fiction dans un paysage | surveiller la mer

on avait su protéger nos morts


On avait toujours surveillé la mer.

Ils viendraient, ils pourraient venir.

Ils étaient déjà venus : à quatre reprises au moins, en 3000 ans.

On remettait chaque fois les pierres en place, on surveillait la mer.

Le pays ici ne changeait pas : c’est pour ça qu’on le défendait. Nous-mêmes oui, on changeait. Il faut beaucoup de temps et d’immobilité, pour qu’intérieurement on change. Qu’on apprenne les choses ordinaires, les choses courantes, mais aussi un peu des choses souterraines, des forces secrètes.

Ici on gardait nos morts sous nos pieds.

Régulièrement on montait dans les tours pour la veille. Et surtout aux temps gris, aux temps du vent mauvais, au temps des houles hostiles.

À quatre reprises, en 3000 ans, ils étaient venus. Il importait de continuer à surveiller la mer. Jusqu’à présent, on avait su garder nos morts.

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 10 juillet 2014
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