mais qui est Ursula ?

Philippe De Jonckheere rend compte de nos 2 semaines à Ars Numerica pour "Formes d’une guerre"


Voici une étonnante création web, réinstaurant, via la bande-son et une suite d’images animées (leur laisser le temps de chargement), ainsi qu’un déroulement différencié, un spectacle-écran qui reconduirait la complexité d’un spectacle réel : Formes d’une guerre, via Désordre.

Philippe De Jonckheere appelle ça forme Ursula, je sais que c’est lié à un stage de techniques web pour cinéastes qu’il a tenu à l’automne à Lussas. Mais là c’est un grand spectacle qui renvoie à quelques succédanés préhistoriques la plupart des applications iPad dont on nous rebat les oreilles en tant que bouée de secours (qu’elles ne seront pas) d’une presse magazine en déroute.

Voici donc ce qui restera la trace pérennisée de notre invitation à Ars Numerica / Montbéliard en décembre, pour Formes d’une guerre, et que Philippe De Jonckheere seul pouvait mettre en place.

En haut de page, un fichier audio : le premier filage complet de notre spectacle, l’avant-veille de la première – une sorte de pré-générale, à laisser filer en parallèle du visionnage. Pour moi, le texte à cette étape à peu près finalisé. En gros, celui qui m’a servi le soir de la première. Par contre, le deuxième soir, m’étais donné comme contrainte de m’y abandonner et prendre le risque de l’improvisation et des glissades, immense défi de ce genre de rencontre.

La page web Formes d’une guerre proposée par Philippe est divisée en deux. À gauche son linéaire texte, notes jour après jour de son propre point de vue sur le travail collectif, la rencontre évidemment intense avec ces deux musiciens d’exception (idem pour moi avec Michele, et côté Dominique, le pacte renouvelé de grande confiance à sa rigueur et cette grammaire temporelle qu’il impulse).

Evidemment amusé et curieux de découvrir les réactions de Phil à un univers – le spectacle, en tant qu’éphémère – dont je suis plus familier, les réactions de trac et d’angoisse. Pour moi cette angoisse est présente en permanence, pas limitée aux formes performatives. Elle est pour moi découplée dans les formes tenant uniquement à la parole, conférences, cours, voire même la première heure du stage Normale Sup vendredi, avant que j’aie repris mes marques. Dans les formes performatives, j’ai appui sur la forme préparée, les choses à régler, l’infinie précision à conquérir de ce qu’il y a chaque seconde à faire et anticiper. Par exemple, je ne participe pas à ce rituel jazz, mes compagnons trinquant dans la minute d’entrée en scène, mais une vieille pratique d’exercices de respiration qui me mettent probablement en même état de shoot. La pratique du silence aussi, qui semble dans une des notes choquer Phil, on ne peut pas lui demander de refaire 30 fois sa lecture.... Mais probablement c’est pareil pour Dominique, même si on va s’acharner sur une transition, sur une mécanique ou un rouage.

Dans cette forme collective, pas souvenir de trac, ça c’est la fréquentation de Dominique – ou Vincent Segal – et par eux d’autres grammairiens de l’improvisation (Eric Groleau, François Corneloup). La vieille phrase de Dylan, – C’est quoi pour vous le rock’n roll ? – Carelessness, s’abandonner donc, et je sais qu’avec Michele ce sera souple, facile, imprédictible. Par contre, oui, le texte écrit – c’est pour moi le principal changement de paradigme, à rester 2 semaines pleines sur 28 pages de texte – précis à la virgule, justement pour permettre l’écart, le flash, l’intégration (ça, pour moi, c’est presque un ajout-fétiche) d’une phrase orale entendue directement dans la journée, dans la rue ou de mes compagnons.

Marrant aussi de voir Philippe, occupé à traiter sa marge d’incertitude, s’imaginer que de notre côté tout est blindé et parfait. Je n’ai jamais connu une séance publique sans cette marge. Par exemple, c’était pour moi la 1ère utilisation de l’iPad comme outil de lecture, sans filet de rattrapage. Jamais aucun problème : au contraire, à la demande de l’équipe d’y appliquer un auto-collant anti-reflet, ce petit machin à 20 euros donnait une tourne de page plus précise même avec sueur, et gomme définitivement les taches de doigt, il paraît que c’est intégré dans la nouvelle version iPad à venir. Eh bien, la veille de la première, une mise à jour iBooks (celle qui permet la césure et les collections). A peine le spectacle commence, que je découvre que le texte, utilisé pour la 1ère fois dans la mise à jour (pb n’a pas reparu ensuite), m’affiche en plein 1er tiers une mini-bulle qui m’occulte un tiers de ligne – que j’aurai donc à réimproviser, le texte étant trop complexe pour uniquement la recomposer de mémoire, et je gommerai cette bulle en éteignant et rallumant l’iPad à mi-parcours, pendant le solo de Dominique et Michele.

Merci aussi à Philippe de cette disponibilité, voir dans ses notes comment se construit et évolue le mur image, ses trois toiles actives, manipulées depuis ses 3 ordis en console, dans un rapport qui se développe individuellement et intimement avec les 2 musiciens, tandis que de mon côté je m’efforcerai au contraire de faire riper mon texte sur les images, en y intégrant des mots ou figures qui en soient le reflet ou l’abîme – comme sur ces séquences animées de mains ou bouche à mots.

L’expérience a fonctionné, le changement d’échelle : ce qu’on connaît sur son ordinateur, le voir développé en 3 écrans de 4 mètres sur 3 ; la rythmique propre des images, Phil face à nous, mais nous-mêmes de plus en plius en relation avec ces cassures et glissements lumière qui nous accompagnaient ; le contenu même des images, notamment via les cascades animées, paysages villes, intérieurs industriels, approches corps, déconstruction permanente de tout état stable d’image.

Juste quelques images de l’iPad en répèt (écran bloqué mode portrait, anti-reflet, affichage epub via iBooks, césure débrayée pour gain vitesse, usage intensif fonctions surlignages en répèt) – et ce que l’appareil offre aussi de gestuelle, d’éloignement – ainsi, ce que je compte développer pour mes lectures solo, de pilotage à distance de l’ordi ou de la vidéo depuis la même surface qui nous sert au texte. Photographies Virginie Crouail, sur l’appareil du Maître du Désordre.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 10 janvier 2011
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