appel : vers un club des lecteurs de publie.net ?

solidifier, élargir, décloisonner mais surtout faire lire, faire lire, faire lire...


Jamais le contraste n’a été si fort entre la qualité et la force des textes que nous proposons en ligne (ces deux dernières semaines les Cosnay, Daeninckx, Beauchesne, Winckler, Ponti parmi d’autres – plus les Jabre, Delabranche, Ellingsen, Dionne, Cillaire...), la force des projets qui attendent (plusieurs Washing Machine mais qui sont des gouffres à heures de travail, la collection théâtre lancée avec Jean-Daniel Magnin et le théâtre du Rond-Point, les textes de littérature qui demandent un montage artisanal, des relectures répétées), et nos besoins.

Pas question de se plaindre de la diffusion : elle est stable, elle repose sur un noyau de lecteurs exigeants, à commencer par les auteurs même, et les abonnements arrivent régulièrement. Je cois qu’il s’agit tout simplement d’une banalisation : nous occupons dans le web la place très congrue que le monde papier réserve à la littérature contemporaine.

Pas question non plus de se plaindre de la mise à l’écart de fait qu’exerce la presse traditionnelle et littéraire, et la nouvelle presse en ligne qui se goberge des mêmes lanternes. C’est un syndrome d’époque : consensus sur les meilleures ventes, et le reste aux oubliettes, société paillettes.

Il faut signaler l’exception, pour nous, d’un soutien actif de Ciclic / Livre au Centre – le seul centre régional du livre à proposer des aides directes à l’édition numétique, à la fois pour le lancement de notre initiative publie.papier, que pour la revue D’Ici Là. Mais pour le reste, on le sait, on n’a que nos propres forces, nos propres sites et blogs.

Et rien de grave, tout est très bien comme ça. C’est juste qu’on n’a plus le droit à l’amateurisme. Les spécifications des grandes librairies en ligne (Amazon et iTunes, Samsung qui arrive, Bookeen qui résiste – la Fnac/Kobo en ce moment à la ramasse ne met même pas les titres éditeurs à jour, pensez-y avant achat liseuse ou tablette, beau service qu’ils rendent au galopant Kindle) ne cessent d’évoluer vers une plus grande complexité et c’est tant mieux pour le lecteur. On est capable de faire des fichiers qui, en ergonomie de lecture – si vous avez vu les derniers, vous en serez d’accord j’espère – atteignent à la complexité d’objet du livre papier. Donc un investissement permanent de notre côté, et principalement la rétribution d’une équipe, deux codeurs-créateurs à plein temps, une apprentie-codeuse-prometteuse en alternance, les prestations web pour le backoffice et le site, l’équipe relecture correction, ce qui est certes bien modeste par rapport aux grosses machines éditoriales, mais qui n’est jouable qu’à condition d’une progression globale de publie.net.

On a la chance d’un projet viable : les abonnements bibliothèques sont un soutien décisif, on n’en serait pas là sans elles, et – enfin – les accès et la lecture streaming semblent bien décoller aussi. La chance aussi d’une start-up d’exception en appui, l’incroyable outil, de loin le plus performant dans tout le paysage, et je me tiens au courant, qu’est Immateriel-fr et son équipe.

On a la chance d’un projet solide : même plus besoin de parler d’impression à la demande, maintenant qu’on maîtrise l’outil (avec encore des manques : Electre qui nous snobe, prise dans un drame cornélien semble-t-il, et Amazon qui bug, les grosses machines ont souvent les intestins fragiles), on est une maison d’édition papier comme les autres, avec des livres étonnants dans la maquette et la réalisation, la livraison à 72h, voire immédiate pour le noyau de librairies qui prennent des titres en commande ferme, et désormais ça marche. Pas de journée sans échange avec nouveau libraire qui vient respirer la machine et les titres – et ça devrait nous assurer la solidité définitive. Sans compter les progrès que ça nous a fait faire, et dont bénéficient aussi nos epubs.

La question est donc renversée désormais : il ne s’agit pas de jouer la lecture numérique contre ou à côté de la lecture traditionnelle, il s’agit de se battre pour le seul et le vrai renversement, qu’avons-nous envie de lire, que demandons-nous à la littérature ?

D’où la rage collective. On tiendra, ça ne fait pas de doute. Mais on a besoin d’épaissir le socle, de l’élargir. Et le faire non pas en épiciers, mais en confortant ce modèle de lecteurs impliqués.

De nombreux messages (c’est un bonheur, ça aide aux heures ingrates, et aux coups de pique qu’on se ramasse un peu trop facilement partout) sont venus ces temps-ci pour nous proposer aide ou soutien. On est prêt, passage facile à structure SAS, contrôle majoritaire par l’équipe avec distribution des actions existantes, à l’arrivée éventuelle d’un partenaire extérieur. Mais les business angels qui font frémir la mode s’intéressent peu à la littérature, ou alors on le saurait. Et pas question de quitter non plus la gestion rigoureuse d’une micro-société, quelles que soient les pesanteurs franco-françaises pour les entreprises, du vrai délire dans le genre étouffoir, et un environnement interprofessionnel massivement pris d’un syndrome d’immobilisme, et qui se serre les coudes contre les nouveaux arrivants.

Mais temps aujourd’hui de le dire publiquement : on est prêt à accepter cette aide, parce qu’il y a une phase funambule à passer.

On croit à notre collection papier+epub, et d’autant plus avec pour nous la force de frappe Hachette Livre (absolument surprenant : les ventes septembre de livres papier ont été réalisées par 46 libraires, pas moins, et les téléchargements induits sur notre plateforme correspondent presque exactement au nombre de titres vendus). On est sûr que les bibliothèques vont vite en trouver le chemin, aussi bien pour la force des titres en tant que telle, que pour la possibilité d’insérer les versions numériques dans leurs liseuses en prêt.

On croit à la lecture numérique, quand elle devient facile et confortable, et qu’on crée des epubs de qualité sur des textes forts, qui eux-mêmes appellent la diffusion, résonnent avec les enjeux d’aujourd’hui.

L’appel, ici, c’est parce qu’une telle association ou club des lecteurs de publie.net ne peut pas émaner de l’équipe qui gère la structure.

Nous appelons en simplicité et amitié nos lecteurs, celles et ceux qui le voudront, les institutions aussi, à rejoindre une association loi 1901, nom à déterminer, amis de publie.net suffirait. Je l’avais fait en 2000 pour remue.net, avant qu’à partir de 2005 l’asso remue.net prenne sa pleine autonomie et fasse le chemin qu’on sait.

Je crois qu’il est temps de s’y recoller, sous une forme différente. L’équipe publie.net bien sûr aidera, on passe assez de temps en papiers, administration, on mouillera la chemise bien sûr.

Mais cette association se doit d’être indépendante. Elle aura son assemblée générale une fois par an, son secrétaire et son trésorier – simplement, oui, appel aux volontés. Elle pourra organiser des événements, lectures, rencontres, aura la maîtrise des outils réseaux (la page facebook publie.net par exemple, plus place sur site et bulletin).

En contrepartie, publie.net eurl (ou sas, si cela évolue dans ce sens), s’engage :
- à discuter chiffres ouverts (et droit de regard) avec l’asso, et les compétences qu’elle rassemblera, des orientations, dépenses, investissements, organisation, prix, collections, promotion. De la compta aux normes html, vous êtes autour de nous nombreux à être bien plus spécialistes, et nous on a le nez dans le guidon.
- à proposer aux adhérents des formes privilégiées d’abonnement à publie.net et aux initiatives du site ;
- pouvoir obtenir nos livres papier+epub avec une remise conséquente dite club, par exemple trois livres commandés un autre offert.

Je m’en tiens là – trop tôt pour définir. Mais il y a assez de gravité environnante, je le répète : pas la structure en tant que telle, mais l’urgence à faire lire plus, à se battre ensemble pour ces textes que nous proposons, et qui restent sur les bords de l’énorme charroi banalisé de la distribution web. Se mobiliser en tant qu’auteurs à un autre niveau. Et créer un lien différent entre la partie entreprise, qui doit rester soumise aux règles administratives et le métier, si contraignant que cela soit, et la communauté que nous formons.

La discussion est ouverte. Plutôt par mail, si vous voulez bien, et je crée une liste avec tous ceux qui viendront en parler avec nous, et nous organiser ensemble ?

 

Ci-dessus, comme à chaque heure grave, et pour se porter chance, un petit peu de Monsu Desiderio.

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 octobre 2012
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