fictions | protéger définitivement les arbres

recherche d’un nouveau monde, 5


Est-ce qu’une feuille d’arbre n’était pas l’emblème de ce pays géant ?

Pourtant, à le survoler, on voyait les coupes rases. Parfois laissant même autour des joues lisses de la terre nue, au long des routes droites, quelques mètres de forêt en rideau pour cacher le massacre : l’industrie commande à proportion des dimensions, ici ?

Alors cette forêt continue, mêlée, que trouaient cependant tant de lacs, dans ces étendues immensément planes, striées parfois de zones agricoles, et s’écartant lorsque c’étaient des villes, avait fini par devenir impénétrable mais si pauvre. Les arbres, il fallait les protéger : espèces qu’on avait à cœur de maintenir dans nos villes, mais les nouvelles zones de commerce, industrie et habitat, les échangeurs d’autoroute commençaient chaque fois par faire le ménage de la terre : on aménageait des parcs, cela suffirait.

La nouvelle loi de protection des arbres était sévère. S’ils voulaient se développer ici, à nous de leur réserver leur espace, de tendre ces lanières qui leur permettraient de grandir droit, d’interdire à quiconque d’approcher.

On disait, avec des photographies presque comiques, ironiques, que la quantité de grillages, miroirs convexes, guérites et caméras, portails automatisés, était bien disproportionnée parfois à l’être végétal qu’ils avaient mission de sauvegarder : mais qui pour être sûr d’un tel jugement ?

Il n’y aurait plus la ville et la forêt, comme une ville sépare – avec ses prisons – le bien et le mal, et ce couloir aménagé comme une trouée, par lequel l’arbre planté dans la ville se reliait à la forêt en arrière, nous le justifierions pour quiconque tenterait d’en rire.

Il grandirait, l’arbre, on les enlèverait, les grillages : et où seront-ils, les moqueurs d’aujourd’hui ?

 


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 3 avril 2009
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