022 | 47°22’45.80 N – 0°42’13.63 E

calme de la Rotonde


 

- ceci est le 22ème rond-point visité, voir liste des précédents ;

- première visite ? voir la présentation générale du projet, qui inclut aussi des invitations et un journal ;

- état actuel du protocole : vues depuis le rond-point devenu chambre à photographier la ville (18 photos) ; vues du rond-point depuis son pourtour (2 photos) ; vue de l’intérieur du rond-point (1 photo) ; vue aérienne © mappy.com avec le rond-point dans son contexte (1 copie écran) ; vidéo lecture (3’08), vidéo captation neutre (3’15) ; un livre enterré (voir protocole livres enterrés) ;

- performances YouTube la littérature se crie dans les ronds-points ;

- en partenariat Pôle des arts urbains Saint-Pierre des Corps (pOlau) & Ciclic.

 

journal de voyage


Je ne serais peut-être pas entré si vite dans le Sanitas et la Rotonde si vite, si ce n’avait pas été de la balade avec Nicolas Simarik qui est l’autre pendant de ce billet, puisque c’est là dans la Rotonde que je demande à Nicolas un exercice improvisé de transformation urbaine, que nous parlons de la reconversion en poulailler de ces cages à vélos mort-nées, et qu’il m’emmène jusqu’à son fabuleux jardin partagé.

La Rotonde est vraiment un quartier à part, une zone de frontières. Et parce que bien clos dans les trois frontières de sa forme en triangle, un calme étrange cet après-midi.

Cet enclavement tient à l’histoire même du quartier : les « rotondes » c’étaient quatre bâtiments pour stocker, réparer, entretenir les locomotives à vapeur, construites là dès 1846. Et un siècle plus tard, toute une aventure du train, les bombardements de 1944 réduisent les installations industrielles à néant. La ville de Tours récupère le terrain, mais lui laisse son nom. Elle y implante un grand gymnase, toujours en service malgré le Palais des sports proches (on ira bientôt), qui verra et accueillera les grandes heures de la boxe.

C’est les années à immeubles, et ils commenceront à se construire là, avant même le Sanitas. Pourtant, c’est le Sanitas qui accueillera les populations les plus fragiles, dans des logements à bas prix, aujourd’hui on a démoli une barre, implanté des équipements sociaux, dont une bibliothèque, réhabilité les autres bâtiments, et ça a été le travail de Nicolas Simarik, parmi d’autres, d’intervenir sur les espaces publics, voir le billet jumeau.
La Rotonde aussi va bientôt commencer un programme similaire de réhabilitation, mais là non, on la surprend dans son reste de sommeil.

Prise de conscience, à la couleur soudaine de l’école primaire, à la décoration sur les murs de l’école maternelle, de combien l’école en tant qu’institution est le lieu essentiel de la communauté, d’elle-même à elle-même comme d’elle-même à son dehors. Pas photographié les trois jeunes femmes en burka, entre la porte de leur immeuble et la file des voitures au long du trottoir, pas photographié les gamins accroupis dans une autre porte un peu plus loin. L’enjeu est là pour tout le monde, de ne pas séparer, on a encore eu la leçon de Joué-les-Tours le mois dernier. Et moi il y a 15 ans, à mon arrivée à Tours en 1996, quand on faisait les ateliers d’écriture au Sanitas, il y avait la présence constante d’Afif Boucetta, assassiné en 2007, qui évoquait le trafic de drogue ici dans ces mêmes rues calmes de la « cité Blanche », pensée pour lui.

Toi, qui passes ton temps à attendre sur cette place
Toi, qui restes assis devant ce café froid
Toi, qui contemples cette cigarette qui se consume
Toi, qui regardes les trains passer
Toi, qui écoutes cette musique lancinante et douce
Toi, qui broies du noir tout en buvant ton café noir
Toi, assis sur ce banc un bonnet sur la tête enveloppé dans une couverture toute mitée et rapiécée
Toi, errant dans cette petite ruelle, ton baluchon et ton bâton
Toi, qui te croyais seul sans cette misère, seul dans la vie
Toi, à qui on a promis toute chose
Toi, où que tu ailles, quoi que tu dises, quoi que tu fasses
Toutes les personnes qui te côtoient, de sept à soixante dix-sept ans
Que ce soit blanc, marron, noir, jaune
Que ce soit un Africain, un Portugais, un Chinois, un Français
Que ce soit un sans domicile fixe, un zonard ou un fricard
Le matin, comme tous les matins tu bouges
Et comme tous les matins le sourire aux lèvres
Tu les revois
Tu les côtoies
Tu les aperçois de l’autre côté de la rue
Tu aimes la rue

Le petit centre commercial accompagnant les immeubles a tenu, boulangerie et boucherie Halal (c’est grâce au commerce Halal que les autres ont tenu, plutôt que d’être avalés par un Intermarché ou un Super U comme dans le quartier Beaujardin de l’autre côté des rails ? Les poulets rôtis empiètent sur le devant de la boulangerie. Il leur reste même un bistrot.

Autre frontière celle de la partie immeuble aux rues droites, avec l’ancien habitat lové près des voies, et ces petites maisons étroites en longueur qu’ici on dit les "tourangelles", petit couloir, étroit salon sur la rue, petite cuisine sur le jardin à l’arrière, escalier pour l’étage. Quand on était arrivé à Tours, pas loin d’ici, on avait visité une curieuse maison avec une seule pièce par niveau, et donc cinq pièces sur les cinq niveaux, la cuisine au deuxième les chambres au-dessus et je n’ai plus jamais retrouvé dans quelle rue était cette maison.

Donc un embranchement des voies, et la coupure à l’arrière de celle pour Nantes, on est vraiment dans un triangle dont la poterne de ce côté est le double passage sous les voies ferrées avec le petit no man’s land au milieu, c’est cela qui fascine aussi dans la ville – mais c’est la même chose à Manhattan – qu’une ville puisse entretenir au sein d’elle-même des espaces ainsi libres, c’est aussi une des questions que pose Simarik.

Les chantiers de briques auront bientôt raison des parcelles à lumières.

 

éléments contingents et factuels


Il y a longtemps que je voulais prononcer dans une de ces lectures ronds-points (ô cette indifférence de ceux qui passent) la phrase de Francis Ponge sur Lautréamont : toute la littérature retournée comme un parapluie, mais il n’était pas prévu que je me casse la figure sur un panneau que je croyais en ciment et qui est en matériau souple. Il a fallu combien de deux roues culbutés sur ces panneaux dans le pays pour qu’on invente ça ? En tout cas ça m’a fait rire quand j’ai vu la vidéo avec le bonhomme qui bat l’air de se sentir tomber, et donc c’est celle-là que je laisse tant pis. Pour le livre (un catalogue d’une expo d’art urbain), je l’ai carrément lancé dans un endroit du bâtiment en construction qui le rend inaccessible et fait qu’il va être à jamais enfermé dans ses parois, c’était bien l’esprit de départ ça aussi.

 

ce que le rond-point voit de la ville


 

le rond-point vu depuis ce qui l’entoure


 

intérieur du rond-point, vue aérienne et vidéo


 

 


en savoir plus sur le livre lu

François Bon © Tiers Livre Éditeur, tous droits réservés
1ère mise en ligne et dernière modification le 24 janvier 2015
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