l’armée invisible


La photo dans ma tête était magnifique. A ma gauche, sur l’autoroute, descendant vers Poitiers, l’immense plaine enneigée avec quelques arbres solitaires en découpe. Au fond, sur la gauche, le demi-disque orange du soleil émergeait de la terre. A contre-sens, entre moi et le paysage, je croisais un convoi militaire, des camions verts à camouflage kaki, et une suite de voitures blindées hérissées sur le toit d’une mitraillette. La découpe de ces véhicules, sur le fond de la plaine et du soleil levant, était belle comme un mirage. Tout en roulant, l’appareil tenu à main gauche et fixé contre la vitre, je déclenche au moins six fois. Puis, le convoi passé, le soleil levé, l’autoroute revenue dans le paysage urbain, je fais défiler mes six photos : rien, flou, flou et flou. On ne voit aucun des véhicules, que la masse sombre des glissières de l’autoroute. Voici, à la place, une des forteresses d’entrée de ville. Ce soir, je me doute : ce convoi était un test d’armes secrètes rendant indétectables à la photographie les véhicules du convoi militaire. Mais, dans ce cas, j’aurais quand même dû avoir sur mes photos le lever du soleil ?


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 10 février 2012
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Messages

  • c’est bien lorsque sur les photos on ne trouve plus ce qu’on a voulu y saisir ; je cherche quelque chose pour illustrer ce genre de d’étonnement (en même temps, c’est ce que certains combattent parce que la photo n’est qu’un enregistrement technique -tout le reste n’est probablement que littérature) (revu almayer : de mieux en mieux)(vu le frangin aussi, va bien, fait des économies)(le travail revient)(la jetée alors)

  • Mais le fait d’apercevoir des "mitraillettes" sur le toit (au lieu de mitrailleuses) des véhicules militaires était déjà la preuve que quelque chose clochait.

    De même qu’il existe des bombardiers "furtifs" au revêtement réfléchissant qui les rendent indétectables par radars, de même Gérard Longuet a ainsi laissé une invention impérissable derrière sa bientôt brève carrière de va-t-en-guerre, après celle qu’il exerça aux alentours de 68 comme nervi d’extrême droite.

    Le soleil s’était alors sans doute caché par une certaine pudeur qu’il sait manifester quand il le faut !

    Mais la tour demeure dans sa beauté du soir.

    Voir en ligne : Le Tourne-à-gauche