c’est plaisant de tuer le marsouin


A cause du si riche site de Jean-Jacques Birgé, me voilà à faire un tour parmi les 2000 films de l’ONF québécois, et passer évidemment par la case Gilles Carle, puis celle de Pierre Perrault, dont la Bête Lumineuse est une telle interrogation sur le documentaire même. Du coup, à cause de notre propre voyage à l’Île-aux-Couldres, je regarde cette chasse au marsouin, Le bon plaisir – la langue, les visages, l’eau du fleuve. Manque physique du Québec, question d’espace ? Ou de cette nature impassible et dure de la ville, qui donne à ceux qui y habitent une distance les uns envers les autres qu’on n’a plus ici, côté vieux monde. J’ouvre le disque dur avec les archives photo : le 30 octobre 2009 j’étais à Montréal, rattrapage d’un cours à l’UdeM, et tour vers place des Arts le matin. Dans les 49 images, celle-ci – l’envie brusque de cela : ciel blanc.


LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 31 octobre 2011
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Messages

  • je pars on va s’arrêter sur la terrasse, on va boire du café, faire des chèques et des comptes, y’en a plein le dos (dire les choses est parfois difficile d’autant qu’en cette affaire c’est moi qui me fait tondre...) (là c’est la rame qui entre en gare)

    • je voulais faire des photos du coin bvd/fbg mais elles ne sont pas sorties, ça se refuse parfois, n’importe voilà un type qui raconte "j’ai mis deux ou trois millions d’euros et je m’en suis assez mordu les doigts quand même... " dans le métro, parler de fric c’est assez rare pour que je me rapproche (je descends, je remonte, je me place, ils parlent) (pas vu le pourpoint de celui à qui s’adresse le pété de fric mais le voilà quand même) (une vraie bande dessinée) (il est inscrit sur le blousons, sous les quatre écussons à peine voyants et dont le bon goût le dispute au ridicule : aeronautica militare)

    • voilà que le militaire aéronautique prend la parole "mais excuse moi il y a quelque chose que je ne comprends pas c’est comment fais tu pour dire oui pour mettre tout cet argent alors que tu ne l’as pas ?" l’’autre type "mais je n’ai pas dit oui tout de suite et puis l’argent est venu..." (putain, je ne savais pas qu’il "venait" comme ça sans prévenir) ; pendant ce temps-là d’autres sont montés dont celui-ci dont j’adore les lunettes de soleil- ces sont des verres sans branches qui se fixent sur la monture et qu’on peut soulever quand on veut- ici ils sont soulevés on les voit à peine.

    • le pote-écussons sort à Pigalle avec toute la famille et la famille de l’autre, le vieux type à lunettes va se poster devant la porte ; il sort de sa poche une sorte de petite fiole en plastique (sans doute du gel anti-bactérien je dis moi) en fait sortir une petite bille de produit, se masse les mains, puis se tourne pour descendre probablement à Blanche, et puis non, replace ses verres fumés sur sa monture, le métro va vers Clichy, lui se gratte le menton pour la photo oui pourquoi pas ? allez on descend

    • nous descendons vers le cimetière/cimetaire lui ai pris des mains le balai brosse et le seau, c’est la première fois que je lave une tombe et pourtant déjà sept ans, et du coup à laver ça va vite mais prise par cette sorte de travail ménager me retrouve la tête vide devant le nom le prénom la date et cachée derrière la tombe une mauvaise racine à ôter

  • on prend le métro mais la ligne Clignancourt Orléans (la 4 mais j’aime pas les appeler par des chiffres) est en travaux -déjà qu’elle est toujours en panne, là c’est le coco- je passe par ailleurs, je change à Pigalle, ici sur le quai Chappelle-Issy (la 12) vers Issy, un groupe de musiciens, ils répètent -les deux saxos du fond de l’image s’échangent des doigtés, l’accordéoniste va monter dans la prochaine rame, avec moi (le trompette, je ne sais pas) (mais je recroiserai, tout à l’heure, le saxophoniste à la chemise rayée, dans l’autre sens) des habitudes, des lignes, celle-ci qui va porte de Versailles et passe par les beaux quartiers, des musiciens

    • l’accordéoniste de face (il joue ces airs, là, pour touristes, comme les tubes de Piaf ou des trucs du vieux Paris, bof qui aime ça ? il passe, prend quelques pièces, tape sur l’épaule des gens "la musica ?" continue...) treize heures à Paris (toute la journée à saisir, c’est beau le travail) (mais c’est fatigant) (au premier plan, le type lit un roman en anglais)

  • on fait ce qu’on peut (aujourd’hui par exemple, que bosser, ménages courses bank fait chier) mais le soir tombe vite (prise de la 2, six heures et demie) (parfois le sort tombe sur soi, la photo est bonne comme disait Barbara, et on n’y fait pas attention) (fukushima refusionne... on se croit dans un roman de sf, mais non, tepcom affirme que tout est sous contrôle)(le coup de référendum en Grèce c’est quelque chose que j’adore) (ça va péter)

    • (elle est réussie) on s’arrête, on descend, on en prend une autre (ils ne font rien, ces jours, en voilà quatre que tout est calme, posé et pondéré, la pelleteuse telle qu’en elle-même, posée sur le tas de cailloux, ça ne bouge pas) on se prépare, on attend que les choses changent (on me propose d’écrire un article travail-ciné, est-ce que je peux seulement refuser ? nan) je continue, les 732 (Charles Martel à Poitiers) questionnaires attendent que je leur mette la saisie dessus, c’est le genre de truc que j’adore, faut faire sa moyenne (cent à l’heure serait la ligne juste) (ça ferait quand même sept heures et demie tu vois) (en attendant, les mails restent sans réponse) (et l’avocate m’en envoie un, cette c...) (en haut de l’image, c’est la lune)

  • Pour T.S. Eliot, avril : le mois le plus cruel (et mars ? ouin ?). Calembour stupide mis à part, le mot marsouin appelle toujours pour moi la bribe de Joyce (Ulysses) : « a pace a pace a porpoise » .

    Voir en ligne : Escarpins