je ne sors plus


J’ai failli écrire je ne (m’en) sors plus : mais si, justement, on s’organise en équipe, on finit par s’en sortir. N’empêche qu’il y a quand même un boulot monstre, avec ce fichu publie.net – sans compter que j’ai tendance à passer tout un après-midi ou une journée sur un truc excitant ou pointu qui se révèle une vraie usine à gaz plutôt qu’à reprendre les humbles voies de ce qu’on sait à peu près faire. À mesure qu’on stabilise un processus, vrai que c’est plus facile de l’externaliser, et l’avantage d’avoir la cagnotte des téléchargements réguliers, de quoi rémunérer ceux qui s’y collent à votre place – il fallait bien amorcer cette étape-là. Mais hier dans Bossuet, et aujourd’hui dans ce texte de Patrick Deville sur Tina Modotti, le chemin fait géographiquement dans la journée se compte en décimètres (bureau/ordi, canapé/iPad, cuisine/cafetière). En même temps, un goût certain pour cette immobilité : finalement, on voit le monde de plus loin, avec Internet. Mais demain et vendredi il va falloir ressortir, et la semaine prochaine ce sera en continu de mardi à vendredi, ça me donnerait presque le réflexe de s’arc-bouter derrière la porte et faire semblant de ne pas être là quand il y a la sonnette qui sonne. L’an dernier, dès qu’on louait une voiture pour s’éloigner de Québec et Montréal, c’était l’aventure. Cette année, il faut remettre ses pas dans des habitudes plus ancrées, un territoire géographiquement bien plus minces, et pourtant avec une distance, comme de revenir marcher dans un espace-temps vieux de deux ans. Quand je vais à Poitiers, je m’arrête toujours quelques minutes à cette aire d’autoroute de Jaunay-Clan – je me gare devant cette baraque à l’abandon, et chaque fois je la photographie, même identique à elle-même. Voilà, c’est le genre de force qu’on peut reprendre, dans le monde dit réel. Réflexion du soir, quand il a plu toute la journée, sans arrêter.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 janvier 2011
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Messages

  • je suis allé à Lagny, (pour quoi faire : rattraper un boulot, carte pleine, entretien non enregistré) (dlamerde) (si ça se trouve il ne sera même pas payé) (dlamerde2) (en tout cas le train met une demi-heure pour arriver sur les bords de la Marne, des cygnes, des canards, des mouettes, des péniches des ponts, de la flotte mais il ne pleuvait pas, des villas des voitures allemandes des arbres qui bousculent les trottoirs, une jolie promenade) (entendre dire que je me sers de ça pour "faire vivre mon cabinet", ça démontre un esprit indigne égoïste et pervers, tu vois) (j’ai fait plein de photos : je m’en servirais sûrement) (avant hier j’en avais marre de la compta, aujourd’hui de ce contemporain-là) : j’écoute des chansons, je lis Modiano, je regarde les nuages gris (ne rien attendre de personne, jamais, surtout pas de ces chiens-là)(dlamerde3)

  • C’est probablement donner à quelque chose qui n’en a guère une qualité (on travaille trois ans, on parle à des gens, on va les voir, on en parle autour de soi, on fait venir des gens formidables et on le leur fait savoir, on les apprécie pour ce qu’ils sont, ce qu’ils font et ce qu’ils ont fait, on sait que ça vit et c’est bien parce que justement ça vit, on avance sans masque : le type ne comprend pas... c’est ce qui s’appelle avoir de la classe) : n’importe, je continue, ça me concerne et je me bats, mais franchement, rien à foutre d’expliquer ou de justifier- aller roulez... (elle est bien floue celle-là, c’est qu’elle va vite...)
    (Julien Clerc, Etienne Roda-Gill)
    "Je me souviens, je me souviens/ tes longues mais tes longues mains/ être bon être bien/ être soi n’être rien/ mais pas n’importe quoi/ une charpie de chapka...

    Ces mots qui ne veulent plus rien dire/ ou qui disent le contraire/ de ce qu’ils voulaient dire/ tout ça maintenant c’est là/ comme une charpie de chapka...

    Et je me souviens de toi...

    Se souvenir d’où l’on vient, ne pas donner raison aux chiens, ne pas devenir n’importe quoi... Pas une charpie de chapka...
    Un soleil qui nous désaltère, l’eau pure qui chauffe nos artères, vouloir un peu de mieux sur Terre, comme tu le voulais là-bas, loin des charpies de chapka...

    Je me souviens tes longues mains/ artiste pauvre passé sur Terre, tu voulais le bien de tes frères/ une seule famille un seul destin/ et le bonheur au quotidien...

    Ces rêves maintenant ne sont plus là/ ils sont tous partis avec toi/ Comme les empires croulent soudain, comme les rêves se désespèrent/ devant le mal, devant le froid...
    Comme une charpie de chapka"...
    Et je me souviens de toi

  • punaise ce que je suis abattu par cette histoire, faut être vraiment un peu square pour se laisser aller comme, alors qu’il suffit de faire, c’est pas difficile (juste ça tombe mal, avec ces affaires d’éditeurs qui ne veulent pas avancer, c’est tout) (je vais m’y mettre, ça va pas traîner) (je suis fatigué, en fait las)(mais ça va aller, je vois que ça revient, j’ai l’impression - coué ? possible) (le métro qui rentre en station j’aime ça, il y a quelque chose avec ça, ces temps-ci) (je ne sais quoi)

    • ça arrive de plus en plus, des types (plutôt des types) qui regardent leur portable dans le métro (accros, faut quand même savoir s’arrêter) (doivent faire preuve d’efficacité je suppose) (je ne les plains pas) (le notulographe note les Epinal-Châtel-Nomexy, j’arrive pas à lire les titres des bouquins que lisent les gens) (aujourd’hui, ça a été une dure journée pour toi, je crois mais je ne sais pas bien- je suis avec toi) (des fois, j’écris ces billets comme j’écris des textos) (je vais finir par mettre des -mon téléphone a un nom pour ce type de trucs- il appelle ça "Emoticônes") (j’ai comme ça des répulsions : ce mot par exemple, ou les gens qui verbisent les noms communs - verber, c’est un verbe seulement ?pfff...) ( :°)) je ne sais pas où j’ai été pêcher ce smyley - on dit aussi, parce que ça prouve qu’on se marre) (on se marre)

    • remplir un dossier pour tenter d’obtenir la validation d’un diplôme , voilà le programme de ma journée , mais ne l’ai pas tenu , ne l’ai pas tenu car aucune envie de , alors un peu écrire et écouter toute la journée Sparklehorses et son chanteur Mark Linkous , merveilleux groupe , et relu Gaspard de la Nuit

  • il y a des gens comme lui, quand on est paparazzo, qui frappent : c’est oui, les boucles de sa barbe, ses bagues (9), son chapeau, certes, ce camélia de tissu au revers (un homme passe) (des mois que je le croise, il traîne fréquemment un caddy derrière lui) : le voilà qui entre derrière moi...

    • coup de chance, il va, comme moi, vers l’Etoile (je lisais "la place de l’étoile", je me prépare), la rame rapplique, je ne cours plus, je monte tranquillement il me bouscule, il veut s’asseoir, il trouve une place, je me déplace vers l’arrière du wagon, assis il ne bouge plus, il remet ses mitaines (j’allais te retrouver)

    • puis il sort son carnet empli d’écritures, un stylo quatre couleurs bic blanc et bleu comme on en avait dans le temps, accroché au carnet d’un lacet noir, change de couleur, écrit (m’a vaguement rappelé le processus de Fenêtres, hein, AS : je me suis demandé, parfois, si la place de l’écrivain était dans le sens de la marche), c’est Stal je descends, vite, une dernière (j’aime les gens, le type au premier plan qui demande à son ami quelque chose en slave, je suis sûr ; la fille au deuxième plan qui vient de s’asseoir en face de son ami) le chinois au noeud pap-il a vraiment tout l’attirail- continue à écrire (jme tire)

  • Travail pour moi, travail pour d’autres, grapiller trois sous, en dépenser quatre, faire des cadeaux à qui ne m’en fait pas - mais c’est plus fort que moi, je sais si fort ce qui lui plaira, et certaines occasions sont uniques -. Ces jours-ci je ne rêve que d’hibernation (après tout pourquoi pas : dire je prends ma semaine et je ne sors pas, sans attendre un épuisement maladif) et plus vaguement d’amour (nettement plus compliqué, ça nécessite une participation coordonnée). Ces jours-ci je sors tout le temps.
    Au demeurant, de belles rencontres, de bons moments. Très consciente que plus tard je penserai à maintenant comme à un temps privilégié, c’est extraordinaire ce qui m’est accordé. Pour l’heure hélas, j’y traîne mes chagrins et mon très hivernal manque d’entrain.

    Voir en ligne : traces et trajets