Malt Olbren | « Je cherche ce qui ne va pas...

"Maisons intérieures d’écriture", pour la 1ère fois les "Inside Houses" de Maltonius Olbren en traduction française – feuilleton, 23


« Je cherche ce qui ne va pas. En semaine je m’observe, mais je n’ai pas le temps. Je prends le défaut, la peur, la honte, la faute, l’envie, la culpabilité, le rêve, la dureté, la méchanceté même, la fatigue, la paresse. Tous les éléments sont toujours en même temps dans ta cuisine, c’est ça ta marmite. Elle n’est jamais plaisante, la marmite d’un homme. Du moins s’il écrit. Et c’est ma loi le dimanche : je ne m’habille pas, un veston usé sur le tee-shirt de nuit, un vieux pantalon de fitness et tu vas à l’ordinateur sans même te laver. Tu m’entends : sans te laver. Reste dans ta crasse, retrouve ta crasse de la semaine. Reprends, dans la marmite, ce que tu as laissé mariner depuis parfois cinq jours, dès le lundi, et quand bien même tu ne l’aurais trouvé en urgence que le vendredi. Oublie le reste. Tu as fermé à clé la porte de ta pièce, tu n’as pas ouvert le store électrique sur le jardin : de toute façon ces jardins sont idiots. Tu as ça devant toi que tu dissèques, tu écartèles. Alors tu te demandes : qui parle ? Et tu trouves, et tu lui attrapes ce que tu peux attraper. Parfois juste une chaussure, ou c’est quoi sa voiture, ou sa cicatrice sur la lèvre. Et tu ne sais rien d’autre. Tu es au bout de ta phrase, tu fais le flic, tu le pousses méchamment et tu entres chez lui. Même si tu n’as que la voiture ou la cicatrice sur la lèvre, tu sais vaguement comment c’est, chez lui. Alors tu pousses la porte violemment, comme les flics à la télé, tu ouvres les placards, tu sors ce qu’il y a dedans et tu le fiches par terre, tu ressors les histoires d’amour, là, devant même celle qui est encore endormie dans le lit. Et tu vas plus loin : tu l’as assis devant toi, à une table, et maintenant tu vois ses mains, bientôt tu vas savoir sa tête, et tu lui envoies ce mot, qui est le mot par lequel tu es parti, fatigue ou perversité ou cachotteries ou maladie ou méchanceté ou ce que tu veux – et tu sais très bien à quoi cela en toi fait référence – et vas-y. Qu’il te réponde. Ton texte ne t’appartient pas : ton texte est un masque arraché à un homme que tu ne connais pas. Il est dimanche midi, tu as fini. Tu ouvres les stores : le jardin est toujours aussi idiot. Il y a des bruits dans la maison, ils te sont familiers, tu vas à la douche, tu t’habilles mieux, tu sors la voiture pour les courses s’il y a besoin de faire les courses. Je relis ça le soir puisque je l’envoie le lundi, et que le magazine le publie le jeudi. Ils aiment ça. Ils ne savent pas le prix qu’on paye soi. »


responsable publication traduction © François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 31 décembre 2011
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