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on choisit sur modèle réduit

Je me souviens d’un jour, monter dans le TGV à Montparnasse, tomber sur Olivier Py, me disant qu’il atterrissait juste de Montréal, et moi regardant instinctivement où étaient ses bagages, me disant comme si c’était normal : – Je ne prends pas de bagage, j’aime voyager léger. Et puis, alors qu’on partait prendre un café au bar du TGV, posant son ordi (l’époque des petits Mac blancs) et son passeport dessus, et disant : – À moi on ne vole jamais rien. Puisque de mon côté c’est plutôt le contraire, peut-être il y a des trucs que je ne comprends pas, en tout cas en revenant du wagon bar son Mac et son passeport étaient là. Quand je suis parti en Chine, en novembre, j’ai voulu voyager léger, j’ai juste pris mon mini sac à dos avec le Mac dedans, au point qu’en arrivant à l’hôtel de Shenzhen ils ont eu l’air un peu surpris, mais je voulais faire comme Jean-Joseph V.. Là, à Lyon c’était le contraire, réapprendre à trimbaler la valise à roulettes, dans le train, puis le métro de Lyon, puis le bout de rues pavées pour descendre à l’hôtel, mais dans la valise rien que de la ferraille d’ailleurs qui dépassait de la fermeture éclair, mon petit pupitre à lire debout (et ici, chez moi, alterner position assise et position debout à l’ordi), puisque sûr je n’en aurais pas trouvé sur place mais c’est bien encombrant et lourd pour 50’ chrono de lecture en public. J’avais aussi mon appareil-photo, mon Zoom, le chargeur du Mac (Pifarély avait oublié le sien, vous voyez, ça arrive à tout le monde), chaussettes de rechange et brosse à dents, mon livre des lettres de Lovecraft à New York mais parce que pas possible de laisser le rythme quotidien du blog 1925, mon Kindle mais je ne crois pas m’en être servi, dans le train je dormais, facebookais ou traduisais. Mais c’est tout, j’aurais donc mieux fait, plutôt que la valise avec le pupitre replié qui dépassait et rien d’autre, emporter mon pupitre tout debout devant moi, ça aurait été plus léger, plus commode et j’aurais même pu m’en servir dans le train, ou au changement de Marne-la-Vallée au retour. Bizarre hôtel, dans le vieux Lyon sur le quai de Saône, mais de cette bâtisse peinte en trompe-l’oeil des célébrités aussi locales que le saucisson. De longs couloirs qui passent d’une rue à celle de derrière, remplis de recoins et de chicanes, et la chambre une sorte de couloir elle-même, la petite rue en face si près qu’on la toucherait de la main, et tout aligné dans la longueur, la douche, le lit, une cheminée (commode pour faire du Mac debout), une table avec une télé (mais qui pour regarder une télé dans un hôtel), des cintres et la fenêtre. Mais il y avait une wifi correcte, le veilleur de nuit à l’accueil avec le sourire et donc tout allait bien. Quand j’arrive dans des villes comme Lyon, Marseille, Dijon ou d’autres, il y a toujours un moment où j’essaye de me souvenir des endroits où j’y ai dormi. Rien de Perec, tout le contraire : mémoire précise des lieux et des pourquoi, ce que je suis venu faire dans la ville (ces temps où de Lyon un train de nuit venu de Genève repartait de la Part-Dieu vers minuit et me laissait à Saint-Pierre des Corps vers 5 heures le matin, s’il existait encore je le reprendrais encore, combien de fois j’ai fait ça dormir la nuit dans les trains plutôt que perdre la moitié du jour) – je n’ai pas de mémoire exercée aux hôtels, sinon d’exception (Shenzhen par exemple) et si je revois vaguement l’endroit je ne me souviens plus de la chambre. C’est rageant parfois d’être sûr d’avoir dormi à tel endroit à une date et pour une occasion dont on se souvient, mais pas du tout l’hôtel. Au matin, le mercredi, en descendant rejoindre Pifarély pour monter ensemble villa Gillet (monter, oui, monter), ces énormes sacs empilés dans le couloir. Comme si les gens qui étaient venus dormir là, la veille au soir, on les évacuait dans ces sacs. Mais non, j’en ai soulevé un, c’était plutôt léger, en tout cas pas le poids d’un corps. Ça m’a troublé quand même.

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 29 mai 2015
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Messages

  • Ca n’a pas de rapport direct avec cette page, mais juste quelques mots pour vous dire que je trouve votre site-monde formidable.

  • "l’autre petit monde, qui est l’homme", que disait Rabelais, alors "site petit-monde" mais merci du message !

  • (évidemment le monde est peuplé de nombre d’ordures, d’ignobles et abjectes personnes - disons au hasard pour faire court le maire de B. ou celui de P. dans la même région française, au delà de la ligne du partage des eaux) (ignobles personnages, et pourtant que dire d’eux ? laisse, dit quelqu’un, un peu loin, laisse) (ce ne sont que des parenthèses) j’ai vu l’élection d’Ada Colau à la tête de la mairie de Barcelone, et il y a des choses qui font chaud au coeur (à l’image, une autre de mes égéries, oui égéries, Césaria Evora qui allume son clope sur scène parce que c’est comme ça) (pieds nus sa voix son regard ;laisse va, ça vaut tout à la puissance cent mille tera giga)

  • (j’écoutais Ella tout à l’heure en faisant le numéro zéro et je me suis dit que les chanteuses avaient quelque chose pour elle : aujourd’hui, regardant cette merveille nommée "My blueberry nights" (Wong Kar-waï, 2007) (images photo Darius Khondji, une merveille comme toujours) il y a Norah Jones qui joue magnifiquement, elle chante aussi magnifiquement (pas dans le film) et je me dis que les femmes, après tout, pourraient bien nous racommoder avec le monde et la vraie vie) (merdauzabrutis : vu "la félicidad" (Daniel Burman, argentin, 2014) inutile) (les gens comme moi, il y a quarante on appelait ça des socials-traîtres) (à l’image je ne sais pas) (si : c’est le mont Boukornine qui domine le cap Bon) (photo (C) A.)

  • Même le RER ne veut pas de toi ce samedi matin là. Pourtant il y avait bien dû y avoir des annonces de chantier, mais tu ne les as pas vues ou pas entendues ou alors tu auras pensé "Ça sera le week-end" en oubliant que précisément c’était la moitié du week-end qu’en général au travail salarié tu sacrifiais (et sans être davantage payé qu’un jour qui ne contribuerait pas à t’isoler). La silhouette d’une autre personne visiblement prise au dépourvu et que ça agite bien plus que toi qui peut prendre un métro, te console à peine vaguement.

    Quant aux voyages en train tu n’en fais presque plus. Ça aura été le premier effet du manque de moyens : réduire les déplacements. Heureusement qu’il y a pire endroit pour se trouver coincée que Paris.

    Voir en ligne : http://gilda.typepad.com/traces_et_...

  • c’est à la nuit que je fatigue (le jour, je vaque) (je cours, je vais, je ne parviens pas vraiment à m’asseoir sur le lino pour remettre du terreau dans le pot qui sert au palmier qui a trente ans (le palmier pas le pot) (je prépare pour maison témoin un billet sur le Guépard (Luchino Visconti, 1963) on l’a déjà vu dans ce journal plusieurs fois, je suppose (j’oublie) (j’ai tort) c’est un de mes préférés, peut-être parce que Burt est dans une sorte de fausse idée de l’exactitude de la nation, un américain en Sicile, dans les années 1860, alors qu’à ce moment-là guerre de sécession etc...) (photo prise de la fenêtre, l’étoile sans doute Sirius) (la nuit est aussi un film d’Antonioni-1961- avec Marcello et Jeanne Moreau et Monica Vitti) (vivement l’Italie)

  • hier tapage vocal pour 28 voix pendant une heure - et dehors le silence des arbres

  • je prends le bus la ligne 3 pour quitter le lycée la côte et ses arbres - visages fatigués visages abimés - une femme se dit voyante porte sa main à son cœur - quelqu’un de gentil existe et va me rencontrer - elle me demande de la croire

  • retrouve le plaisir du dehors - ailleurs -

  • (O., parti pour quelque jours je croyais dans les Cyclades m’envoie ce spécimen de Delphes) (il lui manque un croc mais qu’y puis-je ?) (y va prendre un train puis un bateau allez) (la chance quand même)(travailler, la banque qui m’écrit je ne sais même pas qui c’est, d’un désinvolte ces banquiers parfois) (complètement crevé moi)

  • (plus ça va, moins ça va, les factures, pas un rond, rien ne va plus - le studio est vide, à louer, si ça intéresse quelqu’un) aperçu dans le métro, assis, là, sur ses pieds, un cadre (il est un peu loin ; au premier plan, la fille à sms (elle sortira taleur)

  • le genre de tableau réalisé au point de croix (une horreur qui a besoin d’un patron) (c’est pour te dire) (j’avais pas vu la gonzesse à voile, là gauche cadre, mais elle est bien, j’aime son air sympathique, elle me paraît cool, genre bonne soeur, je sais pas dire mais elle me plaît) (le propriétaire de tableau mate gauche droite, comme d’hab : on a l"impression, pourtant, qu’il fait bien office d’afficheur de son affaire) (après on regarde un peu ce que c’est que ce tableau alak)

  • (sans dèk, ça a pas quelque chose d’improbable un chinois qui s’entiche d’un objet pareil ? tu crois quoi, il va le poser quelque part, chez lui, pour embellir ? naaann) (tous les goûts sont dans les couelurs, comme chacun sait) (tu as remarqué : l’opérateur s’est levé, c’est pour tenter de distinguer)

  • (tu remarqueras quand même que le type ferme les yeux : j’opère, certes) il s’agit d’un couple d’enfants dirait-on, un gars une fille disons, elle est derrière lui, et lui, il écrit une lettre (probablement une demande en mariage ? quelque chose ? Un bail pour mon studio ? Un état des lieux ? Punaize quelle catastrophe) (jvais me rapprocher, mais le point, ce sera bernique quand même)

  • plus moche tu meurs (c’est peut-être pour chambre d’enfant, un garçon, afin qu’il comprenne qu’en écrivant, les filles seront à sa suite ?) (je me perds en conjectures, je m’en vais passer une annonce tiens) (demain, on aura peut-être droit à un feuilleton de rue : j’ai croisé un genre d’olibrius en costard chaussures pointues bby ou ip collé au lobe, jte dis que ça, comme c’est devant le conseil d’état, ça promet d’être chaud bouillant comme disent mes contemporains à lak)