« À cause de mecs comme toi »

petite déchirure intérieure, qui ne changera probablement pas mes lectures


Le livre n’est pas. La lecture le crée, à travers des mots créés, comme le monde est lecture recommencée du monde par l’homme. Edmond Jabès.
merci à Tiphaine T. pour l’envoi !

 

C’est quand même violent. Je venais d’acheter les oeuvres complètes de Reverdy, et voulais renouveler mon Espèces d’espaces de Georges Perec avant la reprise des cours et ateliers. « À cause de mecs comme toi » : l’Internet bien sûr, qui fait qu’on lit moins de livres, qu’on vient moins souvent centre-ville, que soi-disant on disperse notre attention.

Pourtant, juste avant, il m’avait dit, l’ami libraire (15 ans que je viens là) : « Je ne te parle pas de la rentrée littéraire... » Non, on est d’accord là-dessus, et le meilleur libraire ne peut vendre que ce que les éditeurs lui proposent de vendre. Seulement voilà, ce qui fait sens, ce qui s’invente de meilleur, ça passe par d’autres biais.

Je n’ai pas de culpabilité particulière : publie.net est distribué par plus de 40 libraires indépendants (sauf 1001libraires.com, à qui l’argent public n’a pas porté bonheur, quelle pitié), quand bien même on aimerait bien qu’ils comprennent, lesdits libraires, qu’ils peuvent aussi vendre des abonnements aux particuliers et bibliothèques, et que dans ce cas c’est aussi intéressant pour eux que les piles de papier pilonnable. Mon libraire est un excellent libraire, un libraire d’excellence. On vient de dizaines de kilomètres à la ronde pour les visiter. Le Dépaysement de Jean-Christophe Bailly, livre immense et important, ils en ont vendu 120, les premiers dans le score juste après la librairie Compagnie, Paris. Ils ont invité Jean-Christophe Bailly pour une rencontre et il a fallu pousser les murs : n’empêche que, là que j’ai fini de le lire, et qu’on en a discuté avec J-C B par mail, j’aimerais bien l’avoir sur mon iPad, pour retrouver des passages, relire à volonté dans les heures de train. « À cause de mecs comme toi » : il faudrait brûler nos ordis ?

« Dans les facs, les étudiants n’achètent plus de livres » : moi j’ai plutôt l’impression que si je fais cours sur Artaud, Michaux, Beckett, Sarraute et les autres, le texte est là, et le goût du texte. Seulement voilà : les étudiants lisent sur ordi, et c’est sur le terrain de leurs usages numériques que je me bats pour ce que je considère comme principal. « À cause de mecs comme toi » : à cause des astronomes qui utilisent des téléscopes au lieu de grimoires, qu’on n’a plus le droit de croire au soleil tournant autour de la terre. Plus d’ordis pour les toubibs, pour les biologistes, pour les photos envoyées par mail aux grands-parents. C’est à cause d’eux, vous comprenez.

Je sais bien les difficultés. Pendant ce temps, l’autre ami (ils sont deux, dans la librairie), mettait à plat les cartons vidés – commander un livre à Sodis ou Volumen c’est 3 jours, à 1h de Paris en train, alors qu’Amazon c’est de chez soi et on l’a le lendemain. Je sais bien que le centre-ville, comme partout, est une niche à bouffe-vite et à fringues, ce n’est plus un lieu sociétal – je n’ai aucune raison, hors la librairie, de venir centre-ville, à condition encore de choisir les heures pour que se garer soit possible. Et pourtant je n’ai jamais autant lu, je n’ai jamais autant bien lu – et découvert. Mais ça ne passe pas par l’objet livre : je lisais au retour ce très beau texte de Marc Jahjah sur l’accumulation des livres – chez moi aussi il s’en stocke depuis le carrelage jusqu’aux plafonds, mais je suis plutôt en phase de tri, reclassement et éviction. Ma bibliothèque, maintenant, c’est celle que j’ai sur l’ordinateur – et avec mon logiciel ABBYY il me faut à peine une demi-heure pour scanner un Michaux ou un Gracq (usage privé uniquement, n’est-ce pas !) et le lire plutôt sur l’iPad.

Mon copain libraire a toujours été un homme entier, et c’est pour ça que je lui dois tant et tant de découvertes essentielles : en 15 ans, un paquet. Je ne suis pas à me formaliser d’un trait oral qui rate la cible. Et je comprends l’énervement : on a affaire à une bascule aussi irréversible que l’irruption du train et du tram dans les relations de ville à ville ou intra-urbaine où le cheval avait la première place – passionnant à lire, les réactions de l’époque.

Mais c’est la question du bouc-émissaire, qui est le piège : dans la galaxie de la création, de l’éditorialisation, de la distribution web, les créations d’emploi sont par dizaines et dizaines. La disparition des disquaires n’induit pas qu’on écoute la musique moins bien, ou tout simplement qu’on écoute moins de musique, et qu’on n’y dispose pas d’autres circuits de repérage, recommandation, accès. L’accès s’est transformé, et les musiciens vivent de la scène plutôt que des disques : ce n’est pas forcément négatif comme perspective pour les plumitifs non plus.

Il y a beaucoup d’autres paramètres dans ce qui est avant tout un basculement d’écosystème, dans une société qui n’a jamais été immobile – en 1914, 70% de la population était lié à la terre, et encore 40% en 68, moins de 7% maintenant – appréhendons que la distribution de produits culturels n’a jamais été un paramètre fixe. Les bibliothèques et cabinets de lecture interféraient avec la librairie, il faut sans cesse revenir à des textes comme la Lettre sur le commerce de la librairie de Diderot – où, dans le dernier livre de Robert Darnton, cette incroyable analyse de comment le piratage des livres imprimés servait d’amplification volontaire au premier imprimeur. Autres paramètres aussi dans la recomposition des ventes : écroulement par deux des ventes moyennes qui étaient une sorte de poumon de la création, et, pour la montée en flèche du tirage d’une poignée de livres consensuels, une masse désormais considérable de livres qui, après retour, se sont vendus à moins de 100 exemplaires. Qu’on ne me force pas à donner trop d’exemples, mais cela pose un constat neuf : les chiffres de diffusion très modestes de l’édition numérique sont désormais dans le même créneau quantitatif que ceux de l’édition papier.

Autre paramètre, qui d’ailleurs avait provoqué la pique de mon ami : les conditions matérielles de l’imprimerie changent aussi. On peut désormais imprimer un livre de 200 pages pour un coût de 2,50 euros environ, et – surtout – travailler à flux tendu avec de mini tirages. Un tirage de 250 exemplaires est parfaitement envisageable pour un texte d’un auteur qui commence, ou considéré comme difficile – il y a 4 ans, on tirait encore à 1000 ou 1500 mini. La durée de vie en librairie, le nombre de librairies qui mettent en place – la disponibilité tout simplement, tout cela en est bouleversé. D’où l’irruption du Print On Demand (POD) : dans les récents accords Hachette, puis Seuil-Martinière, avec Google, ils confient aux Américains la numérisation massive du fonds (reste à voir ce qu’il en sera de la gestion des avenants auteurs), et disposent en retour du droit de commercialisation du fichier. L’usine ultra-moderne de Maurepas, construite par Hachette, permet l’impression de ces livres du fonds à l’unité – incidemment, c’est grâce à ce dispositif qu’à publie.net on espère bien proposer d’ici peu des versions imprimées de nos livres –, avec changement radical de paradigme : le livre est accessible depuis tous les libraires, mais uniquement sur catalogue, et non pas stock physique. Le représentant du Seuil (pas de chance, mon nouvel éditeur) venait de l’informer que tel et tel titres du fond, indisponibles, ne seraient pas réédités, en l’attente du POD : la colère dont j’ai écopé, c’est que mon ami libraire ne reconnaissait plus son métier dans cette annonce, pourtant probablement elle aussi irréversible. Indépendamment du livre numérique, la librairie physique elle aussi va devoir s’adapter à un métier de médiation et non plus de stockage.

Et s’il y avait d’autres voies que le repli ? Que les librairies deviennent de vrais lieux d’accueil : à quand la wifi libre, on aurait une autre raison de venir, et cela nous mènerait à d’autres livres, on ferait même probablement l’effort de les commander – y compris en numérique – sur leur propre site ? Et qui les empêcherait de proposer une sélection de livres de fond en POD, puisque leur marge reste la même ? Sinon, comme pour le livre numérique, les gros vont ramasser la mise : on a la chance en France que les gros n’ont pas tout mangé, iTunes connaît une croissance exponentielle (nous en bénéficions), mais la Fnac cartonne aussi, et Feedbooks ne cesse d’inventer – les places ne sont pas encore figées : avec l’arrivée de Google Books encore plus, tout sera accessible, mais à nous de construire cette accessibilité comme volonté.

Mais la lecture, désormais, passe irréversiblement par cette multitude de canaux, dont le livre. Ceux qui vendaient les livres, vont-ils s’ouvrir à cette multitude neuve ? Si c’est le texte, le récit, la fable et la pensée qui les motive, ils le feront. Une structure légère comme la librairie dont je parle n’a rien à craindre, et d’ailleurs elle se porte plutôt bien. Ce sont les librairies vides, qui ont à craindre. En gros, il y a deux catégories de librairies : celles d’où on ressort avec un livre qu’on n’avait pas prévu d’acheter, et celles dont on ressort les mains vides. Eux ils sont de la première catégorie. Mais le web aussi, est de cette première catégorie. Donner envie du texte, partager la pensée, c’est aussi l’apanage du web : seulement, on a intégré – côté web – qu’une fois pris goût à la lecture numérique, peu envie de revenir à l’objet lourd, monodique, réduit à lui-même qu’est le livre imprimé.

Mais là il est allé trop loin. Lundi prochain j’irai chercher le tome de Reverdy qui manquait et Espèces d’espaces qu’il m’a commandé. Mais ce sera plus que probablement la dernière fois que je franchirai son seuil – on n’a pas le droit, au nom de ce qui nous rapproche, de ce genre de simplification. Jusqu’ici, on serrait les coudes pour défendre ensemble ce à quoi on tient, que ce soit poésie, récit, pensée – et où le livre était la respiration. C’est le mode de respiration qui a changé.

« À cause de mecs comme toi » ? Le problème d’une phrase comme ça, dans l’évidence qu’elle se trompe de cible, aujourd’hui on classe. Pas de déclaration de guerre, et tout est trop dur, le fric, tenir, les boulots etc. Elle résonne dur, ce soir, la phrase – alors même que les bouquins que je venais chercher c’était pour la bagarre de terrain, les cours et ateliers. Le copain de 15 ans, j’ai peur que ce soir il se soit brusquement ajouté un peu de désert – côté web, on est loin du désert. C’est trop grave, tout ce qu’on a en partage, pour simplifier. Et moi j’ai de moins en moins besoin de livres papier.

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 12 septembre 2011
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Messages

  • comme quoi l’excellence en librairie n’exonère pas de l’incongruité : le type avait des difficultés (peut-être financières, peut-être de coeur, peut-être avec sa belle mère ses enfants ou son dentiste, qui peut savoir) et c’est à cause de mec comme toi qu’il a pensé à vider son sac (tu n’y es pour rien : pour le Reverdy, pour le Perec, il te recevra sans doute comme avant) (enfin c’est possible : on ne gagne rien à parier sur la bêtise humaine, c’e’st elle qui toujours nous fait pièce)(d’ailleurs je ne vois pas pourquoi il a mis un "s" à mec) (une belle chanson, pour te consoler : "mec" d’allain leprest
    http://www.deezer.com/fr/#/music/loic-lantoine)

  • c’est justement à cause de mecs comme toi, comme Gwen, g@rp, brigetoun, Jean-François, Xavier Cazin, Zazie aussi et.. la liste est longue. et bonne. et sérieusement écrite.

    (justement je disais.)
    justement là pour en discuter.

    "à cause de mecs comme toi",
    on lit sans bouder son plaisir.

  • Grâce à des mecs comme toi, j’ai découvert un autre univers, pareil et pas pareil.
    Grâce à des mecs comme toi j’ai rencontré de nouveaux auteurs, des bons, des qui font vibrer et qui bouleversent, des qui font voyager, des qui remuent et pas que le net...
    Grâce à des mecs comme toi j’ai fréquenté des auteurs VIVANTS.
    Grâce à des mecs comme toi j’ai pu communiquer avec ces auteurs, échanger avec eux... Combien de lecteurs "papier" ont cette chance ? Trop peu.
    Grâce à des mecs comme toi, cet été, mon sac était tout léger, des livres dans mon téléphone...
    Grâce à des mecs comme toi je n’attends plus jamais, dans la salle d’attente, dans les transports, parfois même dans la queue au supermarché, je m’adonne librement à mon vice préféré.
    Grâce à des mecs à toi, j’ai pu m’offrir des livres épuisés, grâce à des mecs comme toi j’ai pu lire encore plus, encore mieux aussi.
    Grâce à des mecs comme toi, j’ai pu lire "à l’oeil", pour le plaisir.
    Grâce à des mecs comme toi, j’ai redécouverts les "anciens", ceux qu’on n’édite plus.
    Grâce à des mecs comme toi, j’ai fréquenté des inédits aussi.
    Je suis une amoureuse du livre papier, c’est vrai, j’aime son odeur et sa texture, j’aime le toucher le respirer mais lire avant tout. LIRE !
    Grâce à un mec comme toi, mon univers s’est agrandi. Il est beau cet univers. Je l’aime.
    Merci infiniment.


  • Rien à voir et pourtant, dans le métro pour rejoindre Sciences Po ce midi, une femme qui fait la manche, elle a une voix d’enfant haut perchée, un peu simplette, et répète en boucle : "Vous pouvez m’aider, vous pouvez me donner quelque chose, vous pouvez m’aider ?" Des centaines de fois en boucle. En regardant chaque passager l’un après l’autre et en lui tendant sa main désespérément vide sous les yeux. Parfois elle passe au tu, mais c’est assez rare. Et sa voix s’élève dans les aiguës : "Tu peux m’aider ?" Elle descend du métro deux arrêts plus tard, mais remonte dans le même wagon sans prêter attention qu’elle a déjà quêté ici, sans pouvoir même s’en rendre compte : " Vous pouvez m’aider, vous pouvez me donner quelque chose ?" Cette phrase qu’elle chantonne presque de sa douce voix. Et personne ne lui donne rien.

    Rien à voir avec ce que tu décris et pourtant c’est avec force ce qui remonte à la surface en lisant ton texte ce soir, avec cette photo qui, pour de nombreuses raisons, en rentrant de Ouessant, m’avait troublée, avec une idée en tête qui tourne en boucle elle aussi, comme un disque rayé : une page se tourne...

    Voir en ligne : Photographie de Eric Rondepierre, dans le n°7 de la revue "d’ici là"

  • C’est assez émouvant cette histoire.

    Et pourtant je la connais aussi sur le registre : "Avec des gens comme toi on pourra fermer toutes les bibliothèques". Sur le coup : l’effet d’avoir enfilé le costume de Spiderman par erreur.

    Mais plus que l’usurpation de super-pouvoir, ce qui m’avait heurté c’est qu’il aurait fallu répondre : "Ce sont juste les bibliothécaires qui provoqueront la fermeture des bibliothèques". Mais ça semble encore à peine entendable.

  • Merci, François, pour ce texte qui pose le problème avec tact et acuité.
    Oui, le libraire se trompe sur toute la ligne : pour l’instant, nos étudiants
    lisent encore majoritairement sur support papier - quand ils lisent ou pour leurs lectures obligatoires... Pour le reste, il faut encore pousser leur curiosité pour qu’ils fassent une utilisation non anecdotique des outils informatiques...
    Donc, oui, il ne faut pas se tromper de combat : c’est la lecture lettrée (au sens large) qui est en danger - et pas seulement les livres et les librairies...
    Il y a du reste une complémentarité possible entre les supports.
    Le problème des librairies s’explique par des raisons économiques et sociales.
    Fabrice Thumerel, LIBR-CRITIQUE

  • l’accueil du Petit Journal, puis un blog... à ce jour 600 messages, aucune raison de pavoiser, juste dire ma propre surprise et ma reconnaissance, merci

    Voir en ligne : http://mmesi.blogspot.com/

  • François, je comprends ton amertume, ou plutôt ta tristesse. Il se trouve que je connais bien, comme tu le sais, les deux libraires en question, que j’aime aussi with their faults. Envoie-leur ton texte, non ? La brouille ne peut naître d’un moment de rage ou d’une approximation malheureuse. Comme tu l’écris, ce qui vous rapproche c’est l’amour de la littérature, la défense de textes forts.

    Par ailleurs, et sans vouloir jeter de l’huile sur le feu, je ne crois pas que L. (c’est bien lui, non ?) ait tort sur toute la ligne. Tort en partie, sans doute, et ça, comme tu le sais, ça vient de moi qui adore le Net, la lecture sur le Net mais déteste le livre numérique. De même, il y a un passage de ton beau texte avec lequel je ne suis pas d’accord :

    « L’accès s’est transformé, et les musiciens vivent de la scène plutôt que des disques : ce n’est pas forcément négatif comme perspective pour les plumitifs non plus. »

    En effet, je trouve très bien que se profile ou se propage une ère de l’écrivain-performeur. Mais, à n’en pas douter, si cela fonctionne pour certains, il existe aussi d’immenses écrivains qui ne pourront jamais (qui n’eussent jamais pu) être un tant soit peu connus si le progrès de leur oeuvre dépend de « la scène ». Faut-il que tous les "plumitifs" se retrouvent dans ce modèle procustéen ? Pas convaincu. (Et poursuivons la discussion.)

    Voir en ligne : La scène, pas seulement

    • Jamais nié la complexité, Guillaume. Et s’engueuler avec L., qui est pour moi comme un frère, fait partie de ce qui rend la vie vivable – j’ose même espérer que c’est réciproque. On parle du web ensemble depuis que j’ai commencé, donc en 97. Et vrai que ce durcissement m’a déboussolé.

      Pour ce qui est de la question ci-dessus, il ne s’agit pas simplement de la lecture "performance" – un réel déplacement d’écosystème là encore : les résidences comme celle dont j’ai bénéficié à la fac et où on a voisiné, ça en fait partie, non pas mécénat mais contrat impliquant travail commun. Par exemple, l’activité web des auteurs qui proposent un site, si bien évidemment elle n’est pas directement rémunératrice, induit des commandes, des reprises d’articles, des initiatives de live-blogging qui sont autant de pistes neuves pour ceux qui s’y lancent, malgré le retrait assez terrifique de la commande publique, par exemple les fictions France-Culture ou les stages éduc. nat. etc.

      Toutes ces questions sont posées gravement, en plein savoir de leur complexité : oui, travaillant solitairement à mon ordi, besoin de la librairie Le Livre autant comme lieu social, de rencontre, d’échange, de débat et polémique s’il faut, que comme lieu d’approvisionnement... Et je comprends parfaitement aussi le désarroi de mes 2 copains : les 1ères années où on était à Tours, mon budget mensuel d’achat livres ne descendait certainement jamais à moins de 100/120 euros, plus vital que les pantalons, l’essence et les chaussures. Comme tout un chacun, transfert des budgets perso vers abonnements (dont Spotify), matériels (mon iPad, bientôt probablement un 2ème pour la maisonnée) et beaucoup de mal à éprouver du désir pour l’objet papier...

    • Tu as raison, j’ai simplifié avec "la scène". Il y a d’autres scènes, y compris pour les taciturnes. (Speaking of which, sais-tu ce que devient Santiago Amigorena ?)

      Le désir épuisé du papier, du livre : je comprends cela, même si je n’en suis pas là. J’ai toujours autant de bonheur, d’excitation à entasser des volumes autour de moi et à les lire à la suite, ou simultanément, intensément ou en butinant. Ce qui n’empêche pas de passer un certain temps sur le Net ;-)

      Voir en ligne : Touraine sereine

  • L’anathème, le fort en thème (moi non plus), un libraire qui préfère braire – sans doute une mauvaise digestion due à "la rentrée littéraire".

    « Avant, il n’y avait rien, ou presque rien ; après, il n’y a pas grand-chose, quelques signes, mais qui suffisent pour qu’il y ait un haut et un bas, un commencement et une fin, une droite et une gauche, un recto et un verso. »

    Georges Perec, Espèces d’espaces (Denoël-Gonthier, Médiations, 1976, page 16).

    Le fleuve demeure impétueux.

    (Photo prise ce matin, avec téléphone lambda, près du siège de France Télévisions à Paris, 15e.)

    Voir en ligne : Le Tourne-à-gauche

    • je te reprends, Dominique : avec mon ami L. nous avons 15 ans de discute vive sur des tas et des tas de points touchant à la vie et aux livres, et j’aurais voulu que ce billet garde cette idée de fraternité sous-jacente. Je lui dois aussi bien la découverte d’Agamben (dans un temps où ce n’était pas simple) que d’immenses continents de fiction ou poésie, tiens encore récemment ils ont fait venir à Tours Lazlo Krasznahorskaï, Mélancolie de la résistance. Ce que je voulais interroger, dans ce billet, c’est aussi en quoi nous avons besoin de la librairie comme lieu de cette parole libre et pourquoi pas excessive : qui garde donc sa place (mais doit la réinventer) dans un contexte où le transfert de propriété de l’objet n’est plus le fondement. Nous sommes une ville moyenne de province, mais à forte tradition universitaire : en 4 ans, le volume global d’achats côté fac a dû s’effondrer des 8/10eme, et nous ne sommes pas une exception. Ce qui m’autorisait à ce billet, c’est comment, malgré les 15 ans de partage qui nous lient, j’ai pu avoir une sensation d’éloignement : rigidification de leur côté – le web posé comme responsable d’une désaffection des livres, et de mon propre côté, malgré le goût de toujours pour les livres, et dans un lieu où je saurais presque aussi bien qu’eux trouver chaque livre à sa place dans les rayons, ma propre désaffection, très neuve, aux objets commercialisés, quand mon rapport à la littérature est ailleurs. Si j’ai rapporté cette phrase de L. que je considère comme un très proche, il n’y avait aucun dédain ni reproche – étonnement juste.

    • François, pour aller au bout de " cette fraternité sous-jacente" et tout ça dont tu parles alors il faut y retourner encore et encore après même avoir recuperé les livres commandés pour qu’on s’habitue les uns aux autres et si ça se trouve un jour on organisera une soirée spéciale à laquelle sera invité des éditeurs numériques et à laquelle viendra des possesseurs de iPad, sans vouloir te commander. Lea.

    • @ François Bon : je retire le mauvais jeu de mot sur "libraire" et ne souhaiterais que l’on ne voie aucune animosité dans ces mots, seuls ceux de Perec me semblent ici les plus justes.

      Si l’on est touché par ton billet, c’est bien parce que l’on perçoit une amitié soudain écornée (même sur écran) mais qui devrait, je l’espère, survivre à l’incident, comme un malentendu filmé et qui se résout peut-être à la dernière image.

      Voir en ligne : Le Tourne-à-gauche

  • Je comprends votre désarroi, peut-être un peu aussi le sien, même si mal amené. Pour parler de mon état de chose, je n’ai pas encore ressenti pleinement le besoin d’acquérir - au delà de mon ordinateur portable qui pourrait être suffisant si moins encombrant - de quoi lire "virtuel". Je n’ai pas encore ressenti, non plus, le besoin d’acheter simplement un fichier "livre numérique", car je n’accorde pas encore assez d’importance à ces fichiers dématérialisés, qui se perdent au milieu d’autres sur des disques durs. Je lis beaucoup sur internet, parfois profondément, mais principalement dans ce qui me parait être un survol, plus ou moins irradiant. Pour passer à un stade supérieure de lecture, sur la longueur surtout, j’ai encore besoin, malgré mes 23 ans et le fait que j’ai plutôt grandi avec internet et ordinateurs, d’en passer par l’objet livre, sa couverture, son odeur, et tout le refrain. Errer dans une (bonne) librairie reste une de mes occupations favorites, là où errer sur la toile (ce qui m’occupe pourtant plus souvent) me semble parfois une perte de temps, ou m’apporte une trop grande sécheresse oculaire. Surtout, de ce que j’en ai perçu, c’est par leurs mises en pages et ce qui leur donne lieu de couverture que les livres numériques ne m’attirent pas pleinement, sur publie.net ou ailleurs. Il y a - mais j’avoue et espère un trop faible niveau de renseignement à ce sujet - disons un manque d’ambition de ce côté là. Je n’attends pas des animations flash ou autre, mais la simplicité et la force graphique de certains (rares) éditeurs papier. Peut-être mon attente est-elle encore trop calquée sur celle que j’ai du livre papier, mais il y a je crois quelque chose à accomplir, et que j’ignore, du côté du graphisme pour le livre numérique. C’est un petit pas de ce côté, quelque-part matériel lui aussi, qui déborde du texte, ainsi que la prise en main d’un outil de lecture adéquat, qui me fera porter plus nettement mon attention sur l’édition numérique. Là alors, peut-être, les rassurants murs de livres de mon appartement sauront réduire peu à peu, ou du moins se compléter réellement d’une bibliothèque virtuelle. Avec l’âge je saurai laisser les objets s’évanouir, palper de l’impalpable. En attendant je lirai "Après le livre" sur papier. Et je songe à "La bibliothèque blanche" de Serge Pey, dans son beau Trésors de la guerre d’Espagne. De toute le façons, pour les livres ou pour le blog, pour la pensée en marche, merci monsieur Bon.

    Voir en ligne : http://antoinechanteloup.free.fr/blog/

    • bien entendu votre message, dont je vous remercie – oui, la déambulation dans une librairie c’est une suite de tenseurs dans la géographie mentale, qui est sans doute le plus haut défi dans les 4 bords étroits de l’écran – d’autre part, dans votre phrase, il y a qu’on est "déjà" entré dans la librairie, tandis que le web c’est la ville, et l’intérieur de tel ou tel site qui est à son tour le micro-élément avec les repères spatiaux

      pour la question des couvertures (qui ne "couvrent" rien), enjeu de fond aussi – on dispose d’une micro vignette, qui doit rester lisible lorsque devenue une petite icône sur iTunes ou Amazon – pour l’ergonomie de la page, tout à refaire : il n’y a plus de page, et la typo appartient au lecteur, non plus à l’auteur ni l’éditeur, enjeu majeur notamment pour la poésie, mais nos progrès dans l’epub sont la meilleure récompense 

      quoi mettre sur nos "couvs" ? photos, graphismes, élégance pour timbre-poste, et pourtant c’est en large partie ce qui va déterminer le clic impulsif, la curiosité d’aller voir au moins nos extraits gratuits

      à publie.net, collaboration depuis un an avec Gwen Catala, et sans doute nous progressons ensemble à mesure que plus d’expérience, confiance et risque – c’est moi sans doute qui suis trop timide avec ses propositions, qui s’éloignent plus radicalement du modèle papier

      on peut imaginer d’autres modèles : couv vidéo (idée Studio Walrus), un texte genre "IV de couv" du papier etc... mais bien penser aussi qu’on n’a pas envie de jouer dans la même catégorie que l’objet livre : on ne devient pas possesseur d’un objet, mais seulement dépositaire d’un accès – on préfère vendre nos textes 2 ou 3 euros max, que réaliser pour chacun une application très chère qui s’appuierait sur ces souhaits de graphisme

      à suivre, tout ça, ça bouge tout le temps – mais le seul moyen d’expérimenter, c’est que l’expérience soit directe – l’existence même de ces liseuses et tablettes bouscule l’histoire du texte et de la lecture, il ne faut pas passer à côté, même si ce que nous manipulons – dixit l’ami Daniel Bourrion – ce n’est jamais que "les dinosaures du futur"

  • Beaucoup de gens que je connais ont tenté l’aventure du "livre numérique", avant de faire marche arrière, moi compris, qui suis un "gros lecteur" (ca ne veut pas dire grand chose). Pourquoi ?

    - Le livre papier n’est pas dépendant de l’état de fonctionnement d’un appareil (batterie, fragilité, obsolescence, perte éventuelle de données...).
    - La rapidité de navigation n’a rien à voir. Retrouver sa page est immédiat sur le papier, c’est un geste. Sur les liseuses..bonjour..Même si c’est compensé par la capacité de recherche au sein du document.
    - un livre se prête, se montre, si facilement. Beaucoup d’éditeurs numériques verrouillent lamentablement l’objet numérique...on se croirait au moyen age. Le simple fait que je ne puisse pas preter librement et sans AUCUNE TRACABILITE un exemplaire numérique me met hors de moi et me donne de sauvages envies de meurtre. Le livre, c’est (ca devrait être) la liberté.
    - l’amour pour l’objet : le parfum du papier, la beauté des couvertures (lecteur de s-f/fantastique, je suis très sensible à cet aspect, si développé dans notre littérature dite improprement de genre), le poids du livre, l’aspect d’une bibliothèque, avec tout ses ouvrages à portée de main. Ce n’est pas simplement un attachement nostalgique ou passéiste, c’est un véritable amour pour l’objet, pour ce qu’il représente, aussi.
    - la fatigue visuelle, le fait que les liseuses/tablettes soient encombrantes, chauffent sous les mains etc...
    - je ne parle même pas de la fracture numérique...Il y a déja un problème grave d’illetrisme en France, si en plus il faut compliquer l’accès par l’apprentissage d’un appareil spécifique (encore que dans certains cas, ca puisse aussi marcher en sens inverse, et inciter à la lecture, ok).

    Bref, autant de raisons qui assurent au livre papier une longue vie (certains parlent à son sujet d’objet parfait, dans sa forme vs sa fonction, et je ne suis pas loin de le penser), bien loin des mirages technolâtres du tout numérique.

    Cela n’empêche en rien, bien au contraire, que le livre numérique ait sa place à côté du livre papier, et une utilisé, un usage spécifique. Pour les documents scientifiques, les ouvrages courts et à portée éducative, les magazines, les manuels...Là, le numérique à une vraie carte à jouer.

    Il me semble donc qu’appeler à l’exclusivité de l’un OU de l’autre support, est d’un crétinisme (passéiste ou pseudo-moderniste cucul pour donner l’impression d’être super "in" ) absolu. Les 2 vont certainement coexister ad vitam aeternam, pourquoi vouloir imposer l’un au détriment de l’autre ?

    Du coup, l’invective de votre libraire m’apparait certes déplacée, et malheureuse, cependant peut être est-elle alimentée, par les discours béas et omniprésents dans la bouche de certains imbéciles qui crient déjà à la mort du livre papier, se gaussent du fait qu’il y ait "encore" des gens qui lisent sur papier, "roh les cons eh, on est plus à l’âge de pierre, eh, Robert", sans se douter un seul instant qu’ils sont complètement à côté de la plaque. Ce sont les mêmes qui sautent d’enthousiasme sur toute nouveauté technologie, sans réfléchir à ses conséquences concrètes. Science sans conscience...eh bin la technologie c’est pareil.

    Le livre est un objet suffisamment crucial pour que toutes les formes qu’il puisse prendre, (et ce à partir du moment ou leur accès, leur usage et leur reproduction sont libres) soient intéressantes, et puissent coexister pacifiquement. Ce serait bien que les gens qui lancent des autodafés contre le papier le comprennent aussi et comprennent l’amour que la plupart des lecteurs ont aussi pour le livre papier. Idem pour le numérique.

  • Cette phrase, je crains de l’entendre aussi un jour.

    Mais aujourd’hui, ce n’est pas le numérique, même pas la vente en ligne, qui tue la librairie : c’est la crise, la hausse des prix des loyers dans les grandes villes, l’asservissement à certains distributeurs.

    Publie.net est une très belle expérience.

    Voir en ligne : Bibliosurf.com

  • Bonjour,

    À recommander également de Jean-Christophe Bailly pour le plaisir d’un autre "dépaysement" : "Le versant animal".

  • j’ai de l’estime pour vous, M. Bon, je suis assez surpris de votre texte. Faire entre autre l’apologie d’amazon, car il vous livre vite vos livres et alimente votre confort intellectuel, il me semble - mais peut-être l’ignoriez-vous ? - difficile de s’en tenir à ce modèle comme parangon de la modernité. Les conditions de travail y sont moyennâgeuses, la syndicalisation interdite ou pourchassée, les salaires misérables. Certes vous êtes servi rapidement, puisque tel est le maître mot contemporain : immédiatement. Par ailleurs, votre libraire, lui, il a a recycler son activité, changer beaucoup de choses dans son savoir-faire, et s’il ne s’adapte pas il risque de perdre beaucoup : vous risquez quoi, vous, à ne plus acheter de livres chez lui, et à vous en remettre au Web ? RIEN, strictement rien, vos revenus sont ailleurs et assurés, mais vos leçons désabusées, elles, dénotent que vous êtes réellement et définitivement sorti de l’usine ...

    • Où avez-vous lu une apologie d’Amazon ? Prenez n’importe quelle analyse du syndicat de la librairie si mon constat vous effraie – je notais au contraire qu’une amélioration technique du service de dépôt et livraisons des éditeurs serait à même de les concurrencer sur leur propre terrain. A noter d’ailleurs que nombreux sont les libraires indépendants à utiliser le partenariat Amazon pour ventes en disponibilité immédiate. Quant à l’usine, seulement 31 ans que j’en suis sorti, peux pas vous contrarier.

    • Votre constat ne m’effraie pas, en quoi le pourrait-il ? Je suis également d’accord avec vous pour dire que lire, ce n’est pas nécessairement le faire sur un livre, vous vous en tenez au constat, certes, mais vous ne donnez rien de l’arrière-cour, si les livres vous sont livrés si rapidement par Amazon, c’est au prix de quelles souffrances au travail ? Et donc si l’on généralise le modèle de la "livraison immédiate", chez soi, ce sera au prix de quelles généralisations de ces souffrances au travail ? Certes, je monte dans ma voiture, et je sais aussi que les mecs qui bossent à la chaîne, on leur a triplé les cadences en trente ans, mais votre constat sans l’arrière-cour, si ce n’est pas de l’apologie, c’est surprenant de si peu de conscience politique, pour quelqu’un comme vous. Sorti d’usine, j’aurais cru que vous l’auriez symboliquement compris ..., et non comme une attaque personnelle.

      Bien à vous

  • Je pense aux messages d’Antoine, d’Incanus, de Serge, avec lesquels je me sens en profond accord. Je pense aussi à la typographie perdue et à tout ce sens et cette beauté que vous bazardez si allègrement.

    Et puis, pardonnez-moi, je pense à moi : chômeur, à l’ASS, bientôt au RSA (choisissez : 8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté) et n’ayant certes pas la possibilité de m’acheter une liseuse plus chère que mon revenu mensuel et qu’il me faudra remplacer l’an prochain.

    Mes livres, je les achète à Emmaüs et dans les brocantes à un euro pièce, je les trouve dans des poubelles, je les emprunte à la bibliothèque et si nécessaire, je les vole. On peut voler un livre immatériel si on est malin et un peu doué, mais comment lire un fichier sans liseuse ?

    À cause de mecs comme vous, bientôt les pauvres n’auront plus le droit de lire.

    • Nous proposons précisément, sur publie.net, des textes contemporains à 0,99 euros – le prix d’Emmaüs, ce qui n’empêche pas que 50% de la recette reparte à l’auteur. Sérieusement, 1, nous sommes quand même nombreux à estimer que l’accès à Internet doit être considéré désormais comme un droit public, à preuve d’ailleurs, si vous nous envoyez ce message, vous disposer de l’outil qui permet de lire nos textes. La lecture sur téléphone est sans doute de ce même point de vue une révolution, notamment en Afrique.

      Maintenant, pour en finir avec ce mauvais procès, je suis reconnaissant aux quelques dizaines de bibliothèques publiques, grandes villes ou même certaines bibliothèques départementales et les petites communes de leur réseau, à s’être abonnées à publie.net : à Bagnolet ou à Montréal, l’accès à nos ressources est illimité et gratuit pour tout usager de la bibliothèque publique. Je prends donc strictement le contrepied de votre message : se battre ensemble pour un accès à la création le plus large possible, il me semble que notre outil va dans la bonne voie.

      Dernière remarque sur la typo : non, la typo n’est jamais "perdue". On est dans une expérience de lecture aux paramètres différents, mais les enjeux du format epub c’est précisément de pouvoir construire l’ergonomie de la lecture numérique, dans le maximum de confort et de complexité. Et là vous vous en prenez non pas à notre propre tentative, mais à l’ensemble du monde de l’édition : bascule irréversible.

      Alors tâchons de faire mieux ensemble que venir ramasser les poubelles. Tentez donc de lire quelques-uns de nos auteurs...

    • « La poésie doit être faite par tous, non par un », le vieux mot d’ordre n’a pas changé, et ses implications politiques : ses notions de partage, de communauté. Seulement lui ajouter : pour tous : c’est le sens de notre démarche, à publie.net. Et si nous sommes quelques uns, là, à croire que la lecture est aussi geste politique, et social, en proposant des textes qui sur ce terrain-là, opposent à la violence du pouvoir une forme de résistance (éthique), c’est parce que, non, nous ne bazardons pas la beauté : et qu’elle est peut-être le seul instrument qu’il nous reste pour faire face. Que la beauté soit une manière de répondre sur le terrain politique à la laideur toujours plus pesante de leur organisation brisée du monde.

      Par tous : c’est peut-être aussi pour cette question de communauté qui nous lie, au-delà, et par l’écriture, et la lecture. Pardon de ne pas comprendre un seul mot de votre message, quand la coopérative met en ligne un service de lecture (et non pas un simple fichier) au prix du pain, et des accès dans de nombreuses bibliothèques — c’est le contre-pied des grosses maisons d’édition qui appliquent un tarifunique papier/numérique (ou presque ). C’est pour nous une forme aussi de réponse à la violence d’état qui appauvrit chaque jour ; une réponse humble, mais une réponse, oui.

      Pardon alors de lire vos mots à contresens de ce qui nous anime, ici : le travail ensemble, le travail pour la mise à disposition de paroles qui n’ont pas droit de cité ailleurs ; qui seules ici, je crois, résonnent – et donc pour tous.

      La mise en partage de textes, à prix accessibles (lisibles non seulement sur liseuse, mais sur écran d’ordinateur), des textes qui sont préparés, corrigés, pensés pour lecture écran (il y a des beautés typographiques, il y a de l’espace pour une typographie de l’écran – on y travaille : bénévolement), tout cela qui nous unit, sur ce petit bout d’utopie, et c’est sur ce territoire là qu’on devrait être ensemble.

    • à propos de l’accès partout à la lecture, et plus spécifiquement dans la rue, poubelles comprises, j’avais déjà dû répondre à cela, plus ou moins, en passant par la radio et le début du XXé siècle…, voir ici ce commentaire.
      Bien à vous

      Voir en ligne : JS

    • C’est notamment grâce au numérique et surtout aux énormes efforts de Publie Net et à un travail d’équipe important que j’ai l’opportunité de préparer une anthologie d’auteurs contemporains turcs en français. Projet qui serait impossible tel que nous le préparons, chez un éditeur papier. Mais ce que je voulais partager surtout ici, c’est un exemple qui illustre le commentaire d’amaisetti : le fond public d’aide à la traduction en Turquie (projet TEDA) vient de refuser une aide à un éditeur allemand pour la traduction d’un roman parce qu’il y décrit des personnages homosexuels. Il y aura un extrait de ce roman là dans notre anthologie d’auteurs contemporains turcs, parce que ce que nous voulons avant tout présenter ce sont des textes forts, beaux, contemporains, qui j’espère donneront aux lecteurs le plaisir et l’envie de découvrir la littérature contemporaine de Turquie. Petite note en plus, je crois sincèrement que l’édition numérique aura, si pas tout de suite mais dans un futur proche, une influence considérable sur la traduction littéraire et la publication en français d’auteurs étrangers. Tout cela n’est pas encore parfait, mais on y travaille, on y travaille dur et avec passion.

      Voir en ligne : http://cananmarasligil.com

    • C’est à cause de mecs comme François, ou Arnaud, ou les autres, car il s’agit là d’une expérience collective,que de plus pauvres que vous, Arthur, ont la chance de connaître le partage, et notamment le partage des idées, avec leurs audaces, leurs errements, leurs surprises, leur humanité. Je n’écris que sur ordinateur emprunté, je ne lis conséquemment que trop peu à mon goût ce qu’offrent les blogs ou les publications numériques(qui pour beaucoup ont le mérité de penser davantage en terme de texte, et non de livre, parce que tout de même, la question est bien là, non ?). Cela me réconforte, m’encourage que d’autres -veilleurs, attentifs au monde et au sérieux de cette affaire qu’est le langage- le puissent. Que d’autres puissent lire ce que je ne peux lire est ma richesse. Le combat contre la truandaille du monde ne peut se faire qu’avec une conscience acérée des mots et par le plus grand nombre possible. L’outil numérique permet de multiplier les échanges, de la lecture à l’écriture vers la lecture.. ce que l’outil livre offre aussi, différemment, plus discrètement (faire quelques incursions dans l’histoire de l’écriture, et de ses supports depuis la tablette d’argile en passant par les papyrus, la pierre, le jade, les ôles...débroussaille bigrement les idées qui font des noeuds dans la tête, et joyeusement de surcroît) pourquoi ne pas tenter tous les possibles ?
      Parce que comme dit Henri Michaux "Pauvreté sans dettes, ce serait trop de solitude, dit le pauvre dans sa sagesse".

  • Alors si le format numérique n’est pas responsable du chômage, il fait l’apologie d’Amazon et empêche les pauvres de lire ? (et pas de souci si pendant ce temps la majeure partie de la production littéraire dans ce pays est dictée, programmée, emballée, fournie d’office par de gros éditeurs qui servent toujours les mêmes bestsellers arrosés de la même sauce publicitaire ? Ceux-là peuvent dormir tranquilles, ils ont leur nom de rue, on ne viendra pas leur coller sous le nez une quelconque collaboration amazoniène ou la détestable habitude de vendre leur production à 20 euros l’exemplaire)
    La politique du bouc émissaire a de beaux jours devant elle.
    Les temps changent. C’est comme ça, ils l’ont toujours fait, faut pas leur en vouloir. On peut regarder les changements avec un oeil ouvert, décrypter, déceler le positif, le formidable qui s’annonce (et sur tellement de points) ou aller s’enfermer dans une cave en regrettant le temps passé du temps d’avant de quand c’était mieux d’avant. Mais ça n’empêcherait pas les temps de faire leur vie.
    (et j’ajoute aussi que retrouver la page qu’on cherche du premier coup dans un livre papier, Incanus, avec le geste, ça n’est pas donné à tout le monde, j’ai perdu des semaines entières de ma vie à chercher une page perdue, elle se retrouve en un clic avec une liseuse, autant de temps précieux que je peux passer à lire, forcément)
    Bref, il y a du mauvais procès ici, dans l’idée que le numérique serait fait pour une élite financièrement à l’aise. (cf bibliothèque avec accès total à tout le catalogue, exemplaire au prix d’une baguette à l’ancienne, et rémunération des auteurs à 50/50. Quel éditeur papier en fait autant ?)

  • Dans mes différents boulots j’ai rencontré

    de nombreux éditeurs dont 50 % de la vente de leurs livres de fonds était uniquement due à Amazon - pas des grosses structures mais des maisons indépendantes, souvent prestigieuses et citées en référence (on ne parlait pas encore de livres numériques alors, on ne parlait pas encore de tablettes, d’iPad, de publie.net, c’était bien avant),
    des libraires qui ne pouvaient plus faire face à la hausse des loyers et devaient mettre la clé sous la porte (c’était avant le numérique là aussi),
    des libraires qui s’emportaient contre les grands groupes de distribution nord américains et qui néanmoins avaient passé un partenariat avec eux pour que leur librairie soit référencée sur leur site,
    des éditeurs qui étaient les premiers à caresser les libraires dans le sens du poil lorsqu’ils leur présentaient leur rentrée littéraire (par exemple) et, dès qu’ils le pouvaient, faisaient tout pour vendre leurs livres en direct,
    des groupes d’édition soit-disant prêts à aider la librairie indépendante à négocier le virage numérique et qui dans le même temps passaient des accords avec Google pour faire numériser leurs livres de fonds, annulant au passage le procès qui leur était fait,
    des éditeurs qui gagnent plus d’argent sur le dos des auteurs avec le numérique qu’avec les ventes papier,
    des gens qui travaillent dans la chaîne du livre, qui n’ont rien à voir avec le livre (les transporteurs par exemple), et pourtant gagnent plus d’argent que l’auteur qui a écrit le texte,
    des libraires qui aujourd’hui aimeraient bien vendre des livres numériques mais ne savent pas comment faire,
    des éditeurs qui se lancent dans le numérique mais font tout pour que ça ne marche pas (si si ça existe),
    des libraires qui m’accusent d’avoir trahi la cause (j’ai longtemps travaillé dans une librairie indépendante en Franche-Comté et je travaille aujourd’hui pour une société prestataire de services dont l’objectif est de permettre aux libraires de vendre des livres numériques en magasin ou sur leur site...),
    des éditeurs qui ne comprennent pas que j’aie choisi d’envoyer un texte à un éditeur numérique et pas à un éditeur "traditionnel" (là aussi il y aurait trahison !?),
    des lecteurs qui n’ont pas de fric et lisent des livres numériques sur un écran d’ordinateur (chez des voisins parfois),
    des lecteurs qui ne comprennent pas pourquoi ils devraient acheter un livre numérique 15 euros ou plus alors qu’ils ne pourront ni faire du copier-coller (pour leurs travaux de recherches par exemple) ni le prêter,
    des lecteurs qui achètent leurs livres chez un libraire en ville et sur Internet et lisent des livres papier et des livres numériques (c’est mon cas),
    des éditeurs qui fournissent en guise de services de presse de livres numériques un carton de livres papier pesant 7,5 kg (j’en ai la preuve),
    un libraire en ligne qui n’est pas américain, qui vend des livres papier et numériques, qui travaille seul, conseille des livres de manière originale, propose des interviews et des thématiques, qui est proche de l’actualité, qui laisse la parole aux lecteurs et qui ne gagne pas le Smic,
    des libraires qui sont en train de travailler en magasin et sur site afin de proposer livres numériques et papier à leurs clients,
    un libraire qui a un projet de librairie physique connectée,
    des éditeurs numériques qui travaillent 14 heures par jour, qui prennent le risque de publier des auteurs inconnus (en littérature, poésie, SF, Sciences-Humaines, Polars, Jeunesse...) et ne gagnent pas le tiers d’un salaire d’un éditeur d’une grande maison d’édition "traditionnelle" ni la moitié du salaire d’un magasiner,
    des éditeurs qui dans les années 70 et 80 prenaient le risque de publier des auteurs dits "difficiles" (via leurs revues ou leurs collections aujourd’hui vénérées) et qui aujourd’hui doivent attendre l’avis du service financier qui leur dira si les textes soumis seront rentables ou pas...

    (la liste est longue, j’en oublie, je voulais simplement souligner quelques paradoxes qui font qu’on discute vivement depuis hier soir sur ce site alors qu’à mon avis ce ne sont pas des éditeurs comme publie.net qui feront couler le navire et que le coupable, s’il y en a un, n’est pas ici).

    (et maintenant, pardonnez-moi, mais je vais LIRE parce que bon qu’à ça)

    • A cause des mecs comme toi, un autre mec vous lit quelque part et en plus il semble aimer d’après un tweet que me renvoie un ami de Montréal. Une jolie récompense dans la journée de l’auteur, que j’emmène dans l’avion Montréal - Paris cette nuit. Merci tout simplement.

    • et message twitter cet aprem de mon amie Dominique Macé, bibliothécaire à Bagnolet, en train de te lire – oui, c’est cela qui donne du sens...

    • Patience ; les libraires ne sont pas à la noce..sous-jacente chez ce libraire une colère compréhensible en ce moment ; OK, preuve de faiblesse, dit-on, ce genre de réflexion ; dommage si c’était le cas de ne pas y retourner, comme d’autres l’ont dit ici avant moi. Attendre patiemment que "à cause de " devienne "grâce à "que les deux se mettent en place en parallèle ; la mutation n’est pas, je crois pour tout de suite, une génération peut-être ; nous sommes une famille de gros lecteurs, persuadés que nous garderons les deux ; ce n’est pas le même usage du tout ; en tout état de cause, la technique ne suit pas ; pas moyen de trouver une Sony reader au printemps dernier, minable bagarre avec la Fnac alors que la lettre de Gallica est tentante.
      amitiés Anne-Marie (qui fait partie des 130 blogs à cause de.....)

  • Très heureux des plaidoyers pro-domo et de la réflexivité corporatiste qui caractérise si bien les défenseurs du tout numérique, quand ils conspuent ceux qui se battent contre la dégradation des mœurs et du temps. Très heureux aussi du « c’est comme ça et pas autrement, car les temps évoluent », discours identique à celui qui fait de la finance internationale l’instrument indispensable et essentiellement bon (sans jeu de mot) du nouvel ordre du monde, vous l’aurez sans douté remarqué (ouais, justement cet ordre mondial est en train de s’écrouler !). Et puis j’ai une affection particulière pour les témoignages publicitaires de consommateurs heureux : la technique de la réclame a du bon, parfois.

    En attendant, et au-delà de ces généralités, je constate que personne ne m’a répondu sur un point essentiel : le prix de ces machins (liseuses, téléphones et autres) qui fonctionnent à l’électricité et qui tombent si vite en panne qu’il faut les changer tout le temps. Ce prix si léger pour très peu de gens et inaccessibles au plus grand nombre (sans parler des plus pauvres, ceux qui ramassent leurs livres dans les poubelles).

    Ni de leur logique du toujours plus consumériste, de la possession, de la réification (oui, même les pauvres ont du vocabulaire...) et de la pollution sans limite.

    Cela dit, comme beaucoup de gens je lis aussi sur écran. Je lis même *beaucoup* sur écran : il s’agit d’une lecture de consultation, de travail. C’est fait pour ça, un écran, et pour rien d’autre.


    Pour François Bon : si vous passionnez tellement pour la forme de l’objet-livre que la typographie est devenu l’un de vos premiers soucis (?), pourriez-vous me dire comment on modifie le format de vos gadgets ? Parce que le format, c’est comme la texture, l’épaisseur, la couleur et l’odeur du papier : ça influe sur l’acte de lecture. Notez que la froideur des liseuses et la séparation que l’usage d’un tel objet entraîne influent aussi sur l’acte de lecture, j’irai jusqu’à dire que c’est fait pour.

    PS. Emmaüs, non ce n’est pas 0,99 € le bouquin, c’est plus souvent deux ou trois fois moins : vous devriez acheter des livres là où ils se vendent, vous seriez surpris. Et, voyez-vous, même si on a coupé l’électricité pour cause de facture impayée ou si on est à la rue, on peut encore les lire. Bizarre, hein ? Tandis que vos bouquins à 0,99 €, sans machine à lire et sans électricité, on fait comment ?

    • C’est bête, il me semble que le désaccord n’a pas vraiment lieu d’être.

      Je suis moi aussi, Arthur, en dessous du seuil de pauvreté. J’ai travaillé sur publie.net à la fin de mes études, il y a un an tout juste, et depuis je n’ai tout simplement pas acheté un livre hors d’une brocante. Mes lectures, je vais les chercher à la bibliothèque : j’emprunte des piles de quinze livres ou disques toutes les deux semaines, ça me fait mon tas. Je n’ai plus de connexion internet personnelle, donc publie.net, j’ai décroché (de fait, pas dans le fond). Mais je trouve que c’est un peu lourdaud de prendre la question de ce côté-là, parce que ça sonne un peu comme un débat de gros muscles. Oui, moi aussi je peux me considérer comme un pauvre, et loin de moi l’idée de dire que des mecs comme ceux qui travaillent ici nuisent à mon accès à la lecture. Hachette et les pubs Hadopi s’y prennent bien mieux dans ce domaine. Franchement, les pauvres n’ont plus le droit de lire depuis un sacré paquet de temps - je pense même que c’est écrit dans la constitution depuis 2007.

      Tout ça repose sur une incompréhension des termes dû au fait que la polémique prend le pas sur les croisements. Tout le monde se tire dans les pattes, et les uns répondent aux autres avec la même ardeur. Alors on dit que le numérique assassine la littérature, et le numérique dit que la littérature est morte ? Ce n’est pas le "tout numérique" qui m’intéresse dans la démarche de publie.net - et je ne pense vraiment pas que c’en soit un axe dominant. C’est le constat que de fait, l’écran ne sert pas "qu’à ça", le boulot, le passager. On sait très bien que les gens lisent, regardent, écoutent, sur internet. C’est comme ça, on le sait. A partir de là, on peut dire :

      1 c’est tous des cons qui vivent dans le grand tout illusoire du capital
      ou bien :
      2 allons-y, et faisons autrement

      Il n’y a pas de raison qu’un espace ne puisse accueillir des propositions autres que celles écrasantes qu’on refuse de subir pour ce qu’on les sent détruire et qu’on voudrait, justement, préserver - simplement, ce qu’on voudrait préserver, ce n’est pas un système, ce n’est pas une certaine économie, c’est, ce serait, du texte. Un espace n’est ni bon ni mauvais en soi ; il est habitable. Et les habitants de ce côté-là sont quand même irréprochables dans la démarche.

      Je trouve François intimidant parfois, parce qu’il grogne beaucoup (il y avait une rubrique sur le site il n’y a pas si longtemps, "grogne du jour", voyez, c’est une sorte de déformation professionnelle chez lui...), mais je ne vois aucune raison profonde de me désolidariser de ce qu’il fait. Je ne l’ai jamais lu soutenir que le livre numérique devait remplacer le livre papier et l’évincer définitivement - et sans m’avancer, j’en ai lu, des articles, sur ce site. Son travail a toujours misé sur une complémentarité.
      Comment voulez-vous qu’on vous réponde sur le prix des liseuses ? Ici, ce n’est pas Apple, ce n’est pas Amazon. Les mecs comme ceux d’ici font ce qu’ils peuvent faire, ils le font intensément. Ne pas confondre les responsabilités. Sans électricité, je ne pourrais pas non plus écouter de musique - il ne me viendrait pas à l’idée de dire que c’est la faute à Brian Eno. Cela dit, ça pourrait valoir pour tout le monde : moi aussi il m’arrive d’être un peu triste quand j’ai l’impression qu’on préfère ici Apple au Livre à Tours. Mais enfin ce n’est pas le fond, le fond c’est, je ne sais pas, le fond, tenez, c’est Claude Favre.
      J’ai lu Novarina grâce à l’influence commune de François Bon et du libraire du Livre. C’est quand même plus qu’un iPad que je n’aurai pas dans mon sac.

      Enfin je m’étends, je flatte. Je trouve simplement que c’est un bel article, parce qu’il est compréhensible de se faire reprocher la fin du monde quand on mène consciencieusement sa barque.

      Je propose donc que tout le monde s’embrasse, et que nous priions ensemble pour que le prochain tome des carnets de Bergounioux sorte sur tous les formats et toutes les plateformes de France.

    • Bonjour Arthur,
      Non ce n’est pas un plaidoyer -non le numérique en soi n’est pas plus ou moins....non le numérique n’a pas pour vocation de tuer lâchement le vilain petit livre dont les pages bougent encore, non je pense, sans connaître tous les tenants et aboutissements que nous avons, grâce à ces moyens nouveaux, comme le livre de poche dans les années soixante (c’est ça, cinquante ou soixante ?)bouleversa des modes de lecture, comme l’imprimerie modifia la diffusion de textes qui furent par ailleurs encore écrits, nous avons donc une démultiplication de possibles. ça c’est vivant !!!! Je me fiche que le papier soit glacé ou la liseuse au top si le texte est médiocre. Et c’est le propos de mecs comme François, Bon, dont les choix peuvent être appréciés ou critiqués, plus ou moins au goût de chacun, mais dont on ne peut nier la diversité (j’entends là le mot "divers" au sens que lui donnait Ségalen), de donner à lire, au mieux qu’il le peut, il ne peut pas tout, cela vous ne pouvez le lui reprocher, des textes d’hier et d’aujourd’hui, entre Bossuet -tout de même Bossuet, ça a une sacrée gueule, ça en dit du monde !!- et des auteurs qui, comme moi, non seulement ne pourraient pas lire, mais du coup ne pourraient pas écrire, car au bout d’un moment l’isolement, vous le savez, ça tue à petit feu. Alors non , ce n’est pas un plaidoyer pro domo, oui François m’a publiée, ou plutôt il a publié des textes qu’il a jugés (tout le monde peut se tromper, accordons-lui cela :-) bons à faire connaître. Mais il n’y a entre l’éditeur et ses auteurs rien d’une côterie, le dialogue a lieu, les discussions peuvent être âpres. Il y a juste une envie d’essayer de faire ensemble, en ces langues, imparfaites en cela que plusieurs...
      Bonjour Valentin, et merci, tout simplement parce que hein, bon , ça va, quand la parole est juste, pourquoi faire semblant !
      Arthur j’entends aussi ce que vous dites du prix de ces engins, en effet tout le monde ne peut pas se les offrir, ce serait mensonger de le dire, beaucoup peuvent mais pas tout le monde, mais cela n’est pas à mettre au passif de ceux qui peuvent, soyons sûrs qu’ils en font bon usage, lorsqu’on voit, grâce au principe du numérique, les échanges, tels les nôtres, se multiplier.
      Et j’ai une proposition à vous faire. Je désire depuis quelques temps offrir mes livres, de les savoir en belle compagnie de qui peut les apprécier me met du baume au coeur. Ce sont les amis qui les acceptent qui me font cadeau. Nous ne connaissons pas, je ne connais pas vos goûts, mais si me parlez de vos goûts, je pourrais vous en envoyer, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, de dialoguer, de tenter encore et malgré tout de se parler

  • En tout cas, François a eu le mérite de lancer ce débat passionné/passionnant, que je signale dans les NEWS de demain...
    Je voulais juste te demander, François : comment vois-tu la réédition de ta Sortie d’usine, toi qui confie ne plus avoir de désir du livre ?
    Préparant, comme tu sais, une conférence sur la représentation du travail dans la littérature contemporaine, j’ai même été amené à acheter ton BILLANCOURT (édition Cercle d’Art, 2003) : je te suis dans ton plaidoyer pour le livre numérique, mais ne peux m’empêcher de trouver quand même des qualités à ce grand format qui est richement illustré... Bien entendu, au regard des précédents posts, il a un défaut - outre qu’il est difficilement manipulable -, c’est son prix...

    Voir en ligne : NEWS

    • merci de la bis-visite, Fabrice – pour "Sortie d’usine", Minuit a fait réaliser par ePagine un epub de parfaite qualité, et suis fier que ce livre soit dans la 1ère fournée de Minuit numérique, grand temps qu’on puisse disposer de Claude Simon, Beckett et les autres sur nos iPad - pour "Après le livre", signé avec le Seuil pour diffusion imprimée seulement, et l’édition numérique reste sur publie.net, et le Seuil inaugurera par contre en janvier une collec seulement numérique, mais c’est pas à moi d’en informer ! - en ai un peu marre de passer pour un propagateur du livre numérique : "convaincre est infécond" disait Benjamin, moi je m’occupe de mes trucs et m’occupe de moins en moins du reste - pour avancer dans le numérique, il nous faut expérimenter, essayer, inventer, donc aucune importance si ça concerne juste petit noyau, certains des messages ci-dessus m’ont fait un peu mal de ce point de vue : j’emmerde pas les autres, alors qu’on me laisse faire mes trucs – pour les livres "art", te signale collection d’excellence menée sur publie.net par Jérémy Liron et Arnaud Maïsetti, là aussi, c’est le numérique désormais notre route – ceci dit, qu’il y a ait des locomotives n’a jamais empêché qu’il reste des éleveurs de chevaux, à chacun son taf et c’est très bien

  • Je sais, pas, François. Un libraire a le droit d’avoir mal et de se tromper de cible. Et toi, tu as le droit de préciser, de rectifier, d’expliquer. Il n’a pas forcément les outils (et le temps) pour avoir fait une réflexion que tu fais depuis des années. Alors, je pense qu’il mérite, avant que tu coupes les ponts, que tu ailles le voir une ou deux fois encore après qu’il aura reçu le "Espèces d’espaces". Et que tu en parles avec lui. Enfin, c’est juste un sentiment, comme ça.
    Mar(c)tin W/Z

  • Vous parlez de la fin du livre papier,
    mais les poètes sonores n’existent qu’en numérique ( ce qui se justifie par une écriture en 3 dimensions ou plus )
    mais pour les raconteurs d’histoires linéaires, déjà une nouvelle technologie est en marche :
    book

  • Votre article est tout simplement brillant. Vous abordez la dématérialisation des supports papiers d’une manière tout à fait originale. Sur le fond, je suis d’accord avec vous : ce n’est pas parce qu’un nouvel "usage" apparaît que doit être sonné le glas des librairies physiques.

    D’une part, parce que le support papier, et j’en suis convaincu, a encore de beaux jours devant lui, d’autre part parce qu’il est tout à fait possible d’envisager un nouveau modèle économique pour ces acteurs, ou simple réajustement. Vous citez l’industrie musicale : très bon exemple. regardez U2, ils n’ont jamais autant fait recette cette année avec leur tournée (700 millions de dollars, rien que ça...). Comment ? En basculant toute leur stratégie vers le scènique d’une tournée gigantesque.

    La réflexion de ton ami, est donc, en effet, trop simpliste. A l’heure du web, on crie sur tous les toits que c’est facile de gagner de l’argent. Aux libraires de se creuser un peu les méninges ! ;)

    Voir en ligne : Liz&Leo