point cession publie.net

céder l’activité édition numérique pour se recentrer sur perspectives web – point d’info pour les auteurs, abonnés et nos partenaires professionnels


A mon habitude, je mène ici une réflexion à voix haute sur une situation non figée.

Je tiens en amont à confirmer :
- tout le prochain semestre, et même en recentrant sur classiques et traductions pour maintenir ma capacité à autofinancer, le projet publie.net continue et les abonnés disposeront des 2 mises en ligne hebdo habituelles, du moins tant que je pourrai maintenir le minimum de rémunération de l’équipe ;
- aucune crise, et immense confiance à l’équipe pour ce projet, c’est juste que le livre numérique est pour moi une histoire au passé dans ses enjeux de création – le projet publie.net est certainement viable, mais il faut d’autres pistes et élargissements, beaucoup d’implication commerciale et gestionnaire aussi qui ne sont pas mon projet de vie ; d’autre part, comme toute micro-entreprise d’un domaine neuf, garder sa capacité de réaction et création : ce qui s’amorce aujourd’hui côté lecture web-édition me paraît un projet aussi excitant que la création de remue.net en 2000 et publie.net en 2008 ;
- le projet de cession de l’activité édition numérique à l’équipe implique que les repreneurs auront pleine maîtrise de leur ligne éditoriale, contrats etc, et choix de leurs responsables de collection, si je recentre mon activité vers le web je resterai en tant qu’auteur (et traducteur) partie prenante de l’aventure (s’ils veulent bien)
- le besoin pour moi, après 5 ans, de me consacrer exclusivement à mes textes, mon site, hors nerval.fr dont je souhaite dès cette fin de mois accroître le développement.

Les questions développées ci-dessous parce qu’elles débordent le seul cas publie.net mais valent probablement pour nombre de nos co-aventuriers.

FB

 

1 | c’est décidé


Je confirme ma décision de me séparer de l’activité d’édition numérique lancée en janvier 2008 sous le nom publie.net, pour mieux me concentrer sur mes activités web personnelles et le mag fiction nerval.fr, donc hors du livre numérique. Décision pas facile à prendre, compte tenu d’un chiffre d’affaire qui a constamment progressé, et de l’expérience publie.papier encore très jeune, mais tout cela restant sous le plafond minimum pour assurer viabilité aux tâches lourdes de gestion et minimum de rémunérations.

 

2 | les raisons :


Quelques raisons en vrac pour une réorientation web

  • Pas de possibilité de mener une telle entreprise, même modeste, sans en accepter la technicité inhérente, donc rétribuer les gens aptes à y répondre, et cela via une structure économique (en l’occurrence, publie.net eurl) qui elle-même nécessite des frais de structure fixe, donc un minimum de résultats en termes de vente et abonnements que nous frôlons sans l’atteindre. Logique de plafond de verre qui est en large partie indépendante de notre catalogue, et là je ne suis plus en mesure de rétribuer les personnes qui m’ont aidé dans cette tâche.
  • L’idée d’un outil mutualisé que j’avais souhaité au départ ne s’est révélée possible qu’avec le petit noyau des auteurs les plus impliqués. Pas possible de reconduire les schémas verticaux de l’édition traditionnelle, ce noyau mutualité proposé aux auteurs impose qu’ils prennent leur place dans tout l’écosystème de préparation et diffusion, je n’ai pas réussi à faire passer ça.
  • Un contexte qui reste extrêmement dur : on fait le même boulot que les Américains, on a un taux de vente et de diffusion meilleur qu’eux, puisque axé sur la création, mais le bassin récepteur chez eux est 10 fois plus grand – là où il nous faudrait le double de diffusion pour tenir, on ne passe pas l’obstacle.
  • Un contexte qui reste extrêmement dur : malgré notre principe dès 2008 de privilégier une diffusion par les libraires indépendants, hors ePagine c’est resté lettre morte, contexte où tout le marché du livre numérique est d’ores et déjà vassalisé par les trois principaux acteurs. On n’a pas été suivi, ni côté auteurs ni côté libraires, dans notre proposition de mise à disposition numérique de ressources liées à littérature de création, dans le respect de l’ancien écosystème, et grande rage à constater la confiance et l’appui d’un fort noyau de bibliothèques abonnées, mais là aussi pas réussi à faire évoluer ce noyau en 5 ans – si les éditeurs SNE ou hors SNE nous avaient suivi par exemple dans l’idée de mise à disposition de ressources numériques aux bibliothèques, au lieu d’y mettre des barbelés, le bassin de respiration et survie de publie.net serait bien plus large.
  • Un contexte qui reste extrêmement dur : se maintient la politique du dos contre la porte des principaux acteurs de l’édition ou de ce qu’on nommait autrefois chaîne du livre ; la commission numérique du SNE aux mains de Gallimard et Editis, présents dans toutes les commissions de lobbying (voir les 3 ans qu’a mis la CLIL pour un système de métadonnées un peu pertinent, du coup trop tard par rapport à la domination BISAC), y compris au CNL où ce petit monde s’attribue à lui-même près de 6 millions d’euros par an d’aide à la numérisation (quitte à quelques cadavres dans le placard, n’est-ce pas), dont seulement une partie est commercialisée et vient nourrir l’offre globale, et à un prix toujours soigneusement au-dessus du prix du poche, ce qui est une aberration. Accessoirement, cette main-mise des éditeurs SNE sur tout ce qui concernait la mutation numérique a conduit à rejeter un peu plus sur la touche (je rappelle que les 8 premiers éditeurs doivent assurer 70% du chiffre d’affaire global du livre, et les 1000 derniers éditeurs environ 2% de ce chiffre) les « petits » éditeurs qui font pourtant le coeur vivant de la création : qu’ils se soient laissé faire et soient aujourd’hui complètement out, de leur propre gré, dans la transition numérique, est un des éléments qui me stupéfie le plus.
  • Je ne crois pas que nous nous soyons trompés sur le concept. Notre dispositif était viable moyennant un large catalogue, assurant et compensant une diffusion de niche pour les titres pris individuellement. La reconnaissance symbolique de l’édition numérique n’ayant pas progressé, nous n’avons pas eu accès côté auteurs à ce qu’ils se saisissent plus massivement de l’outil mutualisé, pour en faire leur propre laboratoire d’investigation numérique – aucune amertume, j’en prends seulement acte et reviens à mon propre labo, d’ailleurs transformé et renforcé.
  • Enfin, cette reconnaissance symbolique d’un travail exigeant d’édition numérique : en 5 ans, vous avez tous constaté le boycott actif (quelques exceptions, dont je retiens celle de Livres Hebdo et de l’Express Livres, ou Alain Veinstein à France Culture, merci à eux) de l’ensemble de la presse, pas de taille à renverser ces murs-là, alors autant aller sur les territoires où souffle le vent neuf, que s’obstiner dans les vieux couloirs... On n’y perd rien : ce dont parlent les gens, c’est du web, pas d’eux – mais pour faire exister notre collection papier + epub, on ne peut pas faire sans eux.

 

3 | quelle claque ces 5 ans


Rien moins qu’un échec, parce que dans ces 5 ans on a énormément appris, non seulement on a accompagné l’évolution des codes epub pour l’ergonomie du livre numérique, mais on a toujours été aux avant-postes pour discuter avec les fabricants et diffuseurs des bugs et insuffisances – toutefois là aussi on est dans un contexte de régression : la diffusion sur tablette et liseuse se fait sur un « plus petit commun dénominateur » qui confère une prime à la prose de consommation, dûment chapitrée et formatée

Rien moins qu’un échec, parce qu’on a su se greffer – via Hachette pour le papier comme via Immateriel-fr pour le numérique – sur une révolution de fond, et tout juste commençante, de l’industrie du livre : la fabrication à l’unité, directement livrée au libraire, et pour nous incluant de plus le code d’accès à la version numérique dans le livre – bien sûr ce savoir on ne l’abandonnera pas au coin de la rue, quitte à travailler ces questions de POD en partenariat avec structures d’édition existantes plutôt qu’en maison d’édition solo. On verra bien. Immenses doutes personnels : aucun regret à avoir été là, puisque c’est un des noeuds névralgiques décisifs de ce qui se transforme actuellement dans l’industrie du livre, mais pour ma part j’ai basculé intérieurement : la lecture numérique l’emporte de si loin sur la lecture papier, je n’ai peut-être pas la ressource profonde en moi pour m’atteler à cette tâche de force et de patience.

Rien moins qu’un échec, parce que tout ce que nous avons appris dans la conception de ces objets clos, dits livre numérique, leur version imprimée incluse, est un savoir qui a profondément influé notre conception des outils web, et transférable à l’ergonomie de la lecture web. Savoir coder un epub, le lier à ses métadonnées, c’est savoir coder une page web de lecture dense (pas sûr de la réciproque). L’enjeu pour moi, c’est de prendre pied de cet autre côté en économie beaucoup plus légère que ce qu’imposent les flux édition.

Fierté d’avoir été, grâce à notre partenaire dès le début, Immateriel-fr, les premiers à proposer un mode de lecture via abonnement global, ainsi que la mise à disposition de nos ressources aux bibliothèques, dès 2009, fierté d’avoir été les premiers présents sur les librairies numériques d’ITunes et d’Amazon dès leur lancement en France. Mais là aussi, contexte qui change radicalement, notamment via les outils très performants d’auto-édition, et le paradoxe étant que la qualité même d’outils comme l’iPad Mini ou le Kindle Fire nous permet d’atteindre à la qualité et la complexité du livre directement depuis les navigateurs embarqués. Et, pour la lecture web, pas besoin d’en passer par le filtre d’une librairie en ligne ou d’une application tierce : l’enjeu d’avancer avec les ressources littérature de création directement sur le web, parce qu’on y est déjà.

 

4 | A devient B qui donne A à C


Mon EURL actuellement baptisée publienet eurl va changer de nom, et limiter son activité à Tiers Livre (ce site), et au magazine fiction en ligne nerval.fr, que je voudrais développer avec le même élan que les premières années publie.net (y compris via partenariat avec publie.net, en cas de reprise, pour édition trimestrielle sous forme de livre numérique). L’EURL rebaptisée pourra donc céder à repreneur le nom publie.net et les noms de domaine associés, ainsi que ses différents actifs, dont le catalogue (énorme travail de l’équipe, et notamment Roxane Lecomte, pour mise à niveau et reprise dans les normes les plus serrées) domaine public, et la base clients et abonnements.

Pour assurer la continuité de l’expérience et son développement, il faut l’ouvrir sur des bases différentes, ce que nous avons amorcé en redéployant nos collections publie.noir, publie.monde, « reprint », archeoSF etc. Ce redéploiement m’éloigne de mon domaine premier, c’est là que je passe le relais. Gwen Català coordonne la création d’une SAS (société par action, système très souple et évolutif), à laquelle il va falloir des moyens – même si ce n’est pas à moi d’en informer, les auteurs qui souhaitent participer à ce projet et y prendre des parts sont priés de prendre contact avec Gwen, il y a besoin d’un capital départ, et d’une relation éditeur-auteurs fondée dès ce noyau de la SAS, énergie qui me manque (ou bien trop de blessures) pour entreprendre en leur place.

Si ce projet de reprise se finalise (je répète : pas à moi d’en informer), il aura bien sûr la priorité pour cette cession, et je prendrai part moi-même à la nouvelle SAS, un parmi les autres. Il manque cependant au dispositif le rouage d’une force marketing et gestion, là aussi ç’aurait été la prochaine étape, mais c’est trop loin de mes compétences et affinités.

Donc : 1, la nouvelle SAS est ouverte à proposition de partenaires extérieurs, et 2 : rien n’étant actuellement concrétisé ni bouclé, aucune proposition concrète et juridique de reprise ne m’ayant encore été présentée, même s’il y a le temps je suis moi-même ouvert à tout contact et discussion avec partenaire extérieur sur cette cession de la partie édition numérique, ma seule demande en ce cas sera que soient associés à nos échanges l’équipe, dont je considère l’apport indissociable de mon propre travail dans la constitution du catalogue actuel.

 

5 | comment ça se présente


La transition se fera dans le respect maximum dû aux auteurs d’une part, aux lecteurs d’autre part :

  • mise en place d’un nouveau contrat avec l’équipe repreneur ;
  • continuité de la mise à dispo pendant un an pour les abonnés particulier et bibliothèques via la plateforme Immatériel-fr ;
  • une bonne part de nos abonnés bibliothèques renouvelant leur contrat en fin d’année civile, information sera donnée bien en amont ;
  • prolongation jusqu’au terme fixé (décembre 2013) de l’opération #100bibs50epubs menée avec le CNL.

La transition se fera par les auteurs, parce que c’est eux qui ont créé l’image et la richesse de publie.net, le catalogue de haute tenue que nous avons texte à texte dressé ensemble :

  • si publie.net a connu une phase euphorique avec 10 000 téléchargements en 2010, 20 000 en 2011, 40 000 en 2012, il s’agissait principalement des textes de domaine public, dans une phase où l’offre était globalement restreinte – l’année 2013 sera une très forte régression dans ces résultats, régression due à nombre de facteurs, inaction libraires et domination Amazon renforcée (heureusement qu’ils sont là), transfert de nos résultats téléchargement vers nos accès abonnés (sans regret, parce que ce mode de lecture me semble vraiment un des changements essentiels que nous avons initié), et dès lors qu’on est dans un dispositif économique, nécessité de réagir rapidement : publie.net est viable, mais à condition de s’engager résolument dans cette économie de l’édition et ça c’est pas mon truc ;
  • je n’ai pas su briser ces cloisons de verre, qui ont constamment limité à un résultat homéopathique, sauf exception (quelques polars, et mes propres textes aussi) nos résultats de téléchargement ;
  • dans mon esprit d’un outil mutualisé, c’est l’outil que je remets à la communauté, à vous, auteurs, de définir votre rôle par rapport à l’équipe repreneur, aucune obligation bien sûr. Par contre, et d’autant plus après des attaques ce dernier printemps qui ont vraiment été douloureuses, besoin pour moi de me réancrer fortement dans mon travail perso, chacun l’acceptera j’espère. Conscience qu’une partie de ces attaques, ou la névrose qui les a induites, était due à ce paradoxe d’une énorme visibilité web de publie.net alors même que nos propres auteurs pratiquent si peu la lecture liseuse ;
  • et corollaire d’un message très clair aux auteurs : mon retrait, c’est pour que vous preniez la place, on ne peut pas avancer sans vous ou à votre place ;
  • les comptes auteurs établis dans le détail exercice par exercice ont été dressés ce dernier mois de juillet, la phase à venir de ventes résiduelles permettra d’honorer ces comptes, les auteurs ayant déclenché des ventes conséquentes ayant bien sûr été payés à mesure – ce sera mon dernier chantier pour clôture de l’activité édition en décembre, que ce soit sous forme repreneur (publie.net continue sa vie sous nouvelle entité) ou cessation d’activité de mon côté pour la partie édition.

Enfin, j’avais exposé ici au printemps dernier un projet que j’avais nommé web-édition pour un autre volet de service mutualisé aux auteurs envisageable pour publie.net :

  • la mise en place sur les sites partenaires d’un dispositif de soutien financier via abonnement spécifique, reversé à 70% au site ;
  • l’aide technique pour mise en place d’un script délimitant au choix instantané de l’auteur partenaire quelle ressources (ou aucune ressource) il réserve à l’accès premium ;
  • la contrepartie d’un accès premium à son site aux abonnés de publie.net / global, et par contre la mise en valeur des ressources et sites associés via publie.net, chacun ayant dans son site des masses de séries ou travaux qui y deviennent progressivement invisible ;
  • je continue (avec l’appui décisif d’Immatériel-fr) à développer ce projet. En cas de cession de l’activité édition numérique et du nom publie.net, la clause de non-concurrence portera sur le livre numérique, mais non sur la web-édition qui reste un projet personnel beaucoup plus près d’un travail d’agence, dans une période où la question du référencement et de la technicité des blogs va devenir un enjeu de plus en plus décisif ;
  • dans la phase actuelle de cette partie du projet, c’est Tiers Livre et nerval.fr qui en seront le laboratoire, besoin de revenir à la pratique du kayak de mer en solo plutôt que du caboteur en équipage, mais ça restera potentiellement un des coeurs de projet de l’EURL rebaptisée.

 

6 | « déjà au-delà du livre numérique ? »


« Already beyond the e-book age » : ce sera le titre de mon intervention, fin octobre, au colloque Reading & thinking de l’université de Berkeley :

  • nous n’avons cessé de voir se réduire l’ergonomie de la lecture sur liseuse (ou tablette) au format epub et la lecture sur navigateur ;
  • la navigateur, reconfigurant l’ergonomie des pages en fonction de l’appareil, devient la matérialité du livre lui-même ;
  • de plus en plus de plug-ins et d’applications comme le « Send to Kindle » ou le « Send to Readmill » (ou le bouton « LECTEUR » de Safari sur iPad/iPad Mini/iPhone) etc permettent de transférer un texte web sur liseuse pour lecture avec ergonomie livre ;
  • la littérature de tout temps s’est développée à l’intersection des usages privés d’écriture et des usages de documentation, représentation, imaginaire du monde, ce qu’on nomme lecture, cette intersection nous la jouons tous aujourd’hui au quotidien dans notre usage du web ;
  • la responsabilité nôtre n’est pas d’assurer la survie particulière d’un état (ou écosystème) marchand, mais d’assurer là où sont les usages la présence et la reconnaissance de ce que nous devons à la littérature : le but n’est pas d’installer Rimbaud sur Amazon ou iTunes, mais bien de faire que nos étudiants viennent s’y confronter, ou découvrent, au-delà ou à travers les blogs, des étages de création dense, réflexive, définissant et inventant l’imaginaire du présent ;
  • le livre numérique en tant qu’objet intellectuel est désormais sous une forme stable, qui ne se préoccupe plus que de prix, réglementation, piratage, lois – quitte à d’immenses gâchis étatiques comme ReLIRE ou auparavant 1001Libraires. Braqués sur le lobbying des acteurs de l’ancien écosystème, ni l’État ni les Centres régionaux du livre, sauf 3 ou 4 exceptions, n’ont voulu embrayer sur la transition numérique de l’écrit, ou la soutenir comme quelques proches voisins. Des prodiges d’informatique sont convoqués pour la seule gloire de la littérature de gare et les best-sellers pré-vendus, on ne parle que de marché et meilleures ventes, j’ai un peu perdu le goût du dialogue avec les acteurs de cet univers, probablement à tort – je m’intéresse peu aux contes de fée de l’épicerie en gros. Ce n’est pas dans cette transposition sur support numérique des usages marchands de l’édition traditionnelle que sont les enjeux culturels aigus du présent.

 

7 | les chantiers ?


  • Travailler encore et toujours sur les requêtes floues, sur comment le web, malgré l’écrasement des plateformes marchandes, des vendeurs de pacotille, des fournisseurs d’accès seulement assoiffés de leur rente, peut proposer, et au premier rang des résultats de l’algorithme, un contenu subversif, un contenu exigeant.
  • Travailler encore et toujours les contenus eux-mêmes, la relecture, le partage d’auteur à auteur pour avancer dans des objets-langue selon la tradition qui a fait en France la NRF il y a un siècle, Tel Quel ou Change ou Digraphe ou Minuit ou bien d’autres, désormais avalés et muets dans l’histoire du papier.
  • En appeler encore et toujours aux auteurs, même ceux qui n’ont jamais voulu entendre, ou se disent que l’an prochain il sera encore temps : on n’a pas progressé, sinon avec les générations émergentes, dans l’appropriation de l’identité numérique, la présence de l’atelier d’auteur sur le web, l’appropriation (et le détournement s’il faut) des outils réseau comme Facebook et Twitter. Si l’éditeur était le maillon premier de la présence publique d’un auteur, avant de penser auto-publication c’est ce maillon de la présence web de l’auteur et de la maîtrise de son identité numérique sur quoi massivement on n’a pas su emporter le morceau.
  • Sans aucune amertume, juste comme une pièce particulière sur le damier du jeu d’échec, je crois qu’une des raisons du plafond de verre qu’on n’a pas brisé sur publie.net c’est le nombre beaucoup trop restreint des auteurs « papier » qui ont bien voulu participer avec nous à l’expérience – on aurait pu avoir une figure de transition, je crains (mais bon, moi ça va, j’ai ma bouée) qu’on soit déjà entré désormais dans une phase de superposition, une génération remplaçant l’autre, pour ceux qui ont loupé l’entrée en web, ne serait-ce que par une présence Facebook régulière et créative.

 

8 | pour moi ça va merci...


De mon côté, reste :

  • une vraie curiosité quant à l’objet que constitue ce site Tiers Livre, qui me requiert désormais comme activité principale (chacun de mes livres, depuis plusieurs années, est né depuis le site, et y reste inclus comme partie du site) : non pas magazine, mais intégrant aussi un flux lié à l’actualité, et aux conditions de parution régulière ; non pas un journal parallèle à mon travail d’auteur, mais ce travail lui-même, incluant tout aussi bien cette fonction journal ; non plus auteur d’un livre après un autre, mais se transférer progressivement soi-même dans l’écriture d’une base de données avec ses multiples arborescences, y compris ces objets clos qu’on appelle livres. Ajouter une fonction essentielle de partage : parce qu’un tel site exige des moyens de production, comme un livre ou un disque, les services de CloudFlare, TypeKit ou OVH, les logiciels pour le gérer, et qu’en contrepartie des ressources (pour ma part, l’expérience des ateliers d’écriture, par exemple) peuvent être considérées comme ayant nécessité élaboration, maturation, et servir de base d’échange. Chaque blogueur sait bien que le travail sur le site lui-même, ergonomie et navigation, polices, adaptabilité aux différents supports, graphismes css, requiert autant d’attention que les billets eux-mêmes (c’est ce travail de formation qu’à part Livre au Centre je n’ai jamais vu aucun Centre régional du livre ou master édition entreprendre vraiment, et sur quoi je compte aussi travailler avec le pôle écriture créative que nous lançons à l’École nationale supérieure d’arts de Paris/Cergy, à partir de septembre).
  • Corollaire : quand la mode devient celle des machines à financer via le CrowFunding, qui financent surtout d’ailleurs KissKiss leur propre plateforme, l’idée qu’on puisse créer autour d’un site un privilège d’usager, un degré plus resserré du partage ou de l’échange, et que je le sollicite pour le mien comme j’y participe pour d’autres : publie.net ayant par exemple assuré l’hébergement et la diffusion de l’incroyable réalisation numérique de la revue D’Ici Là, 10ème numéro paré à venir, d’autres expériences se multiplient dans cette direction (Meydan|la Place, Urbains), et pour chacune les filtres mis en place par iBooks pour la diffusion iPad (sans parler des autres tablettes à la ramasse), sont désormais trop normatifs et imposent aussi une solution de type web-livre ou livre-site, ainsi d’ailleurs qu’une prise en charge éditoriale autonome, même si ces premières années d’une bonne diffusion domaine public nous ont permis un rôle d’appui et soutien.
  • Irriguer, toujours irriguer : mon premier décrochage d’avec l’édition numérique s’est fait l’an dernier quand j’ai voulu lancer une collection de textes brefs, que j’avais intitulée « Ouvrez » (lire les reprises Bourrion, Ponti, Séné, Dujardin sur nerval.fr). Textes infiniment audacieux et surprenants, mais dont la mise à disposition via les librairies numériques n’induisaient que 5 à 20 téléchargements, alors qu’il nous fallait pour chacun une dizaine d’heures de préparation, plus la gestion afférente. L’enjeu : sortir les textes, la recherche et l’invention contemporaine, de l’asservissement à la distribution héritée ou transposée de l’écosystème papier. J’ai pris modèle sur les mags fiction US pour une plateforme que je souhaite faire évoluer vers la meilleure ergonomie possible de lecture, où la lecture web et la lecture livre s’équivalent : sur 50 auteurs déjà accueillis sur nerval.fr, 30 m’étaient inconnus il y a 3 mois, c’est par là que je souhaite aller, parce qu’un tel site appelle de lui-même une circulation internationale, qu’on peut inventer des partenariats, des échanges de traduction, un repérage symbolique de l’auteur, renvoyant sans appropriation à sa propre démarche, son site ou blog, l’échange direct via son adresse réseau etc...

 

9 | à suivre


Réflexion en cours donc, mais que je tiens à prolonger à ciel ouvert, comme j’ai toujours fait pour mes différentes expériences web, remue.net créé en 2000 et les clés remises à son équipe en 2005, et le volet édition numérique de publie.net dont je n’ai plus la possibilité matérielle de m’occuper comme il faudrait, parce que l’expérience est en place, qu’elle doit se développer sur des bases impliquant une échelle beaucoup plus lourde de marketing et de gestion qui ne sont pas mon projet de vie, et la volonté de continuer sur ce site et sur le mag de la même façon que pendant 3 ans, avant relais progressif par l’équipe, j’ai mis en place publie.net.

 

10 | merci


Un grand merci à tous, auteurs, abonnés, lecteurs – et bien sûr immense, immense souhait que se concrétise projet de reprise et continuité, élargissement, développement.

Seulement, les amis, faut s’y mettre, et rapido.

Et bien sûr, je le renouvelle en conclusion : toute discussion ouverte avec partenaire extérieur intéressé, y compris en ce cas pour modification de l’EURL existante en SAS sans cession, mais prise en charge par le partenaire, 1 de l’équipe existante (codeur epub, concepteur POD, correctrice), 2 de la question gestion marketing séparée de l’entité édition – ce n’est pas énorme, mais ça pourrait le devenir, avis donc aux (non-)amateurs.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 9 août 2013
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