protégeons nos lycées (un malaise)


grande misère et syndrome sécuritaire : comment enseigner dans des grilles ?


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Nous voici donc, par le bus 70, partis de Marseille centre-ville jusqu’à son terminus. Voici donc le lycée Saint-Exupéry, probablement 3000 élèves, dans ce cadre infini qui mêle roches, mer, îles et l’omniprésence de la ville.

Et pourtant ceci : autour du béton, les grilles.

Et ce qui me frappe, pour moi qui n’ai pas connu les établissements scolaires sous blindage : les mêmes techniques de sas à double déclenchement que dans les prisons et les banques. Prison, banque, lycée : très probablement les mêmes fabricants (ici sous marché public) pour l’armature indestructible.

Qu’y a-t-il à craindre, sinon la misère que nous avons nous-mêmes fabriquée ?

Qu’y a-t-il à réprimer, sinon la misère que nous avons nous-mêmes fabriquée ?

Qu’est-ce qu’on doit ici symboliquement marquer : qu’on est sur la défensive de l’émeute dans la ville, ou bien qu’on est un lieu protégé et gardé, surveillé à distance, avec toutes les infrastructures – portique à passage individuel comme dans les aéroports – pour le contrôle total des corps ?

On croyait qu’ici c’était plutôt pour ouvrir la tête, et que liberté égalité fraternité c’était admis.

Comment la liberté intérieure dans des grilles extérieures ?

Ici c’est Marseille Nord, mais c’est les mêmes grillages et les mêmes budgets d’armement généralisé des établissements scolaires en Seine Saint-Denis et partout où les Conseils régionaux ont décidé que les lycées devaient être considérés comme des cuirassés torpilleurs de 1914.

Qu’avons-nous perdu de la communauté ? Que reste-t-il sur l’interphone du mot ACCUEIL qu’il proclame ?

Que disons-nous de notre peur et de notre mépris à considérer comme des malfaiteurs qu’on enferme ceux qu’ici on devrait accueillir ?

Je n’ai pas de réponse. Juste que j’étais mal à l’aise. Vraiment mal à l’aise.



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écrit ou proposé par : _ François Bon
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1ère mise en ligne et dernière modification le 18 septembre 2011.
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