2011.07.10 | Tours, finie la fonderie des Tour Eiffel

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Ce sera donc 25 logements neufs. Depuis 14 ans, ici, j’avais toujours un regard en passant, après le feu, pour le portail discret donnant sur l’enfoncement noir des bâtiments enchevêtrés de la vieille fonderie, autour de sa cheminée de brique (on la gardera, c’est décoratif).

On y fabriquait les Tour Eiffel en laiton, qu’on vend aux touristes, à Paris. Mais qui se préoccupe du laiton, maintenant : à peine si on se souvient du mot. Et les Tour Eiffel en plastique viennent d’Asie, bien moins chères.

Parfois on apercevait visage des deux ou trois ouvriers restant, à la débauche, partant en Mobylette, avalés par la ville. À notre retour du Québec, elle était fermée. Une fois je m’étais arrêté, mais tout bien cadenassé, pas possible entrer. J’imaginais cependant l’intérieur des ateliers, ce qu’il restait des moules, du four, de ces cahutes vitrées à usage de bureau.

Et puis là, le temps d’un aller-retour à Orléans, nettoyé, effondré. La pierre blanche remplace les tôles et les verrières noircies : il n’y a plus besoin d’usine, ou bien le plus loin possible.

Emergent les galeries troglodytes dans le calcaire du fond : ça appartient à l’armée, on dit qu’ils ont de gigantesques dépôts de munitions, depuis la dernière guerre, mais qu’on ne sait pas quoi en faire, et trop dangereux à déménager.

A droite c’est la Grande Bretèche, dont Balzac a transféré le nom à Vendôme dans son histoire éponyme. À notre arrivée à Tours, quelques centaines de religieuses missionnaires en habit bleu, visages du monde entier qui auraient vieilli dans la même solitude dure, et qui finissaient là leurs jours. Maintenant que leur dieu les a reprises, ils sont vides aussi les bâtiments, à peine quelques fenêtres encore ouverte dans quelques-unes des ailes. La fonderie absente les dévoile soudain à la ville.

On a dû recycler ce qui tenait à l’industrie et à la fonderie : aucune trace métallique dans les amoncellements, sinon les outils même des démolisseurs.

Désormais, les petites tour Eiffel pour touristes seront chinoises.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 10 juillet 2011
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