qui sont les assassins de Jallal ?

un étudiant de Sciences Po de 24 ans noyé lors d’un bizutage militaire : inadmissible


J’ai en haine les bizutages pour les avoir subis dans leur forme la plus éculée, la plus abêtie, celle de l’École nationale supérieure des Arts et Métiers, fondée par Napoléon et éculée et abêtie de soigneusement entretenir ses traditions, qui sont, comme toutes ces pratiques, celles d’un rabaissement, d’une humiliation, d’une violence exercée de l’individu agissant au nom de la communauté sur l’individu qui n’en a pas encore l’entrée.

Je les ai eus en haine l’an passé à Louvain-la-Neuve où j’étais en résidence même quand ça prend les formes mièvres de la bière ingurgitée de force jusqu’à tomber puis vomir, là-bas à échelle d’une ville.

Aux Arts et Métiers, c’était trop : on nous faisait ramper à genoux, on devait défiler en blouse aux boutons arrachés devant trois cents types en uniforme avec des bras levés à l’hitlérienne. Et quand, avec Bernard Jousse, Michel Ravitsky, Michel Hauguet et Mamadou Dia on a décidé de ne plus se plier à cela, c’était passé aux menaces, et la nuit ces messieurs venaient chier sur notre porte.

J’ai finalement quitté l’Ensam sans diplôme, ça a été des années cahotiques et incertaines, mais au moins ça a contribué à me mettre sur mon chemin. J’en parle dans un texte qui s’appelle Fantômes, repris dans Temps Machine (Verdier, 1992) puis sur ce site.

Il peut y avoir des morts accidentelles, qui semblent aberrantes d’injustice et d’arbitraire, et elles peuvent s’abattre sur les jeunes les plus brillants. L’autre hiver, un jeune chercheur indien se noie dans l’étang artificiel en forme de bicorne qui est derrière Polytechnique : le moins de bruit possible, ça a fait, croyez... Et peut-être rien qu’avoir voulu marcher sur la glace trop fine d’un froid de décembre. Encore l’an passé, ces deux jeunes étudiantes américaines venues pour quatre mois en échange à Sciences Po, peut-être ont-elles voisiné Jallal Hami – elles devaient être de la même promo. Une coloc qu’on se repasse d’étudiants à étudiants dans le 18ème, le feu qui prend dans la cour du vieil immeuble, et je me souviens du message lancé le dimanche 7 heures du matin par Richard Descoings, alors qu’il partait à l’aéroport accueillir les familles, venues chercher leurs filles de 22 ans brûlées vives.

Mais la mort par bizutage, la mort gratuite, est d’autant plus inadmissible. Et que c’est fait derrière les barbelés, dans les cours de récréation réservées de l’armée – la nôtre –, des restes du concept d’armée française tel qu’il doit survivre dans ses recoins protégés, comme Saint-Cyr Coëtquidan. École prestigieuse disent les journaux abasourdis : ça évite le contact avec la crasse.

Les étudiants de Sciences Po, depuis deux ans, j’apprends à les connaître. Une sélection difficile, et formation haute densité. Mais chaque fois par modules, par travail personnel, apprendre à réfléchir, savoir réfléchir dans le plus concret du monde, économique, juridique, historique. Nous sommes depuis deux ans quelques poignées d’artistes, pas seulement plumitifs, à les prendre en charge pour un voyage dans notre discipline – considérer ce moment d’une option artistique comme partie intégrante d’une formation, c’est déjà une première en France, merci à Bruno Latour qui en a été la cheville ouvrière décisive, avec Françoise Melonio pour ce qui nous concerne en littérature. J’ai appris aussi, contre mes propres préjugés, la diversité des étudiants qu’on accueille ici. A mi chemin géographiquement des Beaux Arts et de Normale Sup, bien plus proches du premier groupe. Des mômes qui aiment faire. Un recrutement qui fait une large part à la province, une large part à la couronne des grandes villes.

Deux fois deux heures douze semaines de suite deux ans de suite avec dix-huit paires d’yeux, ce sont tous ces yeux qui me poursuivent dans le nom de Jallal Hami, qui était comme eux encore l’an dernier et tué pour rien, tué par bêtise – bêtise de militaires qui veulent humilier, provoquer la peur, parce que c’est leur méthode pour intégrer. Celui qui aura traversé ça saura obéir. Celui qui aura supporté ça saura exécuter sans protester des ordres qu’il désapprouve. On fait exécuter cela par ceux qui l’ont subi l’année d’avant, c’est leur revanche, la preuve qu’ils ont surmonté : ils ont passé côté du maître, sinon du bourreau. La France coloniale a fonctionné sur son armée, dans son intérieur symbolique elle n’a pas bougé.

On force de jeunes recrues, venues là pour l’excellence – Jallal avait le grade de sous-lieutenant, ça veut dire que son diplôme s’accompagnait d’une formation pré-militaire, je suppose. Saint-Cyr a la prétention de recruter pour des métiers sophistiqués. Mais ça ne fait rien, avant il faut l’humiliation, avant il faut la boue.

Cette nuit d’il y a trois jours, la boue militaire a avalé Jallal. Le forcer, avec d’autres, à se lancer à la nage dans un étang de la forêt de Bretagne, la plus dense, tout près des zones magiques de Paimpont. Il y avait des projecteurs, et puis on a coupé les projecteurs. Les imbéciles, ça les a bien fait rire. C’était une sorte de jeu, une farce.

Moi je vois l’horreur. Il suffit d’un trou de vase, de prise glissante ou de trois branches, des jambes qui ont voulu reprendre appui et qu’on ne décolle plus. Se noyer ça va vite, surtout dans l’eau très froide. Je me souviens de la nuque de Tabarly, et comme dans ces cas on doit s’enfoncer. Je ne suppose pas que Jallal Hami, et la façon dont 4 ans durant, à Sciences Po, on apprend à ceux-là à résister, analyser, tenir, se soit laissé avaler. Même si l’horreur et la panique sont brèves, elles sont désespérées, elles parviennent à la conscience, elles s’emparent de tout l’être. Et dans le pire désespoir reste l’idée que cela ne tient qu’à la pure bêtise d’imbéciles heureux de vivre, qui trouvent leur grandeur dans l’humiliation de l’autre. Et qu’on meurt pour rien, dans la barbarie la plus gratuite.

L’horreur nue qui pour moi accompagne les dernières secondes de lucidité terrible et d’extrême conscience de Jallal Hami, depuis deux jours elles me mangent, je ne les supporte pas. C’est un cri en moi, des dents : le combat perdu contre les Arts et Métiers, qui perdurent et leur bizutage aussi. Hier un vieux roc s’en est allé, Jacques Dupin : il partait sa tâche faite. Hier une amie a été convoyée par ses proches dans un cimetière parisien : Maryse Hache emportait avec elle son combat. Jallal Hami a été privé de tout combat.

J’appelle ceux qui ont créé la possibilité même de ce bizutage des assassins. Et j’entends le dire en mon nom, comme au nom de ceux que j’accueillerai dans les mêmes salles fin janvier, pour écrire, lire, apprendre, se mettre à l’écoute. J’entends qu’on rallume les projecteurs, même sur l’horreur.

Ce n’est pas gagné : regardez comme les plus honorables journaux en font une discrète affaire interne, ne parlent même pas de Sciences Po, et du diplôme juste obtenu. C’est abject, la vérité ? Eh bien regardons l’abject, de la même façon que des médecins légistes, après autopsie du corps de 24 ans, découpage et pesage des organes d’un gamin qui a l’âge des miens, ont prononcé cette phrase excessivement banale, mort par noyade. Moi je veux savoir qui a coupé les projecteurs, pourquoi et dans quel rire, et avec combien de bières dans son immonde graisse de gradé militaire. Et que celui qui a coupé les projecteurs, on sache au nom de quelle communauté, quelle collectivité il a perçu que son geste, en leur nom comme au nôtre, était permis.

Jallal Hami est mort en notre nom. Et c’est pour cela aussi qu’on crie.

 

Image : fenêtres de Sciences Po, soir.

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 31 octobre 2012
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Messages

  • pas entendu parler de cette histoire. et pour cause, oui. c’est affligeant. triste et sordide et affligeant. on y voit de simples rites de passage. alors même qu’il n’y a pas de passage, et que cette notion n’a pas de sens dans nos sociétés. et si rite il y a, c’est celui, comme tu le dis bien, sinistre, de l’apprentissage brutal de l’obéissance. un instrument de contrôle et de soumission pour ceux qui pratiquent et cautionnent. parce que ça se fait. parce que ça s’est toujours fait. la tradition légitime les pires abjections, on n’est hélas plus à un exemple près ici-bas.

    Voir en ligne : http://www.fibrillations.net/

  • C’est drôle comme j’ai envie de vomir après avoir lu ce texte. Cette boutade. Cette lie. J’ai même peiné à aller jusqu’au bout. Le mélo qui me pesait sur l’estomac sans doute. Et cet arrière goût d’autosatisfaction complaisante dans laquelle vous semblez vous vautrer avec délectation… Il est commun de sentir lorsqu’un tribun s’écoute parler, mais sentir à ce point l’orgasme d’un auteur buvant les phrases qu’il couche, le sentir se prendre pour la synthèse universelle de tous les grands penseurs et panseurs de l’humanité, cela requiert plus que du talent. C’est ce trop plein d’outrecuidance qui, je pense, me rends nauséeux. J’imagine l’indisposition voire même la douleur dans laquelle un tel abcès de suffisance a pu vous mettre, mais au moment d’éclater la gigantesque pustule de votre ego, veillez je vous prie à ne pas trop nous asperger de votre purulente verve. Elle nous salit. Les activités de tradition qui ont cours à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr n’ont rien de dégradant, d’humiliant. Rien de sévices d’écoles de commerce, rien d’intégration d’écoles d’ingénieurs, rien de jeux tortionnaires que les esprits les plus antimilitaristes se plaisent à dépeindre dans toute leur haine d’une institution qui les protège, et dont les coupes budgétaires nourrissent les caprices protestataires d’enfants gâtés – le littéraire que vous êtes pourrez entendre « gâtés » dans sa référence aux faveurs ou au pourrissement, les deux acceptions me vont.
    Alors dans votre grande lutte contre l’archaïsme, ouvrez grand vos esgourdes, Sarthe 2.0 : ce que vous décrivez comme bizutage aux Arts est à milles lieues de ce qui se passe à Saint Cyr. Un soupçon d’honnêteté intellectuelle aurait pu vous pousser à vous renseigner d’abord. Mais c’est bien cette pincée de droiture qui manque à votre plume. « On force de jeunes recrues, venues là pour l’excellence – Jallal avait le grade de sous-lieutenant, ça veut dire que son diplôme s’accompagnait d’une formation pré-militaire, je suppose ». Non seulement une tribune d’une telle virulence ne souffre pas la supposition, mais de plus, vous supposez bien mal. Si votre passage à l’Ensam vous a laissé de douloureux souvenirs, vous m’en voyez navré, mais ayez l’amabilité de régler vos comptes avec eux, et avec eux seulement. Car votre pastiche de plaidoyer beigne dans la plus infâme des hypocrisies. De quel droit osez-vous détourner le nom de Jallal Hami ? Quelle est la dignité d’un homme qui instrumentalise la mort d’un autre pour promouvoir son petit groupe de réflexion artistico-intellectuel ?
    Jallal n’est mort qu’en un seul nom : le sien. Alors criez autant que vous le voudrez, mais de grâce cessez de postillonner.

  • Alors, cher monsieur, expliquez-nous comment est mort Jallal Hami, dans le cadre de vos "activités de tradition" ?
    Moi j’appelle ça des activités criminelles, et c’est mon droit.
    Peut-être que ça vous salit : la mort d’un étudiant de 24 ans, c’est beaucoup plus salissant, même si vous ne voulez pas le voir ni le savoir.
    De toute façon, la justice tranchera. Et en tant que chargé de cours dans l’école qui l’a accueilli, oui j’ai le droit de dire ce que j’ai éprouvé hier.

  • Nul ne conteste le fait que sa mort est inacceptable. Moi le premier, j’ai eu la jambe cassée durant une des activités de tradition. Ce que nous, saint-cyriens, ne supportons plus, c’est de voir ces activités relayées au rang de bizutages ou autres activités tortionnaires. Ces activités n’ont rien à voir avec une quelconque intronisation forcée. Il s’agit de transmettre les traditions biséculaires de l’Ecole aux nouveaux arrivants, afin qu’ils s’imprègnent de son histoire, de ses valeurs, et d’une cohésion que l’on ne trouve, à l’ère de la consommation et de l’individualisme, plus que dans notre institution - qui, je vous l’accorde, est loin d’être parfaite sur bien des points. Il est fort compréhensible qu’un individu n’ayant aucun contact avec cette école ne le sache pas de lui même, mais dès lors que l’on s’exprime sur le sujet - surtout quand on en fait son gagne pain, on se doit de chercher un peu de quoi il en retourne. Comme vous le dites, la justice tranchera, et l’avocate de Jallal a déjà déclaré au sujet d’un soi-disant bizutage qu’il s’agissait d’un "faux débat" (cf http://www.marianne.net/blogsecretdefense/). Certains de mes amis proches connaissaient bien Jallal, qu’ils avaient rencontrés lors de leur échange à Science-Po. Ils sont tout aussi outrés que moi de voir sa mort récupérée pour servir des fins et des débats qui n’ont pas lieu d’être en l’occurrence.

  • Une "activité de tradition" qui se révèle "encadrée par des élèves de deuxième année" et qui consiste à envoyer en pleine nuit des types en treillis et chaussures traverser un étang glauque ne participe donc pas d’un "bizutage" ?
    Vous voilà soudain bien exigeant sur la sémantique.
    Des bullzoders pour raser vos casernes, voilà ce dont ça donne envie.
    Reste la question : qui a éteint les projecteurs ? Et pourquoi des 12 bizuteurs aucun n’a accepté de porter secours à leurs victimes en détresse ?
    Et c’est sur cela que aurons réponse.

  • Saint-Cyr envoie ses chiens de garde mordre au mollet ceux qui osent en parler sans en être. au nom des activités de tradition, et de la transmission des valeurs (bi)séculaires de l’école. deux siècles de trop. une farce grotesque.
    l’armée et ses cadres, voilà ce vison lourdement posé sur les épaules de la nation : inutile et couteux. un luxe dont il faudrait définitivement se débarrasser.
    au nom de la simple décence.

    Voir en ligne : http://www.fibrillations.net/

  • Je me permets d’intervenir après Arnaud car il me semble juste de devoir répondre à ce que vous écrivez. Je ne suis pas un « chien de garde » comme cela a été dit de manière si méprisante. Je suis simplement blessé par tout ce qui a été écrit. De plus, un blog est une place publique qui invite aux échanges. Alors ne soyez pas scandalisé quand des gens viennent contredire vos propos.
    Tenez vous au courant des dernières informations. La justice, la famille (par le voix de son avocat) ont toutes les deux écarté la thèse du bizutage et pointent du doigt un manquement aux règles de sécurité. Cette activité a été, et les journaux l’ont dit à plusieurs reprises, validée par le commandement. Les fautes sont à chercher ailleurs, mais certainement pas sur le plan du bizutage. Suspecter une coupure volontaire des projecteurs me choque. Suspecter les 12 « bizuteurs » (en réalité les personnes qui traversaient l’étang avec la victime, sur volontariat qui est plus est) d’avoir abandonné le sous-lieutenant Hami dans l’eau me choque. Vous descendez tout simplement au niveau de ce que vous dénoncez (avec la mauvaise cible et les mauvaises informations). A l’instar d’Arnaud, je ne peux que vous inviter à consulter plusieurs blogs tenus par des journalistes spécialisés dans les questions de défense (et appartenant à la rédaction de journaux qu’il sera difficile de suspecter de militarisme outrancier…) afin de faire la part des choses.
    Blog Lignes de Défense http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/
    Blog Secret Défense http://www.marianne.net/blogsecretdefense/
    Alors cessez de voir des châteaux en Espagne. Cessez de voir cette affaire à travers le prisme de votre expérience personnelle car elles n’ont rien à voir. Cessez de parler de choses que vous ne connaissez pas. Cette mort nous affecte tous. Ayez au moins la décence d’attendre que l’enquête avance. Je suis triste de voir dans quel mépris vous nous tenez. Vous écrivez « [avoir appris] aussi, contre mes propres préjugés, la diversité des étudiants qu’on accueille ici ». Je constate malheureusement que vos préjugés sont encore à l’œuvre. Non, notre école n’est pas le repaire d’une caste orgueilleuse, raciste et hors du temps. Apprenez à nous connaître avant de nous mépriser.

  • - > Maxime X
    Reste cette mort dont vous êtes responsable, et qui est un gâchis sans nom.
    Probablement une agressivité proportionnelle à votre mauvaise conscience, et que ces pratiques injustifiables et méprisables soient soudain sous éclairage public.
    La décence voudrait que de votre côté on ait au moins le respect du silence.
    Comme votre collègue qui était tout fier d’avoir eu la jambe cassée dans ces pratiques, on dirait que cette mesure de la virilité, même si ça se paye de la mort, ça vous enchante sur le soi-disant prestiqe de votre institution.
    Je commence à recevoir de nombreux témoignages de ce qu’il y a d’un peu moisi sous la façade. Ce n’est pas mon rôle ni ma place d’ouvrir ce débat. Je ne parlais que du point de vue de la vie gâchée d’un jeune étudiant comme ceux que je rencontre chaque année.
    Ne cherchez pas à justifier l’injustifiable.

    Voir en ligne : http://www.tierslivre.net

  • Personne parmi ceux qui commentent votre article ne cherche à justifier la mort de notre camarade, nous refusons tout simplement que vous la puissiez chercher à la rėcupėrer pour en faire la figure de proue de votre antimilitarisme et de vos mauvais souvenirs d’ėcole. Vous mėprisez la boue, les casernes et les militaires, c’est votre droit, en revanche vous n’avez pas celui de juger ceux qui ont choisi cette vie, que savez-vous d’eux, de leurs motivations, de leurs vies, de leurs difficultės et de leurs joies ? Le seul point commun que vous ayez avec Jallal apparait être votre niveau d’ėtudes, et la ressemblance s’arrête là, car lui avait choisi la "boue, la crasse" comme vous dites. La "dėcence voudrait que de votre côté on ait au moins le respect du silence" dites-vous, je pense pouvoir
    affirmer de mon côté que la dėcence voudrait que l’on ne puisse pas s’emparer de la mort d’un de mes camarades pour rėgler ses comptes. Si vous souhaitez faire payer ceux qui vous ont bizuter dans vos jeunes annėes, ayez le courage de vos opinions et prenez-vous en directement à eux. Ne vous servez pas des autres pour justifier vos idėes. Loin d’être un plaidoyer pour notre camarade, votre article (qui parle davantage de vous que de lui d’ailleurs) n’est qu’un reflet de vos opinions tout juste camouflėes par le style employė qui vous sert de bouclier contre les critiques. Avant de parler au nom de notre camarade, vous êtes-vous seulement demandė pourquoi il avait choisi justement cette "crasse" comme vous dites. Pour ma part, je suis certain que mon camarade n’aurait jamais souhaitė que l’on puisse déverser un tel venin sur la vie qu’il avait choisi de faire sienne. Nous avons perdu un camarade, nous en sommes bien plus conscients que vous, alors ne venez plus nous faire la morale alors que vous ne remarquez notre existence que dans les pires moments. "2 siècles de trop" dites-vous monsieur Jean-Marc, et combien de vies donnėes pour ce que vous appelez cette "farce grotesque", par ceux là même que vous dėnigrez du haut de vos grands et beaux services rendus à la société, je n’en doute pas... Ayez le courage, au moins, de nous dire par quel haut sacerdoce nous sommes condamnės avant de le faire... Le "point de vue de la vie gâchée d’un étudiant, vous ne le connaissez pas, parce que vous ne voulez voir que ce qui sert vos opinions et oublier ce qui l’a conduit à faire le choix de servir...

  • Je ne chercherai pas monsieur Bon à justifier la mort de Jallal car il est bien entendu qu’aucune mort à l exercice et plus largement en tant de paix n est justifiable dans nos armées. Cependant, comme tous mes camarades je ne peux vous laisser vous exprimer ainsi au sujet de notre École et de ce qui s’y fait. Vous connaissez si peu de choses à çe sujet tant en ce qui concerne les types de recrutements, la vie quotidienne, le cursus suivi, la population des élèves officiers ou encore nos traditions.
    Je suis moi même issu du même recrutement que Jallal, c est à dire recruté après avoir obtenu un Bac+5 à l’ENA et intégré directement en dernière année de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr. Comme tout saint-cyrien, nous passons par l’apprentissage des traditions de notre école dont nous sommes si fiers et ce quelque soit notre recrutement. Ces activités ne sont en rien dégradantes pour la personne qui les vit, bien au contraire, elles sont l’occasion pour chacun d’entre nous d’apprendre sur l’histoire de nos anciens, de prendre conscience de notre engagement par la lecture de textes et de créer une cohésion indispensable dans l’exercice de notre métier. À aucun moment au cours de ces activités il n’est question d’humilier l’autre. Les nouveaux arrivants sont binomés avec un élève officier de 2eme année dès le debut des activités et ce qui en ressort c’est un veritable lien familial basé sur le respect mutuel et qui perdure dans le temps.
    Enfin, il n’est pas question de challenges à risque mais de soirées dévolues à l’apprentissage de l’histoire des grandes guerres. C’est au cours d’une de celle-ci que le drame s’est produit. Et oui, monsieur Bon, au cours de ces soirées nous marchons dans la boue, traversons des points d’eau et dormons peu ou pas du tout. Mais cela ne diffère pas de notre quotidien en école hors de ces activités tout comme après lorsque nous sommes affectés en unités et que nous effectuons des phases d’entraînement.
    La veritable question est y-a-t-il eu des manquements à la sécurité ? si cela a été le cas ce soir là, il s’agit d’une faute et la justice se chargera d’identifier et de juger les responsables. Ce que vous devez comprendre, c’est que même au nom de la liberté d’expression vous ne pouvez vous exprimer de la sorte au sujet de quelque chose que vous ne maîtrisez pas aussi bien que votre plume. Il s’agit de propos diffamatoires et passibles de poursuites judiciaires.
    Je souhaiterais terminé sur ce qui est pour moi l’essentiel et ce à quoi votre si belle plume aurait du s’attacher, exprimer ma tristesse, mon soutien aux parents et plus largement à toute la famille de Jallal. La Spéciale perd une nouvelle fois un des siens et quoi que vous puissiez en dire, Jallal l’avait choisit, il était désormais l’un de ceux que vous prenez un malin plaisir à juger, dénigrer, salir, humilier. Alors faites preuve d’un minimum de respect à l’égard de ses proches.

  • Cher monsieur Bon,
    Je n’ai pas votre verve et ne me lancerai pas dans un grand discours mais je me pose néanmoins quelques questions.
    Que savez-vous des traditions de St Cyr d’une part et pourquoi dire que Jallal est mort en notre (donc votre) nom d’autre part ?
    J’espère que vous ne vous servez pas de cet événement tragique dont vous ne connaissez pas exactement les causes et le contexte pour en faire un exercice de style et un appel à la polémique...
    Une promotion et une famille sont endeuillées, et je ne pense pas qu’elles souhaitent qu’un "justicier" vienne se mêler à ce drame.

  • le comportement de secte que vous décrivez me semble de plus en plus hallucinant : c’est au nom de cela qu’on inflige la mort ?
    je ne peux que maintenir mes questions et ma colère à ce gâchis – très flatté que vous souhaitiez à tout prix la justifier sur mon site, mais à vous lire on est vraiment éberlué

  • il y a quelque chose que les (pauvres) civils invétérés que nous sommes ne comprendront jamais : c’est que la tradition, à l’armée, c’est juste de mourir (à l’armée, mourir c’est juste d’ailleurs) (si possible pour la bonne cause- là il y a juste une bavure : personne n’est responsable, personne et surtout pas l’indiscutable muette). Chacun son heure, les conditions importent peu. Je vais me procurer le livre de Claude Weber (PUR, 20 euros), ça a l’air pas mal. Eberlué ? Oui, moi aussi : incroyable mais ça n’a pas l’air d’être des trolls pourtant (tiens je mets une image de sur le bureau, elle est belle : ça nous changera de ce qui est arrivé)

    Voir en ligne : http://pendantleweekend.net

  • Il faut croire que cet article a visé juste, puisqu’il a entraîné des réactions aussi véhémentes...

  • L’armée c’est l’école du meurtre, certainement pas une école humaniste qui ferait dans l’humanitaire (Le coup des Casques bleus, vaste plaisanterie). Qu’un soldat soit mort noyé, et alors ? C’est une statistique, rien d’autre.

  • Après s’être reniflés le derrière, les chiens se sont lancés flairant une piste. Une odeur inconnue les agitent. Ils grognent, ils aboient. Oui, la troupe veut accomplir sa mue et devenir une meute.
    C’est alors qu’ ils chassent l’humanité s’en prenant à un homme.
    Ils ont choisis leur camp et leur symbole le même que celui d’un Longuet avec son bras d’honneur à toute l’Algérie.
    Merci et surtout continuez si bien nommé François Bon. Indignez-vous, indignons-nous !

  • A lire dans le point cet interview de l’avocate de la famille de Jallal Hami, qui confirme son excellence de niveau d’étude, le master relations internationales de Sciences Po, et revient avec précision sur la notion de bizutage. A ce stade je n’ai donc rien à corriger à mon billet ci-dessus, ces pratiques d’un autre temps me sembles encore plus révoltantes après la rhétorique douceâtre des envoyés de St Cyr qui sont venus s’exprimer ci-dessus (maintenant, ils s’exprimeront chez eux).
    Voici l’URL pour cet entretien intégral dans Le Point : Qui était le sous-lieutenant Jallal Hami
    DÉBUT DE CITATION
    Comment, à votre connaissance, se situait-il à Saint-Cyr ?
    Ça se passait plutôt bien pour lui, mais il avait dit à son frère qu’il sentait une petite différence entre lui et les autres. Parfois, on le lui faisait un peu comprendre. Peut-être aussi y avait-il un peu de jalousie, due au fait qu’il était entré directement en troisième et dernière année de Saint-Cyr, ce qui est quand même assez rare ! Mais c’était en relation avec son niveau d’études. Il avait obtenu à Sciences Po un master de relations internationales. Il voulait s’engager au service de la France. Il avait une vraie vocation militaire.
    Sur le fond de l’affaire, savez-vous dans quelles conditions il s’est noyé ?
    Ce dont nous sommes persuadés, avec sa famille, c’est que des manquements aux règles de sécurité et de prudence se sont produits durant cet exercice. L’encadrement, assuré par des élèves et non par la hiérarchie, pourrait ne pas avoir respecté certaines règles élémentaires. Je ne sais pas si le bateau de sécurité qui doit être présent en cas de franchissement nautique se trouvait bien sur place. La seule chose que l’enquête confirme à ce stade, c’est la nature de l’encadrement.
    S’est-il agi d’un "bizutage" qui a mal tourné ?
    Le mot bizutage recouvre deux notions complètement différentes. Stricto sensu, il s’agit d’une mise à l’épreuve ou de brimades dans un cadre initiatique et pédagogique. Si l’on retient cette définition, bien sûr qu’il y a bizutage. Mais pour que le délit de bizutage soit constitué, il faut des actes humiliants et dégradants. Dans la mort de Jallal Hami, on ne peut pas prétendre qu’il y a bizutage au sens pénal, car rien aujourd’hui ne vient dire que des actes dégradants auraient été commis durant cette soirée. Mise à l’épreuve, oui. Humiliation, non. Ces soirées sont tellement réglementées qu’elles font partie du programme d’instruction, même si elles ne sont pas notées. La hiérarchie militaire est complètement intégrée à leur organisation. C’est d’autant plus choquant !
    FIN DE CITATION
    Mon plein soutien, assorti bien sûr de condoléances d’autant plus enragées que ce que revendiquent les militaires comme activité de traditions participait de la plus abjecte gratuité, à la famille de JH, et sa légitime volonté de justice dans cette affaire.

  • Quelle agressivité superficielle et mal renseignée dans ces commentaires... C’est effrayant. Toute cela sent l’idéologie à plein nez.
    Un jeune élève-officier est mort noyé, c’est un drame. Saluons la douleur de sa famille, d’autant plus qu’il s’agit visiblement d’une famille honorable, pour avoir enfanté d’un tel dévouement patriotique.
    Ensuite, qu’il se soit appelé Jallal Hami plutôt que Pierre Dupont ne change rien. Ces activités de bahutage (=bizutage) sont rigoureusement programmées. Elles sont indispensables à l’intégration des jeunes arrivants. Une promotion se soude dans la sueur et l’effort, sous peine de produire de petits fonctionnaires de la défense inaptes à l’action.
    Ces rites initiatiques fonctionnent très bien, ceux qui y sont passés sont unanimes à reconnaître qu’ils forgent un vraie promotion, capable d’affronter la combat au coude-à-coude.
    Mais qu’en savent les employés à col blanc abonnés aux 35h dans leurs bureaux climatisés, prompts à parler de tout, surtout ce qu’ils ignorent ?
    Laissez maintenant ce jeune homme où il est, et sa famille à sa douleur, moins verbeuse que la vôtre. Les grandes douleurs sont muettes.

  • Je ne parviens pas à comprendre dans le texte du billet, ou dans les commentaires, où se situerait le distinguo entre "Jallal Hami" et "Pierre Dupont", sauf à lire le commentaire de Chamborant... Des choses m’échappent, probablement.

  • J’ai rarement éprouvé autant de respect, d’admiration et d’affection que pour Jallal qui était un garçon extraordinaire, un ami. C’est une perte immense, un tel gâchis.
    Ces activités "de tradition" n’ont pas été encadrées, les règles de sécurité les plus basiques ont été ignorées, comme l’a confirmé le procureur de la République de Vannes, Thierry Phelippeau. C’est une honte pour l’armée et j’espère que la justice pourra faire son travail en toute indépendance. Nous ne vivons plus au Moyen-Age, il est temps de changer de mentalité et d’instaurer un climat de respect, même lors des "passations de traditions".
    Merci pour cet article qui lui rend hommage une dernière fois. Nous l’aimions tous tellement. C’est insupportable.

  • Je demanderais aux camarades de promotion de Jallal de ne pas ajouter de commentaires supplémentaires car la justice décidera des responsables.