le numérique, puisqu’on en cause

itw avec Slate, chat avec l’express-fr, entretien Nicolas Ancion et le maître Crouzet chez Numerik...


Le Salon du livre de Paris on n’y est pas invités – voir programmes des débats concernant le numérique via les nounours du SNE (oh les beaux chants consensuels pour éviter de parler du désastre #Prisunic) ou la bravissime SGDL en lutte contre le tout gratuit d’Internet [1], mais c’est l’occasion d’une focalisation à laquelle on a bien l’intention de participer allègrement, ne serait-ce que par belle salve de mises en lignes, puisque finalement c’est bien là d’abord que ça se passe...

Ainsi, chez nos amis de NumerikLivres, la réflexion toujours iconoclaste de Thierry Crouzet (pas un jour sans qu’on vende un Crouzet sur publie.net, ne manquez pas J’ai eu l’idée ou L’Alternative nomade ou Bit, sex & bug), chez NumérikLivres ça s’appelle L’édition interdite.

A lire aussi, entretien de Nicolas Ancion dans ses post-it littéraires, et cet entretien avec Lorenzo Soccavo.

Pour ma part, je serai jeudi 17, de 15h à 16h (avant reprise de nos nocturnes à la BU d’Angers) en direct pour chat sur L’Express-fr, merci Laurent Martinet.

Et je mets en partage échange tout frais avec Nico Prat, du site pour nous tous important Slate.fr.

FB

Illustration : petit emprunt à L’édition interdite de Thierry Crouzet.

 

entretien FB/Nico Prat pour Slate


Pouvez vous présenter en quelques mots publie.net ?
Nous avons créé publie.net en 2008 sur le principe de base d’un partage des recettes nettes à 50% entre l’auteur et la structure (30% pour les abonnements, selon péréquation des pages lues), avec un vrai contrat en ce sens. A l’époque je dirigeais une collection de littérature contemporaine au Seuil, il m’apparaissait de plus en plus évident que les textes qui renouvelaient le plus les formes littéraires, et notamment ceux de jeunes auteurs déjà très aguerris à la publication blog ou web, demandaient de nouvelles formes d’approche. Nous accueillons aussi les textes d’écrivains confirmés qui étaient devenus difficiles d’accès. Nous effectuons nous-mêmes, sous forme de coopérative, les tâches d’editing, et nous sommes distribués par l’Immatériel-fr, ce qui nous assure présence sur un important réseau de libraires indépendants via ePagine, mais aussi les grandes plateformes de vente en ligne comme l’iBook Store d’Apple ou FeedBooks. A l’heure actuelle nous diffusons un peu plus de 400 titres, et seulement 1/3 des ventes sont générées directement par notre site.

 

Selon vous, le milieu de l’édition fait-il face aux même risques de piratages de ses livres numériques que le milieu de la musique ? Et si oui, ont-ils des solutions à portée de main ? Si non, pourquoi ?
L’édition n’est pas un “milieu” : dans le monde de l’imprimé, il y a environ 1200 éditeurs, dont 1000 représentent à peine 1% du CA global – et cette diversité est essentielle pour la création, qui est plutôt dans le camp des petits que des gros... Nous avons en effet une solution aux problèmes de piratages, partagée d’ailleurs par plusieurs autres acteurs du numérique : nous refusons les DRM. Qu’on copie ou partage les textes de nos auteurs le plus possible, tant mieux. Ce que nous proposons, c’est aussi une communauté, des échanges, une plateforme de mise à jour permanente tous appareils, et à un prix si modique que ça ne vaut pas vraiment le coup de s’embêter à pirater. C’est plus une distribution d’accès et de service, la possession matérielle de tel ou tel fichier est vraiment secondaire. De même, nous privilégions l’abonnement intégral à notre site, et la lecture streaming.

 

De manière générale, pensez-vous que le livre numérique puisse devenir un véritable marché, aidé par le Kindle, l’iPad... ?
La notion de “marché” pour nous est complètement inopérante. On s’en fout. Ce qui compte, c’est : de quels livres estimons-nous la présence nécessaire sur les supports numériques que nous utilisons tous les jours ? Et quand je dis livre, je pense d’abord expérience de lecture. Explorer maintenant, avec nos propres outils et moyens, la formidable invention que représente le numérique, en terme de navigation intra-textuelle, de rapport texte/voix, de lien du texte au monde contemporain. Si en plus la cagnotte réalisée par nos ventes me permet de rémunérer des spécialistes de l’epub, des correcteurs, etc, tant mieux.

 

Au fil de mes discussions, personne ne semblait d’accord sur l’avenir du livre numérique, la technique à adopter... Ne pas se mettre d’accord le plus tôt possible, entre autre sur le prix unique du livre, n’est-ce pas un risque pour l’avenir ?
Se mettre d’accord entre qui et pourquoi ? Le SNE fait cavalier seul, et déploie un lobbying politique type bulldozer pour ses intérêts, le ministère de la culture fait des courbettes [2] – on ne les a jamais vus nous demander notre avis. Donc on se débrouille tout seuls, on fixe nos prix, on essaye de mériter la confiance de nos lecteurs. Si notre progression les embête un tantinet, tant mieux. Il n’y a aucune “technique” de fixée, l’epub même est en évolution constante, et cette loi dérisoire du “prix unique”, c’est juste une espèce de tentative bureaucratique pour gêner les acteurs neufs. Mais elle est totalement inopérante pour nous, parce qu’elle ne concerne que les livres “susceptibles d’être imprimés” (imaginez une loi concernant les citoyens “susceptibles de devenir criminels”). Se mettre d’accord, oui : entre l’auteur et le lecteur, un pacte d’échange, d’attention, de circulation à double-sens.

 

Le clivage indé/major, réel dans le milieu de la musique, s’applique-t-il ici ? avec par exemple les indés plus réactifs, les majors dépassées...
Les “majors” ne sont pas dépassées, un livre imprimé est depuis longtemps déjà en lui-même un mini site web, avec ses fichiers xml et ses masques css, ses métadonnées. C’est plutôt que leurs revenus principaux s’établissent sur la distribution d’une part, sur le poche d’autre part. Le principal éditeur français a 20 000 livres numérisés sous le coude, mais n’en commercialise que 1000, à un prix presque équivalent à celui du papier. Dans ces conditions, effectivement, on a un boulevard pour notre propre progression.

[1merci cependant à la SGDL, pour son principal débat au Salon du livre, d’avoir invité un auteur publie.net, en l’occurrence Nicolas Ancion.

[2Je rappelle aussi que malgré 10 000 téléchargements payants en 2010, et plus de 30 bibliothèques ou instituts français abonnés ayant généré plus de 115 000 pages lues, publie.net n’est pas reconnu comme éditeur par le CNL, excluant toute aide (une somme faramineuse est réservée à leur commission numérique, mais uniquement pour être mise à disposition des éditeurs de l’imprimé numérisant leur fonds, du coup il n’y a même pas assez de dossiers), mais nous excluant aussi par le fait de toutes les instances de dialogues, alors que les évolutions juridiques, en particulier, sont décisives...


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1ère mise en ligne et dernière modification le 12 mars 2011
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