Tiers Livre dépouille & création – le site web comme objet d’étude universitaire ?

quand Montpellier me fait l’honneur de 2 jours à questionner la démarche de mon site considéré en tant que work in progress littéraire


Il me semblait important, en reprenant sur Tiers Livre l’annonce et le programme du colloque Montpellier, de le faire à ma manière, subjective donc, en faisant part aussi à la trouille, et en précisant aussi quelques directions ou analyses qui me touchent – ou sur lesquelles j’ai plus de résistance, comme le mot ‘oeuvre. Pierre-Marie y répond ci-dessous en commentaire, en tant qu’initiateur de ce colloque, alors je place ce commentaire ici en intro... À la manoeuvre, ça m’aurait réellement plu, tiens !

 

réponse de Pierre-Marie Héron, 18 novembre 2013
Cher François Bon,

En pleine immersion dans le projet des deux journées, j’ai lu samedi le billet : personnellement évidemment, je n’aurais pas osé ce titre, mais c’est bien, comme ça on voit mieux, à l’approche, ce que vous voyez vous !

Je suis bien conscient que le mort ne peut pas saisir le vif, et que d’une aventure en mouvement autour d’un objet aussi mobile (la création, cet « objet difficile à ramasser » disait Cocteau), une mise à l’étude ne pourra dire que des choses approximatives ; mais peut-être pas inutiles quand même, simplement comme work in progress d’une lecture collective et qui sera sans doute hétérogène !

Mais je ne vous envie pas : ce sentiment d’étrangeté (même sentiment chez Temple au colloque de 2011 sur son oeuvre, en sa présence), souffrir violence en quelque sorte, intrusion (le site comme votre jardin... mais un peu public quand même, sinon on ne se sentirait pas invité à venir...).

« François Bon à l’oeuvre » : « à l’oeuvre » pour dire « au travail », avec un clin d’oeil vers la notion d’oeuvre en effet, pour voir ce qu’il peut en rester comme pulsion, même malgré soi ou malgré tout (on a lu bien sûr le long entretien paru dans Animal), par exemple, peut-être, un univers, une histoire, un espace complet de travail... (« ce que j’attends d’un site c’est ce que j’attends d’un "livre" : un univers, une histoire »). En réalité, on hésité à mettre « à la manoeuvre », pour valoriser le geste artisanal, la navigation vers où ? on ne sait pas trop...

Je crois aussi que nous nous étions au départ à l’écoute de longueurs d’ondes un peu différentes à propos de l’objet des ces journées : pour nous, dès le début, non pas d’abord le site web en général, mais d’abord votre site en particulier, avec évidemment prise en compte de sa « permanente respiration collective » et ricochets vers tout ce qui l’environne, dans les chocs tectoniques du « troisième continent » contre les deux autres - et là bien sûr les intervenants et auditeurs dans la salle auteurs de sites et très au fait de la situation nous aideront à penser !

Mais de fait cela nous intéresse bien que ce soit votre site (même si collectif dedans) au centre de ces journées, et aussi que vous ayiez connu l’époque des bougies tout en étant maintenant à celle des ampoules électriques, et aussi que vous croyiez à l’avenir du livre sans le livre, et aussi que vous reveniez de New York avec l’idée que là, maintenant, vous n’avez pas forcément goût aux nouvelles expériences de génération de texte et d’interaction web & textes présentées par N. Nova (problème de la clôture), mais plutôt à vous ancrer dans votre spécificité (« site vintage parce que dépendant d’un certain rapport traditionnel de l’auteur à son travail, organisant l’arborescence en ligne de ce travail, et globalement étanche aux prouesses algorithmiques de l’invention textuelle. En même temps, la prise de conscience d’être déjà en un lieu d’invention ou production web largement en avant des expériences présentées »).

Mais je suis sûr qu’il y aura à la fois du collectif et de l’individuel, n’est-ce pas ?

Bien à vous,

Pierre-Marie

 

note initiale, 15 novembre 2013
Quand Pierre-Marie Héron m’a contacté, il y a quelques mois, sur le principe de 2 journées consacrées à disséquer la démarche et l’histoire de Tiers Livre, a priori pourquoi pas : la même liberté qu’à se saisir d’un livre et l’interpréter de façon critique.

Et de suite il y avait la présence évoquée de Gilles Bonnet, Lyon II, de René Audet, Québec/Laval, ainsi qu’Anne Reverseau, Louvain, qui tous trois ont déjà appréhendé, depuis leur propres appuis théoriques, ce qui peut se passer ici, comme exemple parmi d’autres – c’est aussi le cas d’Alexandre Gefen et de Mahigan Lepage.

René Audet n’a pu répondre présent (comme j’aurais aimé), Anne Reverseau est prise à une tâche plus urgente et noble, Mahigan voyage mais, à mesure que la discussion a avancé, Seb Rongier et Arnaud Maïsetti se sont greffés très naturellement, au nom même de l’échange quotidien, et les photographies d’Emmanuel Delabranche comme un autre espace de réponse sur le questionnement de la ville.

Évidemment, ce n’était pas à moi d’intervenir dans la composition de ce programme, suis fier aussi que l’équipe de Poitiers fasse le voyage (Martin Rass, Stéphane Bikialo, Anaïs Guilet qui fera lien avec le Québec aussi).

Après, ma propre position. Souvenir de comment, assistant au colloque du CIEREC Saint-Etienne (Dominique Viart et Jean-Bernard Vray, avec Jean-Claude Lebrun, Anne Roche, Wolfgang Asholt, Christine Jérusalem, Alexandre Gefen et d’autres – Mahigan, tiens, ou Bergou...), des sensations de soudaine étrangeté, à voir son travail devant soi considéré comme intention ou définition de soi-même, alors que chaque fois on ne pense qu’à ce qui va se passer ensuite, et qu’on sait bien la notion d’arbitraire qui préside à chaque nouveau projet.

C’est donc la même contradiction (et même humble reconnaissance) que nous allons traverser, même si l’objet même, par sa nature web, devrait changer la donne. Pierre-Marie m’a demandé l’introduction, ce sera une impro de 40 minutes, énoncé ci-dessous. Où j’en suis, ce que je cherche, et en quoi l’outil web à la fois me l’autorise, et à la fois – probablement – ne nous le permet pas encore, dans le côté embryonnaire et quasi préhistorique de la transition qui commence.

J’espère qu’on mettra en avant ce qui s’annule ou se déplace du statut de l’auteur, ce que change dans nos pratiques d’écriture leur nature transmédia, et la permanente respiration collective qui est liée à l’histoire de ce site, d’abord par remue.net (2001-2005 pour moi), puis publie.net (2008-2013 pour moi), dans un rapport dialectique permanent entre aventure individuelle et geste collectif – le web naturellement pense pluriel.

Après, here we go. Je sais que ce ne sera pas facile. Je suis aussi très à vif sur cette mise en avant permanente et arbitraire de mon travail, qui n’est due qu’à l’inaction je m’en foutiste de la profession en général, la connerie latente et suicidaire des éditeurs, les facs de Lettres aussi congelées devant l’introduction de la culture numérique qu’elles le sont devant les pratiques d’écriture créative, et l’ego tétanisé de 97,5% et demi des auteurs de l’imprimé : 10 ans qu’on alerte et ressasse, on aurait pu envisager d’autres modèles de transition, on s’oriente désormais vers un modèle de remplacement, y compris dans le fait qu’on soit prêt à sauter l’étape du livre numérique, et la vitalité esthétique et intellectuelle de la création web, sa dynamique, ses ruptures.

Avec des conséquences positives : contrairement aux voisins, et compte tenu de ces tirs de barrage incessants, de la bureaucratie érigée en système de lois, on se retrouve en position d’invention et de saut dans l’inconnu plus radical par exemple qu’aux US, en sautant l’étape du livre numérique. Cinq ans d’usure et de boulot quasi full time plus toute la paperasserie autour, l’édition numérique j’y laisse des plumes, il était temps que je ripe – pas possible faire à la place des autres, et un des points d’achoppement de ces 5 ans publie.net c’est de ne pas avoir réussi à faire passer l’idée de départ d’un outil mutualisé, la vieille symbolique verticale importée, hors noyau des blogueurs, par ceux-mêmes avec qui on aurait dû prouver sa possible renverse. Anyway, projet de reprise en cours, transition assurée et super beau catalogue accumulé, peut-être trop tôt mais c’est pas grave, juste que maintenant c’est ailleurs que ça se passe : ici dans les sites, justement. C’est les années à venir, qui vont cogner dur, pour ceux qui n’ont pas anticipé. Un des aspects du récent développement de Tiers Livre, ces derniers mois, c’est clairement la conscience que ces expériences ont besoin de sacrés remparts pour tenir, à commencer par la masse critique.

Tiers Livre objet d’étude c’est donc un choix par défaut, c’est partir des trois mecs qui ont une ampoule électrique tandis que les autres s’éclairent à la bougie et en sont fiers (ou, encore plus précis : c’est prendre, parmi les types qui ont des ampoules électriques, celui qu’on reconnaît parce qu’il vient de l’époque des bougies), et ça n’enlève rien à leurs livres, sont tout fiers de vous dire qu’ils n’y comprennent rien à la technique parce que n’est-ce pas c’est ça l’intelligence et que l’iPhone est une perversion. C’est une distorsion qui part d’un faux prédicat : le transfert à l’univers web, qui s’en passe, des symboliques héritées de l’univers marchand du livre imprimé. Et c’est dangereux. Quand nous on parle de la création web, nous on pense nuée de blogs et d’écritures qui sans cesse interchangent, on pense partages et contaminations entre blogs, on pense non pas Hééécrivain dans le web, mais réflexion collective sur cette alliance du code et de l’écrit qui catalyse lentement en nouvelles formes narratives, où chacun s’essaye à son tour sur la piste ouverte par un autre. En ce sens, je m’accommode parfaitement que Tiers Livre soit un site vintage avec de larges zones fossiles, et que j’y exerce un travail décalqué de mes premiers apprentissages – pas forcément à 60 balais qu’on peut se projeter sur les crêtes où on voit danser ceux qui arrivent (et ça ne m’empêche pas d’écrire sur Ulysses ou de savoir régler mon .htaccess pour le php5).

Et bien sûr tout cela en mouvement, ce site se remodèle en permanence, c’est peut-être le seul point où le mot oeuvre aurait pertinence : comment d’un côté intégrer les travaux passés, créés en fonction de certaine ergonomie du livre et de sa diffusion, et interroger des formes narratives dont les conditions même de lecture se déplacent à mesure des nouveaux supports et des nouveaux usages ?

Et paradoxe secondaire, mon site c’est mon lieu de vie, refuge, jardin où on m’emmerde pas, et du coup pas trop envie qu’on vienne y voir, je supprime, je rajoute, j’essaye aussi, progressivement, que ce soit espace complet de travail par la mise en ligne des ressources ateliers d’écriture. Et tous les concepts changent sans arrêt : si le site devient total et premier par rapport à la publication imprimée, la notion de web-livre que j’employais il y a 4 mois a-t-elle encore lieu d’être ? Et quand je rouvre, comme je l’ai fait cette semaine, de veux cahiers des années 80-82, le travail de captation-notation-gamberge au quotidien qui s’y faisait était-il si différent de ce que je fais ici en ligne, justement parce que seul concerné à ce qui s’y élabore ?

En tout cas, on twittera et on rendra compte. Considérons que c’est un bon signe pour l’université, et merci à l’équipe de Montpellier : qu’un site soit une oeuvre littéraire en tant que telle, dans tout le doute et l’humilité et l’expérimentation que cela induit, ce n’est plus contournable par l’institution.

Le programme est en ligne ici sur Fabula, ou téléchargeable sur le site Montpellier / RIRRA21 – mais le titre que je lui donne ici est beaucoup plus juste et beau !

FB, Illiers-Combray, le 15 novembre 2013.

 

Photo ci-dessus : lundi dernier (11 novembre 2013), à ArcelorMittal Fos, les habits de sécurité prêts pour le tournage.

 

Tiers Livre comme dépouille et création


Du 29 novembre 2013 au 30 novembre 2013, Université Paul-Valéry Montpellier 3, Site Saint-Charles, salle des colloques 2 Tram 1 et 4, arrêt Place Albert 1er. Journées d’étude en présence de l’auteur.

 

Vendredi 29 novembre – Séance 1, animée par Gilles Bonnet (Lyon 3)

- 9h30, François Bon, Le web comme doute pratique

« 1997-2013 : plus de 15 ans de site sur Internet, à voir apparaître tous les 2 ou 4 mois, de nouveaux outils, de nouveaux usages. Parfois en profiter, parfois laisser se sédimenter dans le fond du site des pages fossiles. Puis accélération : et si le site devenait le travail principal, mangeait les livres autrefois publiés, en prenait le rôle ? Et qu’est-ce que ça change pour soi ? »

- 10h30, Arnaud Maïsetti (Aix-en-Provence) – Tiers Livre : « le théâtre c’est dedans »

« Hypothèse : et si le tiers du livre n’était pas l’altérité d’un texte web, mais un théâtre ? Et si le site n’avait été que le prolongement radical d’une expérience théâtrale totale, de langue et de voix et d’images ? Laboratoire du Tiers Livre : un théâtre dans la mesure précise où, s’il excède l’espace d’un théâtre, l’exercice de corps sur un plateau, il travaille à en prolonger toutes ses forces, et l’expérience même de sa traversée. »

- 11h, Stéphane Bikialo & Martin Rass (Poitiers) – Les espaces du site : fbon et le réseau

« Bernard Noël caractérise « l’espace du poème » (POL, 1998) comme « forme vide », « qui a des bords mais pas de limites ». Nous partirons de là pour analyser l’espace du Tiers Livre comme tiers-espace et hyperespace, afin de démêler ce qui du réseau contribue à créer la figure d’un sujet de l’écriture, « fbon », à ne pas confondre avec François Bon. »

- 11h30, Florence Thérond (Montpellier 3) – Figure(s) d’auteur

« Dans et autour de Tiers Livre, François Bon construit une figure auctoriale de type nouveau, avec sa mythologie, son territoire, son système… Une aventure du web qui comporte un risque : celui de l’émiettement, d’une dilution de la figure de l’auteur dans un collectif anonyme. »

 

Séance 2, animée par Pierre-Marie Héron (Montpellier 3, IUF)

- 14h15, Marie-Ève Thérenty (Montpellier 3) – Tiers Livre et œuvre-monde

« D’où vient la fascination de François Bon pour les œuvres-monde d’un Rabelais, d’un Balzac, d’un Proust ? Peut-être, entre autres, de leur caractère déjà quasiment hypertextuel, annonçant un type d’écriture hyperliée qu’il met lui-même en place dans Tiers Livre. Il y a un lien à explorer entre le travail critique de François Bon, sa fascination pour ces corpus hypertextuels avant la lettre et sa propre réalisation sur le web. »

- 14h45, Aurélie Adler (Université d’Amiens) – Tiers Livre : une cartographie « des mondes parallèles »

« Depuis 1997, l’écrivain ne cesse de donner forme, par le biais des outils numériques, à des mondes juxtaposés, superposés, communicants. Attentif aux jonctions entre monde ancien (« pays dit réel ») et « nouveau monde », dit virtuel, il fait de l’écriture-web l’outil et le motif privilégié d’une exploration de la ville contemporaine. Pensé « comme une ville », Tiers Livre renvoie par ses arborescences, ses hyperliens, à l’architecture et aux voies de circulation de la ville d’aujourd’hui. Il s’agira d’étudier les procédés par lesquels François Bon entend élaborer une image de la ville contemporaine. »

 

Séance 3, animée par Arnaud Maïsetti (Aix-en-Provence)

- 15h45, Sébastien Rongier (Paris) – Tiers Livre, une structure en constellation. Lecture d’un site

« Quelle lecture implique le Tiers Livre de François Bon ? Le site déjoue les logiques habituelles de lecture numérique. Véritable « écosystème de l’écriture », en même temps qu’espace d’expérimentation, il impose au lecteur une double dynamique d’infini et de profondeur. »

- 16h15 , Oriane Deseilligny (IUT de Villetaneuse, Paris Nord) – Sur les traces de François Bon : le Tiers Livre, dispositif d’écritures et d’énonciations multiples

« Comment le site s’adresse-t-il aux lecteurs, comment organise-t-il différents niveaux d’accessibilité, etc. ? Consacrée aux formes d’éditorialisation du site conçu comme un dispositif total et contrôlé, l’analyse sera centrée sur l’outillage du dispositif, abordé à la lumière des notions d’énonciation éditoriale (E. Souchier), d’architexte et de trace.

 »

- 17h, Emmanuel Delabranche (Rouen), « C’est de l’autre soi » (vidéo-projection)

« À la reprise numérique de Limite sur Tiers Livre, François Bon retouche, corrige, annote et complète le texte paru en 1985 aux éditions de Minuit. À la manière de ses écritures hebdomadaires et classées Limite devient une suite d’articles du Tiers Livre constituant un tout complexe dont chaque partie peut être lue indépendamment des autres. Autobiographie des objets comme très récemment Proust est une fiction ont suivi un processus d’écriture contraire : publiés article après article sur Tiers Livre avant de trouver place sur le papier. Tumulte était déjà de ceux-là. À la lecture des re-publications partielles de Limite sur Tiers Livre, j’ai engagé un travail en résonance en ajoutant à certaines phrases propositions ou mots sélectionnés des images comme François Bon aurait lui-même pu le faire si la parution avait d’abord été web avant d’être papier. Au-delà de ce qui est dit c’est de l’autre soi. »

 

Samedi 30 novembre, Séance 4, animée par Florence Thérond (Montpellier 3)

- 9h30, Michel Collomb (Montpellier 3), L’ouverture sans fin : l’usage de la photographie dans Tiers-Livre

« Sur l’écran de l’ordinateur, la page est une image que je peux explorer sous tous les angles, à volonté. Agrafées ‒ ou agraphées ‒ à cette image, des photographies que j’ouvre d’un clic. Quel est leur statut ? Elles sont sans doute reliées au texte, le suscitent ou l’illustrent, mais certaines passent à travers la maille du filet et gagnent directement l’ouverture sans fin, vers laquelle les textes s’efforcent. »

- 10h, Pierre-Marie Héron (Montpellier 3, IUF) – Tiers Livre à l’oreille : la part de l’écriture audio

« Le disque, la radio, la télévision, le web : les inventions du dernier siècle ont formidablement amplifié et augmenté la présence sonore du monde. Elles ont aussi incité les écrivains, environnés de machines parlantes, traversés comme leurs contemporains de voix, musiques, rythmes, bruits et rumeurs, à devenir des surauditifs. François Bon est de ceux-là, et pourtant, la part de l’écriture audio peut sembler restreinte dans Tiers Livre… »

 

Séance 5, animée par Stéphane Bikialo (Poitiers)

- 10h45, Anaïs Guilet (Poitiers), Les web-livres de François Bon, une écriture transmédiatique

« La communication s’intéressera au travail d’écriture de François Bon dans ce qu’il implique de va-et-vient médiatique entre le site web et le livre (papier et numérique), et au discours de l’écrivain sur sa pratique. Nous nous concentrerons pour cela sur un de ses web-livres en particulier, Proust est une fiction. Le mot web-livre recouvre chez lui des œuvres aux trajets médiatiques différents dont nous tâcherons de donner une typologie, mais qui dans tous les cas témoignent d’une virtuosité à l’égard des médias et de leur technicité que l’on trouve rarement chez les écrivains contemporains. »

- 11h15, Gilles Bonnet (Lyon 3), On relit toujours avec de soi

« La rubrique « web-livres » de Tiers Livre regroupe des textes aux statuts divers : des œuvres nativement numériques côtoient des textes déjà publiés en version papier, puis repris, relus, parfois réécrits. Il s’agira ici de proposer quelques éléments d’une poétique de la relecture numérique, en deux temps : après une nécessaire typologie, nous accorderons une attention particulière au cas de Limite, publié en feuilleton, augmenté d’un paratexte inédit, puis repris par Publie.net. Ces chantiers rouverts sont l’occasion d’une autobibliographie étroitement liée aux spécificités du Web et du « numérique comme recréation » (F. Bon). »

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne 15 novembre 2013 et dernière modification le 27 novembre 2013
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Messages

  • ... j’ai l’air malin, maintenant, moi, avec mes "web-livres" dans le descriptif de ma com ... :)

  • y avait côté taquin tu l’as compris, et reviendrai sur le fond de cette question d’ici Montpellier – pas l’intention de dévier le boulot, c’est juste sémantique : maintenant que ça se met en place, pas forcément besoin d’un mot spécifique (et encore moins d’un terme qui veuille transférer la légitimité du "livre" dont nous nous éloignons de plus en plus – en même temps, reste pertinent parce qu’objet spécifique de lecture dense avec arborescence et clôture, ou navigation qui lui est propre, dans la forme ouverte qui est le site, et sur cette notion de clôture ou de définition d’objet il y a vraiment un travail commun qui s’élabore

  • Cher François Bon,

    En pleine immersion dans le projet des deux journées, j’ai lu samedi le billet : personnellement évidemment, je n’aurais pas osé ce titre, mais c’est bien, comme ça on voit mieux, à l’approche, ce que vous voyez vous !

    Je suis bien conscient que le mort ne peut pas saisir le vif, et que d’une aventure en mouvement autour d’un objet aussi mobile (la création, cet « objet difficile à ramasser » disait Cocteau), une mise à l’étude ne pourra dire que des choses approximatives ; mais peut-être pas inutiles quand même, simplement comme work in progress d’une lecture collective et qui sera sans doute hétérogène !
    Mais je ne vous envie pas : ce sentiment d’étrangeté (même sentiment chez Temple au colloque de 2011 sur son oeuvre, en sa présence), souffrir violence en quelque sorte, intrusion (le site comme votre jardin... mais un peu public quand même, sinon on ne se sentirait pas invité à venir...).

    « François Bon à l’oeuvre » : « à l’oeuvre » pour dire « au travail », avec un clin d’oeil vers la notion d’oeuvre en effet, pour voir ce qu’il peut en rester comme pulsion, même malgré soi ou malgré tout (on a lu bien sûr le long entretien paru dans Animal), par exemple, peut-être, un univers, une histoire, un espace complet de travail... (« ce que j’attends d’un site c’est ce que j’attends d’un "livre" : un univers, une histoire »). En réalité, on hésité à mettre « à la manoeuvre », pour valoriser le geste artisanal, la navigation vers où ? on ne sait pas trop...

    Je crois aussi que nous nous étions au départ à l’écoute de longueurs d’ondes un peu différentes à propos de l’objet des ces journées : pour nous, dès le début, non pas d’abord le site web en général, mais d’abord votre site en particulier, avec évidemment prise en compte de sa « permanente respiration collective » et ricochets vers tout ce qui l’environne, dans les chocs tectoniques du « troisième continent » contre les deux autres - et là bien sûr les intervenants et auditeurs dans la salle auteurs de sites et très au fait de la situation nous aideront à penser !

    Mais de fait cela nous intéresse bien que ce soit votre site (même si collectif dedans) au centre de ces journées, et aussi que vous ayiez connu l’époque des bougies tout en étant maintenant à celle des ampoules électriques, et aussi que vous croyiez à l’avenir du livre sans le livre, et aussi que vous reveniez de New York avec l’idée que là, maintenant, vous n’avez pas forcément goût aux nouvelles expériences de génération de texte et d’interaction web & textes présentées par N. Nova (problème de la clôture), mais plutôt à vous ancrer dans votre spécificité (« site vintage parce que dépendant d’un certain rapport traditionnel de l’auteur à son travail, organisant l’arborescence en ligne de ce travail, et globalement étanche aux prouesses algorithmiques de l’invention textuelle. En même temps, la prise de conscience d’être déjà en un lieu d’invention ou production web largement en avant des expériences présentées »).
    Mais je suis sûr qu’il y aura à la fois du collectif et de l’individuel, n’est-ce pas ?

    Bien à vous,

    Pierre-Marie