la Terre est morte à Buffalo | chacun son chez soi

tout était facile sauf quand ils vous expliquaient le chemin


Où est ta maison ? Reconnais-tu ta maison de toutes les maisons ? As-tu quelque part dans la ville ou sur l’ensemble de la terre un lieu dont tu puisses dire : ceci est ma maison, ceci est l’endroit où je suis sur terre ? On habite. On sait décliner la totalité des usages du verbe habiter, les livres nous l’ont appris. On ne sait pas combien de livres il reste, dans les maisons d’aujourd’hui. On ne sait pas ce qu’ils font de leurs soirs, dans les maisons de la ville. Et quand tu dis à un ami le chemin pour rejoindre ta maison, tu le lui expliques comment, tu le lui dessines, tu griffonnes un schéma, tu donnes simplement la rue et le numéro, à lui de se débrouiller ? Le chemin que tu fais si facilement, pour retrouver ta maison, tu crois qu’il est facile pour un autre, ou bien c’est simplement cela, la ville, vivre ensemble, raclés à égalité sur le sol nu de la terre. J’avais vu ces jours-ci le schéma du tissu pulmonaire : quand on le déplie, pas moins de 200 mètres carrés qu’on porte chacun, dans la frêle cage des os. Ces rues qui irriguent nos maisons leur ressemblent, aux alvéoles qui poussent l’oxygène jusqu’à la paroi qui l’absorbe. Qu’absorbent de nous nos maisons, de cet oxygène qu’est la ville ? On était si pareil. Tu roules en voiture, tu regardes les rideaux, aux cuisines, les objets, aux balcons, les pots de plantes vertes, devant les salons. Les télévisions seules savent le secret, qui les bercent ensemble. Tu habites là, c’est chez toi et c’est pareil : c’est chez toi mais en as-tu fait la liste, de ce qui prouve que c’est chez toi ?

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 5 mai 2010
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