Une traversée de Buffalo | régularité des blocs

on y logeait maintenant les vieilles personnes, et on avait gardé la tour pour l’exemple


 

C’était la ville d’autrefois, la ville avant qu’on invente tout cela, qui est notre ville. Parce qu’on n’était pas habitué à l’échelle. Parce qu’on naissait de communautés minuscules. Parce qu’on s’imaginait que c’était important, cette proximité, ces visages récurrents, et qu’était désagréable, au contraire, le sentiment d’être nomade, ou que surgissent des traits non définis, non pas connus. On prétextait d’autres avantages : pas besoin de voitures, ou pas beaucoup. Stabilité des êtres et des choses, les améliorations à la maison, les services entre voisins. Ici, la carte montre la transition : on avait réservé, tous les dix blocs, une section particulière qu’on voulait ouverte. On s’y garait. On y disposait d’une tour avec vue panoramique sur le reste de la ville, les autres tours, les autres blocs. On pouvait y recevoir, s’y rassembler. Le plan de la ville réconfortait, dans la régularité des blocs, leurs frontières si nettes. Dans un second temps, on avait trouvé monotone cette régularité des tours. Et, quoi qu’on fasse, les blocs se révélaient instables : les loyers n’y étaient pas chers, les occupants peut-être timides. De nouveaux arrivants s’installaient là, et quoi de plus facile qu’installer leurs trafics : ils passaient de façon invisible de bloc à bloc, et l’enfermement de chaque bloc sur lui-même les protégeait eux. Alors on était intervenu. Il reste, dans le quartier sud, quelques zones de l’ancienne régularité. On contrôle, on y loge plutôt de vieilles personnes.

 

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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 12 mai 2010
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