journal | après Pimodan

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2016.03.07 | sur, préposition

C’était un rendez-vous qui s’annonçait comme vaguement de routine, et a fonctionné tout de travers, mais plutôt du travers bien. Journée assez usante la veille, après 2 jours de Cergy immergé dans tas de fils à suivre, côté étudiants, côté administration, trop énervé pour bien dormir le soir, mais ce matin l’heure Lovecraft, avec cette sorte de livre monstre qui se dessine mais dont je devine encore très peu et puis soudain tu es dans le TGV qui part à midi, te retrouve à 13h30 à traverser le parvis de Notre-Dame avec ces touristes qui prennent des photos. L’hôtel Pimodan ou de Lauzun comme on veut mais moi c’est Pimodan, j’étais souvent passé devant, comme adresse évidemment symbolique pour nous tous. Le rendez-vous c’était là, avec l’équipe d’Un livre un jour 2.0, Olivier Barrot tel que je le revoyais à New York ou les vidéos numériques de Delphine Japhet, pour une journée littérature, web et vie privée avec un solo éblouissant et rabelaisien même d’Emmanuel Pierrat, la réflexion d’un solide universitaire, Didier Alexandre, et moi-même dans la dernière discussion avec Milad Doueihi et Boris Razon, deux personnes qui comptent pour moi (1ère rencontre avec Milad à Québec en janvier 2010 mais rapport continu depuis, Boris rencontre plus récente, mais le voyage initié avec Fos-sur-Mer complètement secoué par les outils webdoc). Donc découvrir que l’hôtel de Lauzun ou Pimodan comme vous voudrez a été refait par la ville de Paris son propriétaire, qu’au premier étage il y a cette salle de débats où nous sommes, mais à l’étage au-dessus une enfilade somptueuse de pièces décorées plafond y compris, et tout en haut donc ces fenêtres qui ont été celles de Baudelaire et Gautier. Là c’est nul ce qu’ils ont fait : cet Institut des Etudes Avancées, pour accueillir des chercheurs étrangers, leur a conçu des bureaux individuels en rang d’oignons comme à la sécurité sociale, comment concilier ces fake de décideur industriel avec la mémoire du lieu, ou même le rêve qui peut vous prendre la tête, venant à Paris quelques mois, avec la Seine devant les yeux ? Donc plutôt normal que ce soit à leur cafétéria en bas que j’ai salué Tim Hampton, de Berkeley, et qui travaille ici sur Montaigne ou Rousseau tout en repartant sur la prosodie de Dylan, et c’est Tim qui m’emmène voir les pièces du haut. Ce n’est pas ouvert au public, mais il paraît que le samedi on y amène des visiteurs choisis et que donc là-même où j’étais ce dernier samedi c’est Jimmy Page qui est venu. Ça fait beaucoup de noms pour un seul billet mais c’est ça qui rendait cette journée assez surréelle, ajouter Constance Krebs ou Alain Pierrot. Finalement ça ne m’a pas fait grand-chose. Mes pistes Baudelaire sont d’abord à Montparnasse. Et aussi vers le métro Boissière où il est mort. Et la liste des 32 adresses parisiennes plus humbles qu’il a occupées. Pour Jimmy Page, je ne sais pas son rapport à Baudelaire : il est celui qui a racheté les maisons, les robes de cérémonie, les pipes et les manuscrits d’Aleister Crowley. Sans doute que pour lui Baudelaire c’est forcément celui qui écrit sur De Quincey, celui de l’opium, un Baudelaire à la Aleister Crowley. Baudelaire suscite ça, il compte beaucoup pour Lovecraft aussi. Est-ce que je m’en voulais, dans ces combles transformés en bureaux aseptisés, de ne pas être capable de respirer mon Baudelaire, moi qui vais si souvent lui dire bonjour sur sa tombe et depuis si longtemps, non, pas tant. Et le bâtiment ne devait pas être aussi somptueux quand ils y étaient. Mais cette histoire de Jimmy Page samedi dernier, Jimmy se recueillant devant la fenêtre de Baudelaire, ça me tracasse. Après, ce débat c’était assez bizarre, curieuse impression de revenir à des discussions d’il y a 10 ans (– Le numérique ça a changé quoi, pour vous ?... mais après 25 ans d’ordi comment je m’en rappellerais, de l’avant...), la joie de parole de Pierrat, et puis finalement se laisser aller parce qu’il y a le sourire de Milad avec ses 15 pensées d’avance, cette salle de débat dans un bâtiment trop grand dont ni la ville de Paris ni la Sorbonne ne sauront quoi faire, quand nous dans notre école de banlieue ça grouille d’ordis, de latex et de térébenthine, de rap et de caméras, de labos avec tas de machins, ou d’un garage de banlieue réduit en poudre et la liste serait infinie — le Pimodan de Baudelaire et Gautier devait certainement ressembler beaucoup plus aux turnes de Cergy qu’à ce luxueux institut surdimensionné et vide. Donc j’ai vu la chambre de Baudelaire à Pimodan et tout ce que j’ai vu devant moi c’est le dos de Jimmy Page. Et tout ça grâce à un gars né à Alburquerque dans le désert, spécialiste de la prosodie de Dylan, qui vit à San Francisco et n’aime pas trop le bureau bureaucrate qu’on lui fournit ici. Finalement c’est peut-être ça aussi, la réponse à ce débat : la preuve qu’en web, littérature et vie privée ça va bien ensemble ? Ce billet, et le bouton SEND dessous, que je clique au revoir.

 

Milad Doueihi à l’hôtel Pimodan.
Boris Razon, auteur, et fondateur des "Nouvelles écritures" de France Télévision.
Emmanuel Pierrat en analyse littérature et vie privée à l’hôtel Pimodan.

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 13 mars 2015
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Messages

  • avant hier je me suis fendu d’un mail au "directeur" afin de lui dire qu’une mini enquête serait du meilleur aloi pour la manifestation prévue ce week-end (il a fallu qu’il trouve le bouton "réponse" des mails et dise dans son langage de merdalakon "avant de te donner un oui définitif pourrais tu me faire un devis" je lui aurais bien dit quelque chose (genre FO) mais me voilà au travail) (ça n’a rien de spécial, c’est plutôt agréable, ils sont mignons comme tout- des blacks des beurrettes en costumes enfin tout le kit) (jm’en fous, je bosse) y’avait ça en sortant prendre l’air, demain s’il fait beau je prends la photo terminée (c’est pour faire joli je suppose) (c’est joli, y’a aussi du vert à l’ouest et du bleu à l’est)