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matière


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Dès l’enfance, la sensation de matière a été là comme obstacle, et comme dépassement dans la réalisation : une conscience du beau, lorsqu’on y a atteint. Ça se passait sur les essieux, les tôles, les culasses et arbres à cames des mécaniques, et les mains qui y œuvraient, ce qui les joignait par le geste. Mais toujours avec au bout une instance qui n’était pas la rationalité de cette mécanique retrouvant son mouvement, ou le bruit qu’elle avait à émettre, au terme des réglages. Les livres me racontaient des histoires, dans ce monde d’alors il n’y avait pas accès à la musique (du moins ses formes savantes) ni à la peinture (quand bien même les grands-parents étaient amis de madame Chaissac, ils n’auraient pas parlé de son mari, et la plaignaient). Mais percevoir cet équilibre retrouvé de la mécanique, au bout de la transformation des mains, c’était une perception esthétique. Elle s’amplifierait dans le changement d’échelle : les aciéries, dans les embauches d’été par intérim, en Lorraine. Je n’étais pas pris au dépourvu en croisant ensuite ce sens de la matière, et la matière comme obstacle à soi, ou travail à honorer en tant que tel, pour qu’il s’éloigne dans, sinon une finitude, une autonomie, chez les peintres, ou les sculpteurs (mais on le partageait aussi avec architectes ou musiciens) dans ces jours mis en commun à la villa Médicis, et comment ça me reconduirait autrement à écrire. Que la langue est une matière, ou bien que la considérer comme matière puisse suffire à recomposer intérieurement toutes les strates de son travail pour qu’il conquière ce hors-soi de son autonomie, j’avais des éléments désormais certains pour le comprendre. C’est ce qu’on cherche en lisant, en rouvrant autrement les livres qui nous ont happés : où en sont-ils de la matière, en quoi, chez cet auteur ou cet autre, c’est l’idée de matière qui domine ? Je n’ai pas plus de réponse qu’un autre, mais je sais le lieu et la teneur de ce qui me relie à la langue. Qu’elle puisse être matière dans une seule phrase du Pèse-Nerfs aussi bien que dans la rythmique de Nord, ou le dépli oral de Sarraute dans ce presque évadé des derniers textes.

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Je ne sais pas ce qu’est la matière de la langue, je sais cependant lorsqu’une langue est matière.

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1ère mise en ligne et dernière modification le 22 avril 2021.
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