lire numérique, une régression ?

on lit différemment, on n’a pas les textes qu’on souhaite...


Ce matin, au lieu de faire les textes et dossiers en retard, je me fais piéger à nouveau par un billet de Hubert Guillaud dans La Feuille, et j’y réponds à chaud.

Après coup, Hubert ayant cette fonction de grand bousculeur poil à gratter et permanent provocateur, je me dis que la discussion doit être plus générale, et que je dois mettre ma réaction, tel quel, dans mes propres pages – je la reprendrai et la développerai.

Il va de soi que la fondation et le développement de publie.net s’enracinent ici et en constituent la réponse.


commentaire sur La Feuille, à chaud et d’un bloc

étrange article, mais riche de signification :

en gros, il dit :

1, depuis qu’il a son Kindle, il s’en sert tous les jours et de plus en plus, idem de mon côté la Sony

2, l’appareil lui est 1000 fois plus utile depuis qu’il y intègre les flux rss de ses journaux, et articles de fond pour sa veille perso, je peux en dire autant, et merci FeedBooks de nous en proposer l’outil (et réflexion connexe, le Sony 2 sera sans doute wifi, comme l’Irex et le Kindle, mais c’est vraiment pas un pb, avant de partir prendre le train, de mettre le bousin sur la prise USB 30 secondes pour actualiser)

3, préférant lire sur son Kindle que sur livre papier (c’est mon cas aussi : il y a 2 ans, on disait ici que l’ergonomie livre était supérieure à l’ergonomie liseuse, ça a basculé, irréversiblement – c’est pas Bruno ou Hervé qui vont me dire le contraire), il délaisse la lecture “dense” au profit de sa lecture “de flux”

on a tous ce problème là, y compris avec l’ordi - le matin, je passe voir mon Netvibes, j’ouvre pas un bouquin de philo - on est quelques-uns, comme aux premiers temps du web, à se passer nos ressources numériques non commercialisées de littérature (échange texte Michaux contre texte Gracq etc), et les livres que j’ai envie de découvrir, le Pynchon traduit par Claro, je fais pieds et mains pour avoir pdf éditeur que je ne diffuse pas, mais dont je rogne les marges avec Acrobat pour le lire sur la Sony à peu près confortablement

ce que je déduis de cet article :

1, oui, il y a à inventer des récits, des modes de narration, des formats de texte qui utilisent mieux, nativement, les spécificités de nouveau support

2, ce qui change à l’acte, au geste, à la fonction ou la responsabilité de la littérature (le “roman” dans son histoire, ses formes depuis l’irruption de la presse au temps de Balzac), c’est de dialoguer – mise en réflexion du langage, dirait Blanchot – dans le contexte d’un rapport au monde pour nous tous bousculé en profondeur, notamment dans le rapport au temps (délai de publication et d’information) et au savoir (la littérature n’a plus pour fonction essentielle de représenter, mais d’interroger le langage et nos usages dans ces nouveaux modes de représentation)

3, le combat pour la transmission, donc pour “la lecture” pas au sens des pitreries subventionnées de “lire en fête”, mais un vrai travail pour insérer dans les nouveaux usages numériques, devenus totalisants chez les plus jeunes, le chemin vers la lecture dense ne se confond plus, comme on pouvait encore l’exprimer il y a 2 ans, avec le chemin vers le livre comme support unique ou le livre comme horizon unique – le dialogue ou la parole qui nous fonde comme communauté, donc jusqu’à ses plus hauts usages, nous impose ensemble la responsabilité de travailler à comment maintenir dans et par le numérique la veine “dense” de cette parole

c’est là où l’édition porte une large responsabilité, que ses contraintes industrielles ne permettent sans doute pas de prendre en compte comme il le faudrait - ça va secouer dans la mutation - on va perdre sur le terrain du profond, l’article de JW que tu cites, Hubert, en est un témoignage, mais la maturité des supports numériques est aussi le territoire où inventer comment reconstruire, y compris avec du St John Perse, du Agamben ou du Deleuze - j’échange demain à qui veut la totalité de mes bouquins de Deleuze contre un CD-Rom ou une URL de télécharge, et je mets en plus un carton de Chinon, non virtuel

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne et dernière modification le 25 septembre 2008
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