentale la plus difficile à faire c’est le tas des petites choses à boucler avant de partir, et qui ne concernent pas ce départ : des billets de train à renvoyer pour se faire rembourser (mais pour plusieurs je n’ai pas pensé à m’identifier sur le site SNCF en lançant la commande, ou pris un billet électronique aux machines jaunes, directement liés au QR Code de ma carte Grand Voyageur, plus moyen d’obtenir une facture et ça devient l’enfer), ou le livre Proust à envoyer à tel endroit (la cosse de la Poste), les factures à payer je suis toujours à peu près à jour, mais rédiger des factures pour ce qui m’est dû je traîne toujours ça comme un boulet et quand j’ai trop de retard je n’ose plus les faire voilà ma vie cornélienne – ou je ne sais plus, ranger déjà un peu tout ça. On devrait avoir une vie automatique, toute l’administration par puce incorporée, et si la NSA peut faciliter je suis vraiment pour. Se dire en secret : mais si je retrouve tout ça tel quel dans 10 jours ça changera quoi ? Finalement le bilan des 2 derniers mois n’est pas si mauvais, c’est un changement dans le crâne qui n’est pas installé encore, et que ça ait mangé tout le reste autour, le temps de la transition et de la mise en place, il fallait s’y attendre. La contradiction ultime s’exprimerait donc ainsi : habiter ton site c’est bien, mais faire voler ton site jusqu’à Berkeley et Chicago avec toi dedans as-tu une meilleure solution pour ça ? La photo n’a rien voir (porte obturée, L’Abordage, Évreux, 11 octobre).


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 19 octobre 2013
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