2018.01.09 | ce soir c’est la fête à mon Instagram

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En voici 25, 25 sur 670 que je suis...

Instagram au tout début c’était pour moi seulement une commodité technique : les photos prises avec l’iPhone, au format carré, se retrouvaient propulsées directement sur mon compte Facebook et mon compte Twitter. Depuis, Instagram a été racheté par Facebook, c’est devenu une plateforme en soi, avec même pour effet des gens qui n’utilisent que celle-ci. Ou bien qui la détournent pour des usages narratifs. C’est aussi un rendez-vous professionnel majeur, parce qu’on y croise des auteurs (Alain Mabanckou, Régis Jauffret, Laure Limongi, Charles Pennequin, Bruce Bégout pour les fréquents...), des musiciens (j’en suis beaucoup, mais surtout des US...), des plasticiens et des artistes visuels, des voyageurs. C’est aussi comme une sorte de zone libre, c’est un peu comme ça que je l’utilise aussi : on a son site, son boulot, ce qu’on met sur Twitter ou Facebook on le contrôle par nécessité, et Instagram c’est plus libre, plus récré, comme sans enjeu.

Alors bien forcé de reconnaître, pour quelqu’un comme moi, qu’aller voir ses mails ou même son Facebook ça ressemble un peu à aller au boulot, et qu’ouvrir de temps en temps son Instagram et voir ce qui s’y passe c’est beaucoup plus une instance plaisir. Qu’on m’entende bien : voyager en Inde avec Alain Veinstein ou au Mexique avec Bernard Marcadé, c’est suivre où en sont ses amis, mais c’est d’abord suivre une façon de réfléchir et de s’ouvrir au monde parce que leur travail les a faits comme ça. Et on passe progressivement dans un antipode de Facebook.

Et puis ce sont des thématiques très précises, qui vous font suivre tel ou tel compte – on s’abonne, se désabonne, peu importe, c’est ouvert et sans pression. Par exemple, ci-dessous, au moins 5 comptes dédiés à la photographie urbaine, je vous laisse les trouver. D’autant que les pseudos ne renvoient pas forcément au site que vous connaissez indépendamment du compte Instagram.

Les balades d’Eric Tabuchi en préparation de son Atlas des régions naturelles de la France qu’on est nombreux à attendre. Les samples du compte qui recense uniquement mais systématiquement les cônes de chantier. L’artiste qui chaque jour met en ligne le portrait ou l’autoportrait ou la figure qui a été son combat du jour, et introduit la récurrence de la publication dans l’atelier du peintre. L’ami Anh Mat qui dans ses balades de rue à Saïgon promène son discret Canon G5 compact et presque invisible. Ou telle YouTubeuse qu’on suit pour ses impros nocturnes et introverties, et qui lorsqu’elle photographie construit avec une telle rigueur. Ou celui qui tous les matins photographie en noir et blanc un détail sur son trajet vers le lycée. Ou le grand patron qui nous laisse le suivre dans ses hypers comme dans ses balades du dimanche, ses réunions ou ses grands voyages. Ou, ou, ou...

Je viens de passer les 2000 abonnés à mon compte Instagram. Merci à toutes & tous. C’est beaucoup plus anonyme que sur Facebook, souvent j’oublie de qui cet acronyme est le pseudo. Alors ci-dessous c’est une sorte d’hommage à tous ces comptes que j’ai si plaisir à suivre, mais une compilation arbitraire, juste en remontant les dernières 48h.

J’ai fait exprès de ne pas aller du côté des étudiant.e.s de Cergy, et pourtant : j’ai recensé l’autre jour près de 70 comptes, dont certains exceptionnels (accrochez-vous, et passez ici ou ici), pour 230 étudiants – par contre je me suis autorisé 2 ou 3 récent.e.s diplômé.e.s, trouvez-les. Et parmi les collègues profs/artistes qui instagramment, j’en ai choisi une, trouvez-la (c’est très beau) !

C’est qu’il se passe quelque chose, sur Instagram. Quelque chose qui dérange l’ordre de la photographie. À quoi bon photographier, quand l’iPhone, le Sony ou le Samsung (d’ailleurs c’est le même oeil et le même circuit électronique les trois) offrent un tel résultat, parce que conditionné par la main, le mouvement, la surprise, le quotidien. Et qu’on annihile le développement, la publication lourde, l’album. La profusion de FlickR s’évanouit dans la time line qu’on ne remontera que pour tel ou tel compte à la fois.

Je vous donne un peu de mes secrets : j’ai mis en tête Nicolas Nova, prof de design numérique à la HEAD de Genève, ses clichés sont la fissuration ou la transformation du monde, ils sont des signes fragiles mais qu’on reconnaît comme nôtres. Puis Guillaume Lasserre, dont je ne sais pas grand-chose de la vie sinon que cela lui autorise d’aller voir des expos et des pièces de théâtre tant qu’il veut, et que ce qui se représente se mêle aux trajets, aux lieux, aux attentes – ce type c’est un musée vivant à lui seul.

Un spécial salut aussi aux éditions Littérature Mineure (je ne les connais pas) mais qui ont installé une sorte de flux permanent d’images liées à l’écriture, aux auteurs, souvent bien rares.

Après, c’est sûr que j’aime pas les chats, ni l’auto-promo trop égotiste, mais ne vous formalisez pas si je ne vous ai pas dans ce petit échantillon, parmi les bientôt 700 comptes que je suis : c’est ça le mystère de ces outils, même une quantité de cette ordre reste parfaitement lisible et souple, non étouffante.

Après, restent toutes les questions : qui paye les serveurs (et l’énergie qui doit largement représenter celle d’une mégapole) et pour quel bénéfice ; est-ce que pareil outil, qui nous accroît dans nos relations humaines, peut demeurer compatible avec une détention privée ; que surveillons-nous de nous-mêmes et que renouvelons-nous de nos censures puisque sinon le rideau tomberait de suite ; en quoi nos archétypes de représentations occidentalo-centrées sont encore amplifiés, ne serait-ce que par la hiérarchie des accès ; et qu’est-ce que cela déplace de notre mémoire et notre savoir des images, là où l’algorithme intervient dès le capteur du téléphone ; quel rôle pour le texte qui accompagne (par exemple, quand ci-dessous je le supprime) – et ce ne sont pas les seules.

J’ai laissé le nom du compte dans la copie écran, facile pour vous d’aller y voir si vous accrochez. Tout à la fin j’en ai placé un très, très connu (je les ai évités sinon), ce marin russe sur un bateau qui explore les grands fonds et propose chaque fois cliché des étranges créatures qu’on y trouve.

Ce soir c’est la fête à mon Instagram, pour le passage des 2000 abonnés.

 


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 janvier 2018
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