démission de Benoît Yvert

Albanel élimine le directeur du Livre


Albanel incompétente ? Non ! Elle vient de forcer le directeur du Livre, Benoît Yvert à lui donner sa démission, on suppose qu’elle a dû y mettre les moyens nécessaires. Albanel se préoccupe du Livre : la preuve, elle vire...

Sérieusement : il y a un an, le ministère de la Culture était réorganisé en trois directions, une concernant la création, une concernant production et diffusion, une concernant le patrimoine. C’est seulement après qu’Albanel s’est aperçue que le livre, faire parler un auteur d’un livre dans une bibliothèque, n’était pas partageable dans les trois dimensions de l’éclatement. La direction du Livre était, par décret, maintenue provisoirement (en fait, ils l’avaient carrément oubliée dans leur réorganisation albanisation).

Première solution étudiée : diminuer le périmètre. En réduisant la taille de l’objet, on s’en débrouillerait plus facilement ? Ainsi, dans les Directions régionales d’action culturelle (DRAC, pour qu’on s’en souvienne, tant qu’il en reste), où depuis si longtemps on avait affaire à 2 conseillers livre pour monter les projets, soutenir les actions, on en a éliminé un des deux.

Il resterait un obstacle : Benoît Yvert aimait la littérature (voir ici vidéo de 9 minutes), ça faisait tache. Je n’ai pas été d’accord avec toutes ses options, en particulier dans Livre 2010 (d’ailleurs, on y arrive, à 2010, va être temps de faire disparaître tout ça !) il y avait des choses pour le moins caricaturales.

Mais Benoît Yvert parti, ça va être bien plus facile d’éclater l’ancienne direction du Livre dans les services réorganisés. Rappelez-vous, rappelez-vous les temps heureux : les commissions du CNL pour les aides et bourses, la loi sur le prix unique du livre, les événements littéraires et l’action éducative via les DRAC... Dans le bruit Hadopi, casserole majeure, cette petite casserole ne sera dommageable qu’à nous, les auteurs.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 mai 2009
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Messages

  • Décidément les auteurs sont bien malmenés... que ce soit par Hadopi aujourd’hui ou par cet éclatement demain.

  • Cher François,

    Voir en Benoît Yvert un défenseur de la littérature, c’est très exagéré. Lui qui avait déclaré à Livres Hebdo que la littérature se portait bien en citant trois livres : un dictionnaire, un livre d’Histoire et si mes souvenirs sont bons, une mièvrerie de D’Ormesson ou un truc comme ça. Je ne pleurerai pas la fin de l’Yvert mais je me désole qu’elle n’accouchera pas, cette fin, du printemps. Quant à Albanel, si l’Histoire la retient (ce qui paraît improbable), ce sera pire pour elle que si l’Histoire l’oublie. Qu’elle se moque du livre est certain et plus encore, dans le livre, de la littérature. Dans le journal du ministère, qui va de plus en plus vite de ma boîte aux lettres à la poubelle, il n’est quasiment jamais question de littérature. Quand on y cause de livres, c’est soit du côté patrimonial, soit pour vanter le manga français ou la bonne santé de Titeuf. Ça va d’autant plus devenir difficile pour nous, amateurs de littérature, que les socialistes ont un peu le même comportement dans leurs régions ou leurs villes. Récemment le maire socialiste d’une grande ville ne voyait pas l’intérêt de soutenir une très belle manifestation littéraire au prétexte que selon lui "il n’y a pas d’avenir pour le livre". Je me demande s’il n’y aurait pas, très prochainement, un réel avenir pour les pavés (non ceux qu’on lit, mais ceux qu’on jette).
    Amitiés

  • Si je ne me trompe pas, le grand titre de gloire de ce monsieur démis c’est d’avoir été, du temps qu’il était bouquiniste spécialisé en histoire ancienne, d’éditer les premiers poèmes d’un de ses clients promis à bel avenir dans la tribu des dents longues, Villepin qui fut premier ministre ?

    L’étonnant est plutôt qu’il ait pu survivre 2 ans pleins en Sarkozie avec ce viatique pour le moins encombrant. On risque de les oublier tous les deux assez vite.

    Mais je conviens que cela n’annonce pas des temps glorieux, et vous faites bien d’évoquer la menace sur la loi concernant prix unique du livre, une barrière vient de sauter d’un seul coup.

    Voir en ligne : blog Habakuk

  • La littérature n’a certes rien à faire dans un Ministère des Industries dites Culturelles ; d’ailleurs, elle est morte avec la dernière pièce de théâtre de Mme Albanel.

    Voir en ligne : http://www.tonneaudesdanaides.com

  • Merci à François Bon de son mot sur le Ministère de la Culture.

    Merci d’ancrer aussi la création dans son environnement institutionnel et politique.

    Je voudrais vous dire qu’en même temps que la Direction du livre a été supprimée, la direction des Archives. Une vieille, qui datait de la Révolution française.

    Livre et archives.

    C’est un fait qui m’a fait me réveiller en sursaut plusieurs nuits de suite et qui m’obsède.

    Il se trouve que je suis fonctionaire, très habituée des réseaux publics de soutien financier à la création, à l’action culturelle et à l’éducation populaire (oui ! j’utilise encore ce mot et je l’aime).
    Il se trouve que je suis également auteure.
    Et je suis effrayée par ce que je vis et constate au jour le jour.

    Une grande mairie du nord-est de Paris, vient de supprimer le livre-cadeau offert à tous les enfants des écoles de la ville en fin d’année...
    Pour faire des économies.
    Cela n’a l’air de rien, c’est beaucoup.

    Laissons les problèmes de personne : attachons-nous aux valeurs et au sens.
    Utilisons Internet pour fédérer, redonner "une espérance", et non pas pour se replier dans la critique personnelle, pointue ! de tel ou tel, tellement enfermante.

    Défendons le livre et l’écrit, la création, sans oublier l’Autre, les autres, la société et la politique (le sens du collectif).

    F.J.