[11] des danses nouvelles s’organisaient

de Proust et Kafka dansant ensemble dans ce film de Federico Fellini


 

Federico Fellini est un grand artiste, un immense inventeur dans son propre art. Peut-être même d’ailleurs n’est-il pas un cinéaste, cela le condamnerait à rester prisonnier d’une technique, d’un art conditionné par les lois de l’optique et du spectacle. On peut considérer que ce qui rend Federico Fellini un artiste immense, c’est d’avoir été écrivain, d’avoir trouvé la grandeur et l’épopée et le tragique de sa littérature avec les moyens du cinéma. Il n’y a aucun doute que Federico Fellini comme tant et tant d’autres, à commencer par son ami Visconti, se sont gobergés de Proust. Ont fait comme nous tous : l’ont lu puis relu, et scruté sérieusement. Il n’y aurait rien d’invention pour quelqu’un n’a pas solidement travaillé son Proust, comme Proust et Kafka et Faulkner avaient travaillé leur Tolstoï et leur Dostoïevski, et eux plus Tolstoï et Dostoïevski leur Dickens et leur Balzac, ainsi de suite. Laissons Saint-Simon : de tous ceux ici évoqués seuls Marcel Proust (et même pas Fellini, très peu probable), ont travaillé leur Saint-Simon. Seulement voilà : rien à dire à l’évidence proustienne d’un film comme 8 1/2, sans parler des autres. Mais que dans un de ses films – en couleur, de plus – se permette de faire danser, et là comme ça, dans la rue, Proust avec Kafka, voilà qui est seulement du mensonge. Proust et Kafka n’ont jamais dansé ensemble. Il est même quasi certain, compte tenu de la crise de furoncles qui se saisit de lui à peine leur séjour commencé et le force à rentrer à Prague bien avant ses copains Max Brod et l’autre (je vérifierai le nom de l’autre), Franz Kafka ait seulement pu croiser Marcel Proust. Se seraient-ils croisés, a déclaré plus tard Edward Hopper qui était lui aussi à Paris au moment du séjour à Paris de Franz Kafka et avait le même âge, soit dix ans de moins que Marcel Proust, ils ne se seraient probablement pas parlé – ce qui est une hypothèse très pertinente, comme la plupart des notes de ce peintre. En tout état de cause, pour ce qui est de danser ensemble, jamais. Federico Fellini a tout inventé, peut-être même d’ailleurs ce ne sont que des sosies, dans son film – ô l’art pauvre du cinéma.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne 18 novembre 2012 et dernière modification le 16 février 2013
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