les auteurs jeunes nous dérangent-ils ?

débat "objets neufs de la prose" à la Maison des Ecrivains


Ou bien, avec un peu de provocation, devrais-je dire : les auteurs jeunes nous dérangent-ils assez ?

Carine Toly, chargée des rencontres publiques à la Maison des Ecrivains, m’a demandé en octobre d’animer un débat sur le thème suivant :

"les mutations du monde, les objets neufs qu’il soumet à nos récits, induisent-elles une contrainte esthétique de rupture pour les narrations et les livres qui en résultent ?"

Enfin, c’est la façon dont je me pose moi la question, ce qui fait qu’aux Beaux-Arts l’autre jour un étudiant m’a gentiment demandé si je pourrais traduire en français...

Nous avons choisi, avec Carine Toly, d’inviter quatre auteurs d’une génération qui ne soit pas la mienne. Ceux de mon âge ont vu un poste de télé pour la première fois alors qu’ils savaient déjà lire, avec Pierre Bergounioux nous tenons cette frontière pour symbolique, sinon importante. La formation de l’hyperville, l’érection du World trade Center, c’est pour nos vingt ans. Pour eux qui écrivent de l’intérieur de cette mutation, si les auteurs de référence sont évidemment les mêmes, et que la littérature ne se partage pas en tranches d’âge, est-ce que l’approche est différente ?

Il y a assez d’amitié pour que mon rôle ne soit pas seulement celui d’un témoin dinosauresque. Mais disons que les quatre qui seront là ce soir m’impressionnent chacun dans leur registre. Par ordre alphabétique :

 Laetitia Bianchi n’a publié qu’un seul livre, mais a mené ces dernières années une aventure texte/formes/images étonnante - avec Raphaël Meltz - via les 26 numéros et pas un de plus de la revue R de Réel - voir ici pour liens et textes

 Nathalie Quintane s’est installée dès ses premiers livres au coeur de l’avant-garde et elle y est très bien - chacun de ses livres convoque un matériau texte/forme repérable hors littérature, le scénario, la plaquette d’office de tourisme, où depuis deux ans le livre que nous attendons où il s’agit de revisiter la guerre d’Algérie via les manuels de géographie ou d’apprentissage des langues - voir remue.net ou site POL

 Philippe Vasset a publié chez Fayard deux fictions, dans l’une il pousse à bout l’idée d’un générateur de texte qui pourrait à terme détrôner la littérature (Exemplaire de démonstration, dans le second, il explore l’idée de carte géographique, via les vecteurs de ses nouveaux contenus, les câbles optiques véhiculant Internet, cliquer successivement sur chacun des paragraphes de cartemuette.com

 Tanguy Viel a publié trois livres chez Minuit, dont Cinéma qui joue avec temps, cadre, images et récit en positionnant un narrateur fasse à une projection récurrente du Limier de Manckiewicz - on peut lire de lui sur Inventaire/Invention Maladie et depuis la semaine une réflexion sur le personnage de fiction comme "mélancolies" de l’auteur - au fait, avec même un texte sur Nathalie Quintane

Donc, rendez-vous le jeudi 7 avril à 19h30 au 53 rue de Verneuil. Si la Maison des écrivains était ce que nous voudrions qu’elle soit, la rencontre serait retransmise sur le Net en direct et disponible ensuite sur son site, mais bon, faudra attendre la génération d’après les Vasset/Quintane/Viel/Bianchi...

Au fait : photo en haut de l’article, un cimetière d’avions militaires américains (bombardiers B 52) dans le désert d’Arizona, vu depuis satellite militaire : c’est le genre de cadeau que fait à ses amis Philippe Vasset (détail, et ci-dessous la vue globale).

A noter, si c’est mardi et pas jeudi que vous êtes à Paris, débat organisé dans la même salle par Maria Maïlat : Le corps malade en écriture avec Noëlle Châtelet, Martin Winckler et Jean-Luc Nancy.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 7 avril 2005
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