bibliothèque surveillée


La bibliothèque est ouverte tous les jours dimanches compris, ferme à 21h sauf le we, et dedans on vous laisse tranquille (on a la wifi, les tables ont des prises secteur), si vous ne mettez pas les pieds sur les fauteuils [1] ni ne vous servez de votre téléphone portable. Le choix est donc parfaitement responsable : on sait qu’il y a des caméras, mais les deux personnes qui se relaient à l’entrée derrière les écrans de contrôle sont visibles de tout visiteur qui arrive [2], on voit donc nous-mêmes ce qu’ils sont occupés à regarder (d’ailleurs, bien souvent directement en ballade Internet, et l’écran pour les zooms, à droite, plutôt curiosité de telle silhouette que suivi d’un comportement suspect) [3]. Et comme ils s’absentent parfois pour un tour dans les salles, on a soi-même la bibliothèque en spectacle et il y aurait sans doute un étrange documentaire à inventer sur les usages de lecture, déplacements, farfouillages, lectures sur place, à partir de ces enregistrements vidéo. Bibliothèque surveillée : oui, et après ? [4]. Parfois, quand on sort après longue immersion, s’imaginer que d’un coup d’oeil sur les écrans on pourrait s’apercevoir encore, là-haut, lisant ou écrivant avec les phrases qui restent dans la tête. Aucune idée de comment on s’y prend, côté caméras, dans les établissements de taille équivalente en France ?

 


[1Détail : l’architecte a disposé un peu partout autour du grand puits central des tables basses carrées entourées de 4 fauteuils – comment voulez-vous lire sans étendre les jambes ? Alors on a gardé les tables basses, mais on a tourné les fauteuils de telle façon qu’ils tournent le dos aux tables.

[2A la Portrait Gallery de Londres, me souviens d’avoir vu avec surprise le préposé aux 12 écrans installé en plein couloir de la galerie, insérant dans le musée sa représentation en abîme.

[3Le pupitre de surveillance est donc à l’entrée principale, juste à côté de la banque de prêt automatisée – passer le code-barre de votre carte, scanner le code-barres de chacun des livres empruntés, puis démagnétiser en passant dans le V. Uniquement les emprunts gratuits bien sûr : les best-sellers ont une pastille $ sur la couverture, eux on les paye, ça marche très bien. Quand ils ne sont plus considérés comme nouveauté, ils sont inclus dans les rayons, mais alors largement remboursés : la bibliothèque service public n’a pas mission de financer la lecture industrielle, ça je n’ai jamais compris pourquoi on n’en faisait pas autant chez nous. Evidence que, débarrassés de cette fonction bip-bip, les bibliothécaires trouvent à s’occuper largement au contact public – renvoi à obtuse discussion franco-française. Réflexion récente de Martine Lacasse, rayon jeunesse : l’installation de la banque de prêt automatisée a augmenté visiblement les prêts, parce que les gens osent plus emprunter du fait de rester anonymes.

[4Noter que la tradition française qui veut que les conservateurs eux aussi prennent leur tour de présence en salle de prêt, dimanche compris – et ce qu’ils en tirent pour le contact public –, de la BNF et la BPI jusqu’à Bagnolet, semble une idée qui n’a pas traversé l’Atlantique : l’ascenseur 4ème étage est direct, pas même d’escalier entre le 3ème et le 4ème.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 6 juin 2010
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