New York 15/13 | décomposition du carnet de notes

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La question du carnet de notes est définitivement impossible à résoudre (je ne parle que pour moi, bien sûr). Des années que je n’aurais pas fait un pas sans le carnet et son stylo dans la poche du pantalon, avec dedans les phrases qui vous traversent la tête, le bouts de parole entendues, les recopiages de phrase et articles, les petits schémas et arrangements graphiques d’idées et constructions de thèmes. Et puis des années que, chaque fois que j’en achète un, il s’étiole misérablement au bout de quelques pages de premières envies de reprendre le fil. Probablement parce qu’une bonne partie du matériau de base de ces carnets est directement aspiré par l’ordi. Les fonctions calepin, les petits outils comme Notational Velocity (que j’utilise en permanence) ou les logiciels très construits comme Evernote (je n’utilise pas, je trouve l’interface trop austère). Ou directement tel fichier de traitement de texte (même quand c’est sans plus de fichier, désormais sur UlyssesIII) avec déjà un mode de tri. Un changement plus profond : le carnet de notes n’était jamais un strict carnet de texte. Photos arrachées, tickets gribouillés, photos ou bouts de lettre, ils étaient une sorte de classeur d’archivage. Cette fonction-là est dévolue à l’appareil-photo – le petit Canon G12 que j’avais autour du cou en permanence dans les 2 semaines de New York, il ne me rapporte pas 1293 photographies : il me ramène 1293 captations documentaires, cartouches de texte, fragments de vidéo et son, parfois juste quelques dizaines de secondes. De même, sur le téléphone, à la fonction image s’ajoutent les copies écran, les sites consultés. Hier, en rangeant les valises, vu qu’on avait emporté 3 guides issus des précédents voyages, et qu’on ne s’en était pas du tout servi : la recherche web in situ passait avant. Dans la journée, une phrase qui passe par la tête, c’est dans l’iPhone qu’elle va s’archiver. Le travail mental pour moi s’est probablement réorganisé : je peux cogiter 2 ou 3 jours à un truc à écrire, et quand je me lancerai il n’y aura pas eu de notes préliminaires, mais tout un travail de rétention mentale. Et pourtant, comme ils font envie, les petits cahiers et carnets que Strand propose comme des livres. Moleskine est devenu un trust international, le carnet standardisé avec toujours pour slogan qu’il fut celui d’Hemingway, et, de plus en plus, une customisation en fonction du lieu – librairie ou musée – qui le vend. Je ne connaissais pas la marche Leuchtturm1917, qui veut faire la distinction en se positionnant par le haut. Avec inscriptions en bilingue : Plain notebook, carnet blanc. Probablement que ce n’est pas un fait neutre, ou à prendre à la légère, que le mot livre (book) vaille en anglais aussi pour le carnet, là où nous avons deux mots distincts pour le lire reçu ou l’écrire émis. Mais c’est ce fier titre Decomposition book qui m’a interloqué chez Strand. L’écriture est une composition. Là, il s’agit bien du mot decomposition au sens fort, ils parlent de compost, de recyclage sans chlore, et couverture en paille de soja. Pourquoi pas : papier recyclé, longtemps qu’on s’en sert. Mais écrire dans la décomposition ? C’est encore la même chose : on utilise des mots communs, on les lit et les pratique différemment.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 29 mai 2013
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