Malt Olbren | « Trouver un endroit où s’installer...

"Maisons intérieures d’écriture", première traduction française des "Inside Houses" de Maltonius Olbren


« Trouver un endroit où s’installer mais tu t’installerais où dans la ville dans ta tête est-ce que l’écriture est un chez soi ou même pas est-ce qu’il y a besoin pour l’écriture d’un chez soi sinon toi toujours chassé elle surgissant et toi toujours l’appelant toujours cherchant toujours j’ai toujours considéré ce travail comme une chasse chasse permanente chasse en toi-même chasse dans la ville chasse dans ce que la ville te cache et des fois oui des fois c’est toi que l’écriture chasse et si elle te laisse en paix là debout épuisé essoufflé ou vide simplement vide c’est que pas besoin alors de plomb c’est dans la tête le lourd le pétrin l’immobile t’installer c’est là que tu le voudrais n’importe où que tu sois qu’est-ce qui manque qu’est-ce qui ne va pas tu peux tout essayer dans la ville des bars avec des fauteuils profonds et peu de lumière des comptoirs hauts et le bruit nerveux des voix la vitesse des corps le dos contre un mur à l’angle des rues une chambre d’hôtel et tu es rentré tôt tu as la nuit devant toi ou une chambre d’hôtel quand tu te réveilles en plein jour après la nuit dehors et tu as ces heures du silence des autres ou bien une chambre prêtée et tu n’es pas chez toi tu vois des livres dans le salon des photos dans la cuisine partout où tu te poses à peine si tu touches les choses et ton monde se limite à ton laptop ouvert ou comme tu rêves d’un appartement juste loué c’est avant le déménagement ou juste après tu aurais même dormi par terre tu aurais vaguement fait un Nescafé dans de l’eau moitié chaude et par terre aussi le dos contre le mur mais toute la vue nettoyée avec ces bruits résiduels qui sont la vie d’une ville la vie d’un immeuble sur le laptop tu laisses venir une phrase d’un souffle je n’aime pas ponctuer je n’aime pas séparer le souffle vient et s’arrête l’écriture c’est juste ce moment tenu du souffle et puis et puis il y a c’est important aller de ville en ville quand bien même en avion en train en bus dans la voiture quand un autre conduit tu croirais cette fenêtre mobile une fenêtre aussi pour les idées neuves mais non rien qui vient sauf que le temps est meuble comme on dirait pour le contraire d’un immeuble mais tu t’abandonnes l’idée qui te vient n’est pas une idée qui passe par les mots n’empêche n’empêche que j’ai souvent écrit comme ça laptop sur mes genoux dans un train dans une voiture dans un avion non dans un avion je dors on croit qu’on écrira mieux parce qu’on est trois jours dans un hôtel trois semaines dans une ville nouvelle oui probablement on fait le plein ça souffle sur tes vieux meubles tes vieux meubles du dedans ça ouvre la fenêtre ça fait du courant d’air ça secoue dans ta lumière et puis c’est quand tu rentres que tu t’assois à ta table pleine de papiers le courrier postal que tu n’as pas ouvert les bouquins en pile sur le plancher les vieux machins cassés que ça recommence et c’est à heure fixe tu avances sans t’en rendre compte tout simplement parce qu’au moins le temps que tu as le nez dans ton laptop pas la peine de s’intéresser à ce qui te croule au-dessus j’ai aimé les villes est-ce que c’est encore un besoin j’ai aimé les livres est-ce que c’est encore un besoin j’ai collectionné les textes qui parlent de mur les textes avec dedans un fragment un bout une image de mur tu ne peux pas imaginer je m’attendais à une dizaine une vingtaine Gorki Proust Melville notre vieux Carver et trouvé l’irlandais Beckett Kafka évidemment trouvé Cortazar (je ne connaissais pas Cortazar j’avais tort) ça s’est multiplié là maintenant ça fait deux ans fiancé tu dis alors fiancé à un mur qui s’en va il court et chaque trois mètres une autre figure une autre perspective une autre hauteur un autre sol moi je sais je sais exactement d’où venu où vu où pris dans un livre dans une ville dans un rêve un tableau une image oui dans les musées aussi dans chaque ville j’entre j’ai un calepin je note avec précision la plus haute précision que je peux tous les murs qu’on y découvre en peinture mais ne me demande pas pourquoi il n’y a pas de pourquoi on met longtemps avant de trouver où l’écriture s’en va sans pourquoi et je n’ai plus besoin d’autre chose sais-tu même laissé là sans écriture planté au carrefour dans ces vents tristes de la ville planté sur un tabouret face comptoir dans les voix et les corps de la ville planté devant la fenêtre immobile de là où t’a conduit la vie ou planté rien planté dans ton corps dans ton rêve je n’attends plus l’écriture un mur qui vient viendra s’ajouter au mur construit et si rien qui s’ajoute eh bien juste tu attends je suis en paix en paix figure-toi »


responsable publication traduction © François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 3 janvier 2012
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