Dunsany | Cinquante-et-une histoires (23/51)

pour entrer dans le monde fantastique de celui que Lovecraft considérait comme le plus grand écrivain de son temps


Lovecraft en parle mille fois dans ses textes : ce qui le fait considérer Dunsany comme le plus grand écrivain vivant, c’est sa capacité de convoquer une prose poétique pour la mettre au service de l’illusion fantastique.

Tout sépare les deux hommes, à commencer par le fait que Dunsany, qui naît 12 ans avant Lovecraft, lui survivra 20 ans. Catholique, Irlandais, propriétaire terrien et 18ème baron de son nom, il sera sur le front de la Première Guerre mondiale.

Et quelle émotion à découvrir qu’un auteur aussi important pour la prose anglaise et américaine, et, au-delà, tout l’imaginaire de la science-fiction et de la fantasy moderne, a été si peu traduit.

Toujours la même chose : ce qui est noble, c’est le roman, le théâtre, les genres reconnus. Mais la prose brève, mais le conte fantastique tout entier noué à l’enroulement poétique et allégorique de sa prose, on laisse ça sur le côté.

Comme pour tant d’autres auteurs, les versions html des oeuvres de Dunsany d’avant la loi sur copyright de 1923 circulent un peu partout (disponibles notamment sur la source de référence, le Gutenberg Project), même si évidemment la loi américaine sur le copyright de 1923 ne concerne pas Dunsany, auteur irlandais. Il est aussi dans le domaine public au Canada. En Europe, combattant de la Première Guerre mondiale, Dunsany bénéficie d’une prorogation de 14 ans et 272 jours (n’oublions pas les jours), ce qui fait que ce texte de 1915 entrera dans le domaine public en 2042... Mais... si les ayants-droit (la famille Dunsany) passent sur cette page, bienvenue volontiers pour examiner ensemble un projet éditorial avec achat de droits. La condition qu’on y arrive étant d’abord d’en montrer l’intérêt à un partenaire éventuel, je prends les devants par cette traduction. Et bien sûr nous prendrons nous-mêmes contact si, comme je l’espère, mon projet Lovecraft et textes associés, comme celui-ci, se concrétisent en publication imprimée.

Des récits d’une page ou moins, parfois une page et demie, rarement plus. Mais écrits alors que se déclenche la Grande Guerre qui le mobilise (formé à Eton, il a déjà servi dans la guerre des Boers), et alors qu’il a déjà publié les deux recueils de fictions brèves qui en font l’auteur le plus emblématique de la fiction fantastique : A dreamer’s Tales qui influença tant Lovecraft, en 1910, et Book of Wonder en 1912. 51 Tales paraît en 1915, et c’est la Mort qui y joue, et des idées de fin de civilisation qui nous touchent directement...

Alors l’émotion d’être le premier à tenter de porter ces récits dans la langue française, et de découvrir un monde radicalement étrange, radicalement neuf, dont la postérité a été aussi décisive outre-atlantique, et ignorée ici.

J’ai décidé d’aller à la rencontre de ces 51 récits progressivement, sans forcément les suivre dans l’ordre linéaire, sur cette page qui les rassemblera en indiquant les mises à jour successives. Les premières ont été composées dans un train pour Soleure, puis à Soleure même, les 30 et 31 mai 2014.

Je garderai pour la toute fin le début (1 à 5) et la 51, qui me touchent particulièrement parce qu’elles sont des variations sur « la mort de Pan », légende qu’après Plutarque ont repris à la fois Rabelais et Montaigne.

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Edward John Moreton Drax Plunkett, baron de Dunsany | 51 histoires

7/bâtir des radeaux _ 8/l’ouvrier _ 11/la Mort et l’orange _ 13/le Temps et l’artisan _ 14/la petite ville _ 17/le pays sans chant_ 18/la dernière chose _ 19/le démagogue et la demi-mondaine _ 20/le pavot géant _ 21/roses _ 22/l’homme aux anneaux d’or à l’oreille _ 25/une erreur d’identité _ 27/seuls les immortels _ 29/le retour du chant _ 32/jeu perdant _ 33/dépaver Piccadilly _ 34/après l’incendie _ 35/la ville _ 36/ce que mange la mort _ 41/le brouillard _ 42/le faiseur de rides _ 48/les trois grands fils _ 50/ce à quoi nous sommes réduits

 

7 – Bâtir des radeaux


Tous ceux de nous qui écrivent me font penser à ces marins bâtissant hâtivement un radeau sur un bateau qui sombre.

Quand nous cassons sous le poids d’années trop lourdes et nous enfonçons pour l’éternité avec tout ce qui est nôtre, nos pensées comme d’étroits radeaux perdus flottent un instant sur la mer de l’Oubli. Ils ne pourront pas sauver grand-chose sur ces marées-là, notre nom, une phrase ou deux et quoi d’autre.

Et ceux qui écrivent comme un commerce pour satisfaire au caprice du jour, ils sont comme des marins qui ne bâtiraient un radeau que pour garder la main et distraire leurs pensées de leur ruine certaine ; et leurs radeaux tombent en morceaux avant même que leur bateau ne coule.

Voyez maintenant l’oubli qui partout nous entoure chatoyant, sa grande tranquillité plus mortelle que la tempête. Et comme jamais les quilles de nos navires n’y ont rien dérangé. Le temps dans sa profondeur nage comme un cétacé monstrueux ; et, comme le cétacé, se nourrit de microscopiques choses – petits airs et petits chants maladroits des anciens soirs dorés – et parfois le cétacé se redresse et renverse de pleins bateaux.

Voyez maintenant la ruine de Babylone surnageant vaguement, et ce qu’est maintenant ce que Ninive fut ; et déjà leurs reines et leurs rois ont sombré dans les profondeurs et la masse des vieux siècles moussus, qui occultent la grandeur effondrée de Tyr et installent la nuit tout autour de Persépolis.

Pour tout le reste, à peine si j’aperçois le relief des épaves sur le fond de la mer parsemé de couronnes.

Et depuis le début aucun de nos bateaux ne fut assez fort pour ces eaux.

Alors vint le radeau qu’Homère bâtit pour Hélène.

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8 – L’ouvrier


J’ai vu tomber un ouvrier de son échafaudage, depuis le haut d’un très grand hôtel. Et pendant qu’il tombait, j’ai vu que de son couteau il essayait de graver son nom sur l’échafaudage. Il avait le temps de le tenter et d’y réussir, parce qu’il devait avoir presque trois cents pieds à tomber. Et je ne pouvais penser à rien d’autre qu’à cette folie d’accomplir chose si futile, puisque non seulement il serait mort irrémédiablement dans trois secondes, mais que les planches sur lesquelles il essayait de graver ce qu’il pouvait de son nom tant qu’il en avait le temps seraient revendues comme bois à brûler dans à peine quelques semaines.

Alors je revins chez moi où j’avais un travail à finir. Et tout ce soir-là je me remémorai la folie de cet homme, au point que ces pensées m’interdisaient tout travail sérieux.

Et tard ce soir-là, alors que je travaillais encore, le fantôme de l’ouvrier s’en vint flotter à travers mon mur et se tint devant moi en riant.

Je n’entendis aucun bruit jusqu’à ce que je lui parle ; mais je pouvais voir la forme grise et tremblante debout devant moi tout agitée de soubresauts de rire.

J’osai enfin lui parler et lui demandai ce qui le faisait rire ; alors le fantôme parla. Et répondit :

« Je ris de toi, assis ici à travailler. 

— Et pourquoi, demandai-je, rire de quelqu’un qui travaille ?

— Pourquoi ? Ta jolie petite vie s’en ira comme le vent, dit-il. Et votre vieille civilisation folle sera balayée par la marée dans un rien de siècles. »

Et il se remit à rire de nouveau, mais cette fois bien audiblement et, riant encore, s’évanouit dans le mur et dans l’éternité d’où il avait surgi.

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11 – La Mort et l’orange


Deux jeunes hommes à la peau sombre, dans un pays étranger loin dans le sud, étaient assis avec une fille à la table d’un restaurant.

Et sur l’assiette de la fille il y avait une petite orange qui avait un rire diabolique dans le coeur.

Et les deux hommes regardaient la fille tout le temps, et mangeaient peu et buvaient lourd.

Et la fille leur souriait également à chacun.

Alors la petite orange qui avait ce rire dans le coeur roula lentement de l’assiette jusque par terre. Et les jeunes hommes à la peau sombre se précipitèrent pour la ramasser ensemble, et se retrouvèrent soudain l’un face à l’autre sous la table, et bientôt ils ‘envoyaient des mots tranchants à la figure, et l’horreur et l’impuissance surpassaient chez chacun la raison assise démunie à l’arrière de leur esprit, et que riait le coeur de l’orange et que la fille se mettait à sourire, et la Mort, qui était assise à une autre table, tête-à-tête avec un vieil homme, se leva et s’approcha pour écouter la querelle.

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13 – Le Temps et l’artisan


Le Temps, une fois, rôdait de par le monde, ses cheveux gris non pas de faiblesse mais de la poussière prise à la ruine des villes, entra dans un magasin de meubles et se dirigea vers le rayon des antiquités. Et là il vit un homme assombrissant le bois d’une chaise en y appliquant de la teinture et la battant d’une chaîne pour y imiter le travail des vers.

Et quand le Temps en vit un autre accomplir son propre travail, il resta près de lui un instant et le regarda dubitativement.

Enfin il dit : « Ce n’est pas comme cela que je travaille », et il fit virer au blanc les cheveux de l’homme, et voûta son dos et creusa des rides dans son mince visage fourbe ; puis se détourna et sortit, parce qu’une puissante cité devenue lasse et malade et avait depuis trop longtemps troublé le paysage avait douloureusement besoin de lui.

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14 – La petite ville


J’étais sur cette route prédestinée de Goraghwood à Drogheda quand soudain je découvris la ville. C’était une petite ville dans sa vallée, et on n’y apercevait que quelques fumées, et le soleil avalait les fumées et les transformait en or, on aurait dit alors une de ces vieilles peintures italiennes où les anges volent à l’arrière-plan tandis que le reste est un voile doré. Et je savais qu’au-delà, au-delà, comme quiconque aurait pu le dire au mensonge du paysage, même sans rien voir à cause des fumées dorées, des chemins conduisaient aux navires errants.

Tout autour c’était un tissu de champs étroits s’étalant en damier sur les pentes des collines, que la neige avait tenté de recouvrir mais déjà les oiseaux ravageurs avaient surgi de leurs abris lointain pour signifier leur mauvais augure. Au loin les premières crêtes s’illuminaient comme des remparts brisés par l’âge ou tombés depuis le rempart qui séparait la Terre du paradis. Et encore plus loin et très sombrement les montagnes indifférentes étaient tournées vers le rivage.

Et quand j’aperçus monter la garde ces montagnes grises plantées où elles étaient, là où les villes des civilisations d’Arabie et d’Asie grandissaient comme des crocus et se fanaient et tombaient comme des crocus, je me demandai combien de temps il y aurait des fumées dans la vallée, et des champs en damiers sur les collines.

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17 – Le pays sans chant


Le poète arriva à un grand pays dans lequel il n’y avait pas de chants. Et il plaignait avec empathie une nation qui n’avait aucun de ces petits chants idiots pour se chanter le soir à soi-même.

Et puis finalement il se dit : « Je vais leur faire moi-même quelques-uns de ces petits chants idiots pour rester joyeux sur les chemins et heureux devant le feu. » Et pendant plusieurs jours il écrivit pour eux quelques chants futiles comme en chantent les servantes de maisons sur les collines dans les vieux pays heureux.

Alors il partit à la rencontre de ceux de ce pays, alors qu’ils étaient assis, las du travail de la journée, et leur dit : « Je vous ai écrit quelques chants futiles, en partant de ces contes et légendes sans raison, et qui ont parenté avec le vent dans les vallées de mon enfance ; et vous auriez profit à les chanter dans vos soirs inconsolés. »

Et ils lui répondirent :

« Si tu crois qu’on a du temps pour cette sorte de non-sens, de nos jours, alors tu ne dois pas en savoir beaucoup des progrès du commerce moderne. »

Alors le poète pleura, tout en disant : « Hélas, les voilà damnés. »

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18 – La dernière chose


Sur la rive de la rivière du Temps je découvris un de ces mangeurs impurs. Accroupi parmi les orchidées si nombreuses sous les pommiers de ce joyeux pays fleuri ; des granges colossales tout auprès, où les anciens avaient rangé leur grain, et le soleil brillait d’or sur les sereines collines où l’horizon s’étageait. Mais il tournait le dos à toutes ces choses. Et quoi que ce soit que la rivière tentât de lui envoyer, le type sale l’empoignait des bras goulûment, pataugeant sur le bord.

Il y avait alors, dans ces jours, et bien sûr elles le demeurent, des villes impures le long de la rivière du Temps ; et d’elles nous provenaient ces choses effrayantes et sans nom, flottant informes jusqu’ici. Et quelle que soit l’odeur qui en émanait, poussée par la rivière devant elles, le mangeur impur plongeait dans l’eau sale, et émergeait plus loin, en recrachant. Et s’il ouvrait la bouche on voyait alors ces choses sur ses lèvres.

Bien sûr des collines en amont descendaient aussi au fil de l’eau des pétales de rhododendron, parfois une rose ; mais ils n’étaient d’aucun usage au mangeur impur, et quand il les voyait il grommelait.

Un poète marchait sur le bord de la rivière ; il avait la tête levée et avait emporté ses livres ; je crois qu’il voyait la mer, et les montagnes du Destin depuis lesquelles coule la rivière. Je vis le mangeur impur redressé avec voracité, plongé jusqu’à la taille dans cette rivière aux relents pestilentiels.

« Regardez, je dis au poète.

— Le courant l’emportera, répondit le poète.

— Mais ces villes qui empoisonnent la rivière », je lui dis.

Il répondit :

« Chaque fois que sur les montagnes du Destin les siècles s’amollissent, ce qui s’écoule dans la rivière est horrible. »

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19 – Le démagogue et la demi-mondaine


Le hasard fit qu’un démagogue et une demi-mondaine arrivèrent ensemble à la porte du Paradis. Le Saint les examina tristement tous les deux :

« Pourquoi étiez-vous un démagogue, dit-il au premier.

— Parce que, dit le démagogue, je défendais ces principes qui nous ont fait ce que nous sommes et a fait révérer notre Parti comme d’être le vrai coeur du peuple. En un mot, j’ai tenu stoïquement sur l’estrade de la représentation publique.

— Et vous, demanda le Saint à celle du demi-monde ?

— Je voulais de l’argent », répondit la demi-mondaine.

Après un moment de réflexion, le Saint dit :

« Allez, entrez ; et pourtant vous ne le méritez pas. »

Mais au démagogue il dit : « Nous regrettons sincèrement que le nombre de places limité dont nous disposons, et notre infortuné manque total d’intérêt pour ces questions que vous avez voulu si fort inculquer et avez si habilement démontré dans le passé, ne nous permet pas de vous donner l’assistance que vous recherchez. »

Et il referma la porte dorée.

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20 – Le pavot géant


Je rêvais que je redescendais des montagnes que je connaissais, celles où lors des jours clairs vous apercevez les murailles de Troie et le col de Roncevaux. Il y avait des bois sur les pentes de ces montagnes et ils abritaient des clairières où tombait la lune et où dansaient les fées quand personne n’était là pour les voir.

Mais il n’y avait pas de bois ni forêts quand je revins, pas de fées et non plus de Troie ou de Roncevaux à l’horizon, juste un pavot géant qui s’agitait dans le vent, et dans son ballet répétant : « Ne te souviens pas ».

Et près de son chêne comme une figure de proue, un poète était assis, habillé en berger et jouant doucement un air ancien sur sa flûte. Je lui demandai s’il avait vu les fées ou quoi que ce soit d’avant.

Il dit : « Ce pavot a grandi si vite qu’il a tué les dieux et les fées. Ses émanations suffoquent le monde, et ses racines boivent toute sa plus belle force. » Et je lui demandai pourquoi il était assis dans ces montagnes que je connaissais, jouant un air ancien.

Et il répondit : « Parce que cet air fait du mal à ce pavot, qui sinon grandirait encore et encore, et si, de la fraternité à laquelle j’appartiens, l’un arrêtait de jouer de cette flûte dans les montagnes, les hommes se perdraient tout autour du monde et subiraient une terrible fin. C’est nous qui avons sauvé Agamemnon, pensons-nous.

Alors il se remit à jouer de nouveau son air ancien, tandis que le vent, dans les pétales endormis du pavot, murmurait : « Ne te souviens pas. Ne te souviens pas. »

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21 – Roses


Je connais une petite route de campagne où les roses sauvages fleurissent en une étrange abondance. Elles tiennent aussi leur beauté de leur floraison même, d’une teinte presque exotique, un rose si profond qu’il en choquerait des fleurs puritaines. Il y a deux cents générations (je parle de générations de roses), il y avait ici la rue d’un village ; et quand ils s’éloignèrent de leur vie simple commença la décadence des fleurs, et quand la nature sauvage reprit ses droits, les roses revinrent grimper sur les maisons des hommes.

De tous les souvenirs de ce village, de toutes les fermettes qu’on y bâtit, de tous les hommes et les femmes qui habitèrent ici, rien ne reste que ce rouge plus intense sur le velours des fleurs.

Je voudrais que lorsque Londres aura fini de s’en aller, et que la nature défaite sera revenue, comme un peuple exilé s’en revient après une guerre, on puisse y trouver une trace très belle pour nous souvenir de tout cela ; parce que nous l’avons tant aimée, cette vieille et ténébreuse cité.

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22 – L’homme aux anneaux d’or à l’oreille


Peut-être que cela je l’ai rêvé. Ce qui au moins est certain – que je m’écartai l’autre jour de la circulation de la ville, marchai sur les docks contempler ces minces pontons s’enfonçant tout vert dans les eaux, tandis que l’énorme rivière grise glissait sur eux, et les débris qui y flottaient tournaient encore et toujours, quelle image des nations et du temps sans pitié, et admirais ces bateaux qui surgissaient royalement de l’océan.

C’est à ce moment-là, si je ne me trompe pas, que je vis, appuyé sur un mur, le visage tourné vers les bateaux, cet homme avec des anneaux d’or aux oreilles. Sa peau avait la teinte sombre des hommes du Sud : sa moustache drue et noire s’éclaircissait un peu par le sel ; il portait une vareuse bleu sombre comme en portent les marins, et les hautes bottes des matelots, mais le regard dans ses yeux se portait bien plus loin que les bateaux, comme si les choses les plus lointaines lui appartenaient.

Je lui demandai quel navire l’avait amené là, tant ils étaient nombreux devant nous. Les voiliers s’accumulaient leurs voiles toutes ferlées et leurs mâts droits et calmes comme une forêt d’hiver ; les vapeurs s’y mêlaient, et les paquebots, poussant des fumées paresseuses dans le crépuscule. Il me répondit qu’aucun d’entre eux ne l’avait fait aborder. Je lui demandai alors pour quelle compagnie il travaillait, tant c’était évident qu’il était un marin ; je mentionnai le nom des principales, mais il ne les connaissait même pas. Alors je lui demandai ce qu’il était et pour qui il travaillait. Et il répondit : « Je travaille dans la mer des Sargasses, et je suis le dernier des pirates, le dernier encore en vie. » Alors je lui serrai la main et je ne sais pas combien de fois. Je lui dis : « Nous redoutions tant que vous ayez disparu. » Et il répondit tristement : « Non. Non. J’ai trop gravement péché sur les mers d’Espagne : je ne suis pas autorisé à mourir. »

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25 – Une erreur d’identité


La Gloire, comme elle marchait le soir dans la ville, vit le visage maquillé de la Célébrité s’étaler sous les réverbères, et beaucoup s’agenouillaient devant elle sur la poussière de la rue.

« Qui êtes-vous ?, lui dit la Gloire.

— Je suis la Gloire », dit la Célébrité.

Alors la Gloire s’évanouit lentement pour que personne ne sache qu’elle avait disparu.

Et la Célébrité désormais poursuit son chemin et tous ses adorateurs se lèvent et la suivent et les conduit, comme de prévu, vers le puits d’où elle vient.

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27 – Seuls les Immortels


J’avais entendu dire que, très loin d’ici, sur l’autre côté des déserts du Cathay, dans un pays aux hivers délicats, attendaient les années qui sont mortes. Et que là-bas certaine vallée les cache et les enferme, disait la rumeur, hors du monde, mais pas hors de la bie de la lune ni de ceux qui rêvent à sa lumière.

Et je me dis : je partirai d’ici et au moyen du rêve j’irai à cette vallée, y entrerai et pleurerai toutes ces bonnes années qui sont mortes. Et je le me dis : j’emporterai une couronne, une couronne pour mes pleurs, et la laisserai à leurs pieds, en témoignage de mon chagrin à leur ruine.

Et quand je partis chercher parmi les fleurs, parmi les fleurs pour une couronne à mes pleurs, le muguet semblait trop grand et le laurier bien trop solennel et je ne trouai rien d’assez frêle ni mince qui convienne à une offrande aux années qui sont mortes. Et à la fin je fis une mince couronne de pâquerettes à la manière dont je les avais vu faire pour une des années qui sont mortes.

« Ceci est à peine assez fragile ou assez frêle pour une de ces si délicates années oubliées. » Alors je pris ma couronne à la main et m’en allai d’ici. Et quand les chemins du mystère m’eurent mené à ce pays romantique, où la rumeur prétendait cette vallée fermée près des montagnes de la lune, je cherchai dans l’herbe ces pauvres années si légères pour lesquelles j’avais apporté mon chagrin et ma couronne. Et quand je découvris qu’il n’y avait rien parmi les herbes, je me dis : « Le temps les a effacées et balayées et il n’en reste plus la moindre trace. »

Mais levant le regard vers la lumière de la lune j’aperçus soudain ces colosses dressés là, immobiles et occultant les étoiles, remplissant la nuit d’obscurité ; et au pieds des idoles je vis, priant et jurant obéissance, les rois et les jours qui sont, et tous les temps et toutes les villes et toutes les nations et tous leurs dieux. Ni les fumées des encens ni les sacrifices brûlant n’atteignaient leurs têtes colossales, ils n’étaient pas assis là pour qu’on les mesure, ni pour être renversés, ni pour être abandonnés.

Je demandai : « Qui sont-ils ? »

On me répondit : « Seuls les Immortels. »

Et je répondit tristement : « Je ne suis pas venu pour trouver des dieux effrayants, je suis venu pour répandre mes larmes et pour offrir des fleurs aux pieds de certaines courtes années qui sont mortes et ne reviendront plus. »

Il me répondit : « Ce sont elles, les années qui sont mortes, seuls les immortels ; toutes les années qui sont ils les ont enfantées ; tous les rois de la terre. Ils sont couronnés, ils tous tous des dieux. Ils ont créé ; tous les événements à venir coulent de leurs pieds comme une rivière, et les mondes sont des galets volants qu’eux-mêmes ont lancé, et le Temps et tous ses siècles derrière lui s’agenouille ici à leurs pieds puissants, la nuque baissée en signe de vassalité.

Et quand j’entendis ceci, je fis demi-tour avec ma couronne, et revint rassuré à mon propre pays.

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29 – Le retour du chant


« Les cygnes chantent de nouveau », se dirent les uns aux autres les dieux. Et regardant en contrebas, parce que mes rêves m’avaient porté dans quelque agréable et lointain Valhalla, j’aperçus sous moi une bulle iridescente pas beaucoup plus grande qu’une étoile qui aurait brillé bellement mais faiblement, et émanant d’elle, paraissant chaque fois plus large, l’essaim blanc de cygnes en nombre incalculable, chantant et chantant et chantant, et qu’il eût semblé même aux dieux que c’étaient des navires blancs naviguant en musique.

« Mais c’est quoi ? demandai-je à celui qui était le plus humble parmi les dieux.

— Rien qu’il monde qui a fini, me répondit-il, et les cygnes reviennent aux dieux, nous rapportant le cadeau du chant.

— Tout un monde qui meurt ! je dis.

— Mort, dit celui qui était le plus humble parmi les dieux. Les mondes ne sont pas faits pour durer toujours ; seul le chant est immortel.

— Regarde, regarde ! dit-il, il va s’en former un tout neuf bientôt. »

Et je regardai et vis les alouettes qui s’éloignaient des dieux et descendaient.

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32 – Jeu perdant


Une fois, dans une taverne, l’Homme se retrouva visage contre crâne avec la Mort. L’homme se comporta gaiement, mais la Mort ne salua personne, s’assit et appliqua ses mâchoires sur un sinistre vin rouge.

« Viens, viens, disait l’Homme, on a été des antagonistes assez longtemps, et si je devais perdre encore je n’en serais pas triste pour autant. »

Mais la Mort restait à l’écart, contemplant son verre de vin sans condescendre à un mot de réponse.

Alors l’Homme s’approcha d’elle respectueusement et, lui parlant tranquillement mais avec entrain, « Viens, viens, répéta-t-il, ne prends pas cela pour un échec. »

Et la Mort demeura lugubre et crispée en suçant son vin de l’infamie et ne leva pas les yeux vers l’Homme et se refusa d’entrer en compagnie.

Mais l’homme détestait le lugubre aussi bien dans la bête que dans les dieux, et cela le rendait malheureux de voir la peine de son adversaire, et encore plus s’il en était la cause, et à nouveau il tenta de lui plaire.

« Est-ce que tu n’as pas exterminé le Dinatherium ? dit-il, est-ce que tu n’as pas vidé la Lune ? Pourquoi ? Tu me battras encore. »

Et la Mort eut un aboiement sec, soupira et ne dit rien ; et maintenant l’Homme s’était levé et parti à d’autres occupations ; parce qu’il ne savait pas si la Mort soupirait de pitié pour son adversaire, ou parce qu’elle qu’elle n’aurait plus pareil sport quand le vieux jeu serait clos et que l’Homme aurait disparu, ou bien que peut-être, pour quelque obscure raison, elle ne souhaitait pas répéter sur la Terre son triomphe sur la Lune.

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33 – Dépaver Piccadilly


Descendant vers Piccadilly l’autre jour et traversant Grosvenor Place je vis, à moins que ma mémoire me joue des tours, des ouvriers ayant enlevé leurs vestes – ou ainsi paraissait-il. Ils avaient des barres à mine à la main et portaient de ces pantalons de velours avec cette bande de cuir enroulée sous le genou qui répond au nom de « De York à Londres ».

Ils semblaient travailler avec une ardeur particulière, aussi je m’arrêtai et demandai à l’un ce qu’ils étaient en train de faire.

« On dépave Piccadilly, me répondit-il.

— À cette période de l’année, je dis. C’est plutôt en juin d’habitude ?

— Nous ne sommes pas ce que nous paraissons être, répondit-il.

— Oh, je vois, dis-je, c’est juste une plaisanterie.

— Non, vraiment pas cela, répondit-il.

— À moins d’un pari, demandai-je ?

— Pas précisément », répondit-il.

Alors je regardais mieux la partie qu’ils avaient déjà dégagée, et bien qu’au-dessus de ma tête ce soit la vaste lumière du jour, là-dessous c’était la nuit obscure, toute pleine des étoiles du Sud.

« C’était bruyant et malsain, et on a eu marre de tout ça, dit celui qui portait les pantalons de velours. Nous ne sommes pas ce que nous paraissons. »

Et tous ensemble ils dépavaient Piccadilly.

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34 – Après l’incendie


Quand se produisit ce qui avait été si long à se produire, et que le monde heurta une noire étoile non répertoriée, d’extraordinaires créatures surgies de quelque autre monde vinrent fouiller parmi les cendres pour examiner s’il y avait là quelque chose qu’il serait au moins bon de se remémorer. Ils parlèrent de ces grandes choses que ce monde avait été réputé avoir ; ils mentionnèrent le mammouth. Et maintenant ils voyaient les temples des hommes, silencieux et sans vitres, dressés comme des crânes vides.

« Il s’est passé de grandes choses, ici, dit l’un, dans ces lieux immenses. » « C’était les mammouths », dit un autre. « Quelque chose d’encore plus grand », dit un troisième.

Et ils découvrirent alors que la plus grande chose au monde avait été les rêves de l’homme.

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35 – La ville


L’imagination roule bien loin d’où nous sommes aussi bien dans le temps que dans l’espace. Elle m’emmena une fois sur le rebord de certaines falaises basses et rouges, qui surgissaient d’un désert : et un peu plus loin dans le désert il y avait une ville. C’était le soir, et je m’assis et contemplai la ville.

Et dans cet instant-là je vis des hommes par trois ou quatre traverser sans hâte la porte de la ville, jusqu’à être une vingtaine. J’entendais le murmure de voix d’hommes parlant dans le soir.

« C’est bien qu’ils soient partis, disaient-ils. C’est bien qu’ils soient partis. On pourra faire des affaires maintenant. C’est bien qu’ils soient partis. » Et les hommes qui avaient quitté la ville se hâtaient maintenant sur le sable et ainsi surgirent dans le crépuscule.

« Qui sont ces hommes ? demandai-je à mon guide scintillant.

— Les poètes, répondit mon imagination. Les poètes et les artistes.

— Pourquoi s’enfuient-ils ? lui demandai-je. Et pourquoi ces autres gens se réjouissent-ils ainsi de leur départ ? »

Elle dit : « Ce doit être quelque terreur conduisant à la ruine de la cité, quelque chose s’est passé qui en a averti le peuple et ils se sont esquivés. Rien ne doit jamais avertir le peuple.

J’entendais ces voix querelleuses, mais si satisfaites de leur commerce, surgir de la ville. Et puis moi aussi je m’en allai, parce que le ciel s’était fait de mauvais augure.

Et puis un millier d’années plus tard je repassai au même endroit et il n’y avait plus rien, même parmi les ronces, de qui avait été une ville.

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36 – Ce que mange la Mort


La Mort était malade. Mais ils lui apportèrent de ce pain que font les boulangers d’aujourd’hui, blanchi à l’alun, et ces viandes en boîte de Chicago, avec un pincée de notre substitut moderne pour le sel. Ils l’emportèrent dans la salle à manger d’un grand hôtel (dans cette atmosphère confinée la Mort respirait plus librement) et ils lui offrirent de leur thé indien bon marché. Ils lui apportèrent une bouteille de ce vin qu’on nomme champagne. La Mort le but.Ils ouvrirent le journal et y cherchèrent les médicaments qui convenaient ; puis ils la nourrirent de la nourriture qu’on recommande aux invalides, et un genre de médicament qu’on prescrivait dans le journal. Ils lui donnèrent du lait et du borax, comme on donne aux bébés en Angleterre.

La Mort se releva toute vaillante et forte, et s’en repartit roder par les villes.

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41 – Le brouillard


mes choix de traduction sur ce texte bougeront probablement

Le brouillard dit au brouillard : « Descendons sur les En-Bas ». Et le brouillard se répandit.

Et le brouillard grimpa sur les places élevées et remplit les combes et les creux.

Et les bouquets d’arbres dans le lointain paraissaient des fantômes dans la brume.

Mais je me rendis auprès d’un prophète, un qui aimait les En-Bas, et je lui dis : « Pourquoi le brouillard vient se répandre sur les En-Bas quand il se répand sur les places élevées et remplit les combes et les creux ? »

Et il répondit : « Le brouillard est l’assemblée d’une multitude d’esprits qui n’ont jamais vu les En-Bas, et maintenant sont morts. Alors il se répandent parmi les En-Bas, qui sont morts et ne les ont jamais vus. »

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42 – Le faiseur de rides


version ébauche

Il était habillé tout de noir, mais son ami en marron, membres de deux vieilles familles.

« Y a-t-il eu un changement dans la façon dont vous bâtissez vos maisons ? demanda celui en noir.

— Pas de changement, dit l’autre. Et chez vous ?

— Pareil », répondit-il.

Un homme apparut au bout de la rue, sur sa bicyclette.

« Lui il change tout le temps, dit celui en noir, au moins chaque siècle. Un agité. Toujours changer.

— Il a aussi changé la façon dont il fait sa maison, non ? demanda celui en marron.

— Ainsi le dit ma famille, dit le premier. Ils disent qu’il a changé trop tard.

– Ils disent qu’il demande beaucoup aux villes ? demanda celui en marron.

— Mes cousins qui gardent les beffrois disent cela aussi, dit celui en noir.

— Il dit qu’il vit beaucoup dans les villes.

— Et que c’est là qu’il a grandi de travers ? demanda celui en marron.

— Oui, il a grandi de travers.

— Et c’est vrai, ce qu’ils disent ? demanda celui en marron.

— Quoi ? dit celui en noir.

— C’est vrai qu’il ne peut pas vivre plusieurs siècles ?

— Non, non, dit celui en noir. Le faiseur de rides ne meurt pas. On ne doit pas perdre le faiseur de rides. Il a été idiot, pas précoce, il a joué avec la fumée et en est malade. Ses machines l’ont usé de soucis et ses villes sont mauvaises. Oui, il est très malade. Mais dans quelques siècles il oubliera ses folies et nous ne devons pas perdre le faiseur de rides. Depuis des temps sans fond il les creuse, et ma famille a fait sa pitance de la terre labourée derrière lui. Il ne mourra pas.

— Mais ils le disent, pourtant, dit celui en marron. Leurs villes sont immondes, et il est devenu malade d’y vivre et ne peut plus courir, et il en est de lui comme il en est de nous quand nous sommes trop nombreux à devoir être nourris, et que l’herbe devient amère à la saison des pluies, et que nos jeunes deviennent bouffis et meurent.

— Qui le dit ? répliqua celui en noir.

– Le pigeon, répondit celui en marron. Il est revenu tout sale. Et le lièvre est allé jusqu’au fond de la ville une fois. Il le dit aussi. Les hommes étaient trop malades pour le chasser. Il pense que l’homme veut mourir, et son fourbe ami le chien avec lui. Le chien aussi mourra. Ce dégoûtant domestique le chien. Il mourra, le sale domestique.

— Le pigeon et le lièvre ! dit celui en noir. On ne doit pas perdre le faiseur de rides.

— Qui t’a dit qu’il ne mourrait pas, demanda celui en marron.

— Qui me l’a dit ? rétorqua celui tout en noir. Ma famille et les siens se le sont redit depuis des temps sans dont. Nous savons quelles folies peuvent nous tuer et desquelles on peut survivre, et je dis que le faiseur de rides ne mourra pas.

— Il mourra, dit celui en marron.

— Pourquoi ? demanda l’autre.

Et l’homme dit selon son coeur : « Juste une invention de plus. Il y a quelque chose là que je veux que vous fassiez avec le pétrole encore, et puis on arrêtera avec tout ça et on retournera dans les bois.

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48 – Les trois grands fils


Et l’Homme enfin s’éleva dans la gloire finale de sa civilisation, l’édifice imposant de la ville ultime.

Au-dessous de lui, dans les profondeurs de la terre, les machines fournissaient discrètement à tous ses besoins, et c’en était fini de la peine humaine. Alors il pouvait s’asseoir en paix et discuter de la vie sexuelle.

Parfois cependant, surgissant péniblement des champs oubliés, jusqu’à la porte du dehors, parvenait à ce plus lointain rempart de la gloire finale de l’Homme une pauvre femme, qui mendiait. Et toujours ils tournaient le dos. Cette gloire qui était l’accomplissement de l’Homme, cette ville n’étaient pas pour elle.

C’est la Nature qui venait ainsi mendier depuis les champs, dont ils s’étaient toujours détournés.

Et un jour elle surgit de nouveau, et à nouveau ils lui fermèrent la porte au nez. Mais ses trois grands fils vinrent avec elle.

« Eux ils doivent entrer, dit-elle, mes fils appartiennent à votre cité. »

Et les trois grands fils entrèrent.

Et c’étaient les fils de la Nature, les terribles enfants oubliés : la Guerre, la Famine, la Peste.

Et ils entrèrent et trouvèrent l’Homme insouciant dans sa ville, toujours occupé à disséquer ses problèmes, obsédé par sa civilisation, et qui n’entendit même pas le bruit de leurs pas quand ils entrèrent par l’arrière.

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50 – Ce à quoi nous sommes réduits


Quand le publicitaire aperçut les flèches de la cathédrale entre les collines au lointain, il les regarda et frémit.

« Si seulement c’était une publicité pour Beefo, dit-il, si parfumé, si nourrissant : essayez-le dans votre soupe, toutes les femmes l’adorent. »

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fin des 51 histoires
Edward John Moreton Drax Plunkett, baron de Dunsany, « 51 Tales », 1915
texte anglais original © famille Dunsany jusque 2042
traduction & mise en ligne progressives

traduction © François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne 30 mai 2014 et dernière modification le 22 septembre 2017
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