appel à fiction, 2 | totem de l’atome

d’un monument artistique hérissé au pays de la recherche atomique


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Très touché de l’accueil à mon 1er appel à fiction, la richesse des textes, la façon dont ils se répondent, et comme chacun a tenu à honneur de rester au plus près de ce mystère posé au bord du chemin, la vieille maison de meulière et sa fenêtre ouverte.

J’ai eu la même sensation hier, traversant entre deux violentes averses le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), côté labos, bâtiments clos sur leur mystère, dans la succession de leurs architectures.

Deux semi-remorques closes garées tout auprès, et ces trois totems en couleur, avec paysage d’acier autour. La force d’un Richard Serra, et je ne dis pas ça souvent.

Il me semble que nous pouvons en écrire. Pourquoi cette forme, ces couleurs, ce traitement brut de la matière. Pourquoi cet éclatement, cette installation. Qui l’a pensé, dessiné, usiné, dressé – quel artiste, en quelles circonstances. Quel rapport avec ce qui l’entoure, et l’isolement. Pourquoi ces camions fermés, et qu’attendent-ils. Quels rites se pratiquent ici, que vient-on y faire ?

Tout cela peut tenir en 5 lignes, que vous choisissiez un angle d’attaque ou bien l’ensemble. Comparer avec les mêmes monuments à la Défense.

Attention : il ne s’agit pas d’un atelier d’écriture, proposition faite pour avancer dans un but technique. Je mesure pour moi, dans la découverte de lieux inaccessibles, cette perception soudain que de ceci, ou bien d’un ici, il est possible d’écrire. Alors c’est juste s’y mettre à plusieurs. Faire que le mystère ou l’inouï de cette écriture ne résulte pas du travail d’un seul, mais de la constellation réalisée par l’ensemble des textes.

Il y a ici de la beauté. La saluer en rapport avec le lieu qui l’accueille, et sa fonction ? Ici où la science travaille sur l’invisible, que se cherche-t-il par le visible ?

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écrit ou proposé par François Bon _ licence Creative Commons BY-NC-SA (pas de © )
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 juin 2012
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Messages

  • trois totems à temps. ne contiennent rien. ne proposent qu’une surface peinte avec des tons rouille, brun, vert d’eau, des angles durs - ne s’adouciront pas de sitôt - et les coulures rouille de temps glissant dessus. voilà, totems érigés pour enregistrer le temps en trilogie : le central ne se justifiant que par la présence des deux autres, un peu comme trois strates de passé dont lui serait pas si passé que ça, pas si pressé que ça de passer. bornes totems pour le futur aussi.

    Voir en ligne : totems à temps

    • Communiquaient-ils ? Qu’invoquaient-ils ? Leurs dieux étaient muets bien sûr pour qu’ils en viennent là. Des prières de fer et un moral d’acier n’auront pas suffit à les sauver.
      Un mal étrange a du germer sans qu’ils s’en aperçoivent. Une rouille intérieure qui ronge et puis détruit les tours étranges et sombres où ils vivaient heureux.
      Le bonheur est parfois le masque du danger.

  • De près,
    Du fer, de la rouille, des couleurs de plomb écaillé.
    Toxiques mais beaux.
    Comme les vestiges d’une fresque dans une chapelle italienne perdue aux abords de Florence,
    Surtout ce bleu si particulier, passé.
    Des totems esseulés, que l’on retrouvera dans des millions d’années,
    Mais comme l’art parfois est dangereux
    Et qu’ils contiennent (les totems) en eux toute notre société,
    L’attrait pour le beau à jeter après regard, à oublier après usage
    Les archéologues d’après-demain ne sauront pas
    Que lorsqu’ils les déterreront, et qu’ils ils les regarderont comme nos œuvres d’art à nous,
    Les prendront peut-être pour nos stèles,
    Ne les comprendront pas, en admireront d’autant plus leur mystère,
    Mais seront contaminés à vie par ces conteneurs de déchets radioactifs
    Que l’entreprise chargée de retraiter a laissés à l’abandon,
    Ayant déposer le bilan,
    Le patron s’étant tiré aux Bahamas.

    • Qui qu’ c’est qu’a mis là ces grands échalas ?
      Ces grands totem à la tête à Toto !
      Rouges, verts, bleu turquoise, c’est vrai qu’ils sont beaux.
      De tout ça, on en fait quoi ?

      LA VÉGÉTATION REPRENDRA TOUS SES DROITS

      Quels sont les droits de la ferraille ?
      Qu’elle rouille, qu’elle bataille
      Oh elle tiendra droit
      Tant que son poids la supportera
      Puis elle s’écroulera
      Dans un grand bruit lourd
      Comme un arbre qu’on abat
      Puis, en touchant le sol, elle fera un gros bling
      A moins que ce ne soit un gros bang
      Alors, elle gira à terre
      Non, on ne peut pas dire gésir au futur
      C’est comme ça
      C’est sûrement parce que
      La mort, c’est quand elle est là, qu’elle est là
      Sinon, elle n’existe pas.

  • Ruines... Survivant(e)s... Peur d’approcher de ces totems... Vapeurs toxiques... Contamination des corps... Récits... Mythe des origines... Autrefois... Prométhée, le feu, l’atome, sacré Saclay... Apocalypse... Nous... Mayas... Rien... Plus rien... Humanité détruite...

    Voir en ligne : http://http://www.le-vent-qui-souff...

  • Passer là, voir ces poteaux, ces formes, cette peinture écaillée, ces tons sourds, dénaturés, la rouille, les garder en soi dans sa marche vers les bâtiments. Y passer presque chaque jour, toucher, regrouper en pensée. Se décider, demander autorisation. Prolonger séjour. Trouver une chambre dans maison blanche et venir affronter besoin de beauté, de violence à ces débris d’un chantier, d’une démolition, dont ne sait.
    Dresser un haut parallélépipède régulier, avec rythme des noirs, verts bleutés, roux. Et deux autres ensuite, aux rudes redans, avoir dans un coin de la mémoire les angles brusques des masques de Colombie britannique. Aimer les taches de rouille, les excroissances. Regarder, ajouter avec un faux hasard des badigeons bleutés. Se fatiguer, leur transmettre besoin de force et forces en trop, les canaliser, les enfermer dans la matière, les adoucir.
    Entendre cet homme qui parle de totems, sourire, créer un massif autel roux souligner les arêtes avec soin, le blottir dans le lierre. Et puis ils sont passés, ils ont aimés, il ont voulu emmener.
    trop long bien entendu

  • C’étaient formes données à l’informe, qu’on coulait autour de quel creux noir, à défaut de les pouvoir nommer ou écrire.
    C’étaient autels dressés totems au tabou de l’absence.
    C’étaient formes mémoriales du vertige, tracées aux cordeaux coupants de songes ignorés.
    C’était part donnée au feu qui travaillait l’intérieur du vertige.
    C’était noyau rouge d’un fer perdu : on avait érigé en lieu sa perte, et l’illusion de noter un point fixe où tenir la note .
    C’était nier haut que les sables s’écoulent insensibles.
    C’était oublier rien d’exister, sans qu’un gouffre ne cataracte.
    Les tables d’émeraude étaient d’implosives partances laissées aux déserts.

    Voir en ligne : http://jeanyvesfick.wordpress.com/

  • Dressez vous devant les arbres. Rendez votre chute irréversible. Claquez les uns contre les autres, provoquez le hasard et laissez les formes se dessiner. 
    Contrastez. Gardez cet éclatement.
     Tels des paravents, résistez. Accentuez la menace. Ne cachez rien. Faites vous contourner. Limitez les mouvements, resserrez l’espace et écoutez les murmures. Sentez les vibrations, les coups. 
    Laissez ramper le lierre sur vous. Laissez le se croiser jusqu’à saturation. Faites perler la pluie. Acceptez qu’elle devienne rouille. Laissez vous grignoter par le temps. 

  • Nous avaient passé un film sur l’avenir radieux du plateau, les projets d’implantations multiples d’instituts de recherche publics et privés, tous travaillant dans la concorde et la coopération pour l’Amour et la Beauté de la Science, du progrès atomique, humain et technologique ; un pôle économique, un cluster dans leur jargon il allait incarner dans les prochaines décennies, le plateau, encore tout recouvert de forêts, l’un des plus gros centre de recherche universitaire un campus géant à l’échelle humaine en même temps qu’à celle des territoires encore à conquérir ils en avaient des projets, des idées plein la tête qui se matérialisaient devant nous à des vitesses folles sur des cartes animées où l’activité réfléchie de l’homme s’esthétise virtuellement en progressions de couleurs et flèches explicatives, anticipe en 3D son emprise totale mais respectueuse sur la Nature – ben voyons – ils y croyaient tous ces cravateux venus nous accueillir et nous vendre leur came mais faut être honnête, aussi : ce projet, je le voulais, il me le fallait, pour vivre, vous comprenez - l’argent public c’est pas tous les jours qu’on te le propose - seulement vivre mais il me le fallait, j’allais avoir une idée, je me sentais capable de défendre une performance même si je n’avais pas la moindre notion de ce à quoi elle allait pouvoir ressembler il me le fallait, comme à eux un artiste – et c’est pour ça qu’on était là, tous, assis dans cette salle de réunion cossue de l’Hôtel de Ville ; qu’on était là, parce qu’ils avaient besoin de l’un de nous pour réunir la Science et l’Art, faire de la complémentarité des disciplines un atout majeur de la Recherche et du Rayonnement Français.
    Et la Commission, c’est moi qu’elle avait choisi finalement, parmi les centaines de prétendants assis côte à côte sur des chaises pliantes mais cosy à les écouter déblatérer leurs utopies par cartes interposées, à se regarder en coin pour tout à la fois se rencarder sur ce qu’ils pouvaient bien foutre là et sonder la force susceptible en tout autre de leur passer devant et sous le nez leur rafler le pompon ; mon travail qu’elle avait décidé de retenir et le poids des nuits passées à gamberger pour trouver un truc viable à proposer avait disparu tout d’un coup, aspiré par la satisfaction et la légèreté que me causait cette décision, les mois de loyer comme par avance et enchantement réglés ; avalés aussi les sacrifices l’énergie le vital dépensés pour concevoir ce mur que je voulais bâtir entre l’atomique et le reste du monde, comme un rempart, un symbole lourd de matière lourde, de couleurs vives ; à l’antithèse de l’infiniment petit dresser devant ce qui en est l’un des symboles et en recèle tous les mystères – les labos - la pesanteur et la prestance naturelle de l’acier ; ils avaient aimé l’idée.
    Le chantier a débuté.
    Sur pied trois colonnes puis gel des crédits ; aussi l’amorce d’une suivante dont les débris gisent aujourd’hui encore au même endroit que le matin où je suis arrivé et où l’on m’a renvoyé à la maison parce que la performance était « provisoirement » interrompue : problèmes de financement mais qui devraient se résoudre rapidement c’est-à-dire maximum dans les jours voire les semaines qui viennent tout au plus vraiment, ne vous inquiétez pas.
    Mon mur devait dessiner un demi-cercle de fer et d’air, le long des bâtiments ; son embryon veille aujourd’hui les remorques des semis et la progression inexorable des mauvaises herbes qui percent jusqu’à la dalle de bitume qui devait lui servir de socle, du lierre qui enserre et asphyxie un par un chacun de ses éléments jusqu’à ce que tout soit pourri, rouillé, souillé d’abandon et d’indifférence alors comme à chaque escale ou presque cette question au fond de ma vision délabrée : de toi, qu’est-ce qu’il reste finalement alors que chacune de tes œuvres est par nature soumise à l’épreuve destructrice du temps et des intrigues politiques et financières ? De pérennité, est-ce que tu en conserves autre chose que ce tableau désolant, ce gâchis, cimetière artistique changé en parking pour remorques de routiers ? Qui conserve aujourd’hui ne serait-ce que la vague idée de ce tu voulais faire, de ce que tu voulais dire ici de toi-même ?
    Le tour de France de l’état actuel de mes performances s’arrête à Saclay : ce sera le dernier et à Saclay reviennent les ultimes clichés collés et paragraphes sur mon carnet gondolé par l’averse que je viens d’essuyer en venant jusqu’ici – suis trempé et ai même dû me réfugier quelques minutes sous un arrêt de bus pour laisser le plus méchant passer – paragraphes griffonnés nerveusement, assis de biais sur l’une des arêtes d’un cube de béton mouillé et sous la pression de ces souvenirs dégueulasses, sur l’assise étroite et à peu près sèche que seuls peuvent me fournir ma cuisse et le haut de mon genou droit ; dernières sensations pour boucler définitivement la boucle, finir de ressaisir enfin, par écrit, pixels et à l’aube de son terme mon petit parcours de vie d’artiste.

    Voir en ligne : commeunratfaitsonterrier

  • On imaginait une planète lacustre et invertie, les pilotis au-dessus, qui avait renoncé depuis longtemps au fil de l’eau et au goût du sel dans le vent.
    On imaginait des usines-autruche, tête profondément enfouies dans un sol sans racine, lorgnant le monde par l’autre côté, le sot-l’y-laisse.
    On imaginait des doigts dressés vers le ciel, des doigts accusateurs dénonçant la surface miroitante et métallique de l’azur.
    On imaginait des doigts d’enfants qui, face à la béance de leur leçon retenue, levaient leur doigt pour poser de vertigineuses et tardives questions à la chaise devenue vide.
    On imaginait des questions tordues qui mimaient la raideur des points d’exclamation, des totems-quilles balayés au premier regard - vous avez vu le strike ???
    On imaginait des gisants élevés à la gloire de ceux qui sont assis et des assis dépliés en souvenir de ceux qui dormaient encore debout.
    On imaginait surtout.

    On ne distinguait plus rien.
    Encre et rouille avaient fusionné.

    Encrouillé.

  • Quel océan déchaîné avait charrié camions, poutres bleu-vert et boulons rouillés ?

    Quelle coque avait été brisée, puis régurgitée et déversée là en petits bouts rongés, écaillés ?

    Les herbes folles, vaste cimetière.

    Nos ancêtres, jamais vus, roulent à nos pieds.

  • l’expression réduite à deux pièces
    la typique et l’atypique
    celle qui est et celle qui aide
    la verticale et l’horizontale
    tu montes l’une sur l’autre puis reprends
    totem
    la couleur ne la comprends
    belle
    alors le hasard s’en charge
    soulevant la masse
    recevant la lumière
    totem
    totem
    tant