2017.12.01 | nos gloires (me voilà dans l’expo Echenoz à Beaubourg, sans avoir rien demandé)

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À Beaubourg ils ont inauguré une expo à la gloire (anthume, je vous rassure tout de suite) du copain Echenoz, qui le mérite amplement.

Quand j’ai vu les affiches, je me suis demandé ce que j’aurais à montrer, si on me proposait le même embaumement (on ne me le propose pas) :

- une visite en 3D ou VR des arcanes souterrains de mon site web ?

- l’album photo de tous mes copains en 30 ans ?

- le vélo demi-course que j’avais reçu en 6ème et qu’on aurait retrouvé ?

- moi dans un aquarium, en train d’écrire en direct sur mon Mac tout le temps de l’expo ?

En fait je n’ai pas plus besoin de Beaubourg que d’eux de moi, puisque mon site c’est expo permanente, avec même de chouettes rares archives en pages abonnés – mais manuscrits, carnets de notes et tout ça, il y a si longtemps que l’ordi a tout avalé...

C’est l’ami Lucien Nouis qui, avec un petit sourire, met discrètement cette photo sur son Facebook : il m’a reconnu, je fais de la figuration discrète sur une des photos de cette expo – peut-être c’est pour montrer qu’Echenoz était déjà célèbre en ces temps reculés, puisqu’il me voisinait ?

L’an passé, accueilli au fond Cendrars de la bibliothèque nationale de Suisse à Bern, j’avais eu un gros pincement en découvrant le dépôt, 6ème sous-sol, des carnets manuscrits de Béno – Jean-Luc Bénoziglio, qu’on voit ici au milieu entre nous deux.

À l’époque on voyait des photographes qui shootaient tout ce qu’ils pouvaient pour recaser ça aux journaux, il m’est arrivé d’en éjecter. D’où la résurgence, à 25 ans de distance, de ces photos sans trop d’intérêt, mais bon, les chevelures étaient plus glorieuses aussi.

On a été combien de fois dans la même situation, ces années-là, avec Jean ?

Le premier souvenir qui m’est venu : en 1994, au Salon du livre de jeunesse de Montreuil (qui portait fièrement ce titre, pas la zizouille « promotion » qui l’affuble maintenant), Henriette Zoughebi nous avait proposé de venir raconter notre premier souvenir conscient lié à la lecture. Michel Chaillou était maître d’oeuvre, et ça avait été filmé – soit par Périphérie, soit par Stéphane Gatti.

J’ai toujours la cassette VHS, sauf qu’il faudrait la refilmer et que je n’ai plus de lecteur VHS. Et puis elle a dû délaver, la cassette depuis 25 ans dans mon stock de vieux truc. Je vais quand même essayer, un de ces soirs.

Enfin donc merci Lucien. Je suis un obsédé par le temps qui passe, en ce moment. C’est plutôt joyeux. On sent se profiler une sorte de liberté intérieure, qui vous autorise tout ce que la raison dénie – éditer et publier moi-même mes livres par exemple.

À l’époque, on n’avait pas Internet, mais j’avais déjà un Mac portable, encore noir et blanc. On avait commencé la grande aventure. Jean n’était pas encore sur Mac je crois : il tenait à sa machine à écrire, aux versions recopiées. Processus qu’il continuerait avec son Mac, probablement peu de temps après : imprimant sa version du texte, puis effaçant le fichier pour se contraindre à recommencer, faisant ça 3 fois. Ça tient à ça, la musique si fragile et la syncope si particulière à Echenoz (qui n’aime pas qu’on l’appelle par son nom de famille).

Dans les mêmes années, je me souviens – un autre débat, encore avec Chaillou, mais à la BNF (à moins que ce soit ça, cette photo ?) qu’il se refusait aux recherches Google : « Si j’ai besoin d’un renseignement, je sors de chez moi et je vais le chercher ». Mais Jean vivait à Paris, pas moi.

Dans mon livre Contemporains, j’ai inséré ce texte : Danseurs fragiles de Jean Echenoz (sais plus du tout en quelle circonstance on m’avait demandé de l’écrire), c’est notre manière à nous : plus trop besoin de ces grosses machines de l’institution, sans doute pour ça qu’ils sont tant sur la défensive, par rapport à nos petites machines Internet, tellement plus vivantes et chercheuses.

Mais non, un autre visiteur (merci Jacques Clayssen) réagit sur Facebook et m’envoie photo du cartel sous l’image, où Béno et moi-même sommes dûment identifiés : « Berlin, 1988 ».

On était revenu de l’année berlinoise en juin 1988, partis à 4, revenus à 5. En octobre il y avait eu ce colloque bi-national. Maintenant, effectivement, je les revois, les copains. Il y avait aussi Marie Ndiaye, Leslie Kaplan, Philippe Djian avec qui on avait bien sympathisé, et Valère Novarina – c’est la 1ère fois que j’entendais lire Valère, une relation solide s’était forgée, c’est surtout de lui et de la lecture de Drame de la vie par Laurence Mayor dont je me souviens ; Six mois plus tard le mur craquerait, le colloque s’effacerait avec.


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 1er décembre 2017
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