027 | 47°18’51.81 N – 0°36’14.07 E

zones interdites et fausse ville catastrophe, plus un mort sous le rond-point


 

- ceci est le 27ème rond-point visité, voir liste des précédents ;

- première visite ? voir la présentation générale du projet, qui inclut aussi des invitations et un journal ;

- état actuel du protocole : vues depuis le rond-point devenu chambre à photographier la ville (6 photos) ; vues du rond-point depuis son pourtour (3 photos) ; vue de l’intérieur du rond-point (3 photos) ; vues aériennes © mappy.com avec le rond-point dans son contexte (4 copies écran) ; vidéo lecture (5’17), vidéo captation neutre (0’40) ; un livre enterré (voir protocole livres enterrés) ;

- performances YouTube la littérature se crie dans les ronds-points ;

- en partenariat Pôle des arts urbains Saint-Pierre des Corps (pOlau) & Ciclic.

 

journal de voyage


J’étais venu il y a longtemps, il s’agissait de récupérer des cartons de livres envoyés par Hachette. J’avais découvert cette zone d’entrepôts implantée en plein champs. Sur Google Earth, le dernier cliché remonte à 2007, on ne voit que la plaie faite à la terre. Sur mappy.com, le dernier cliché remonte à 2011, beaucoup des bâtiments que j’ai vus n’y figurent pas. Il devrait y avoir un outil en temps réel pour ces observations-là.

Quand j’ai cherché sur les vues aériennes, ce qui m’a frappé c’est cette route avec barrière à l’entrée, et qui s’enfonçait tout droit dans le bois, avec 2 autres ronds-points au bout, mais des ronds-points interdits. Sur une des images, pourquoi ce fragment d’autoroute avec pont, surgi de nulle part ? Réponse dès que je suis arrivé sur place : centre de formation des pompiers. Rien de mystérieux : ils organisent des portes ouvertes, et on découvre sur Internet plusieurs reportages sur ce qui s’y fait : de faux accidents de gaz, ou de faux accidents de train, donc ici une mini-ville catastrophe avec ses routes, ses voies de chemins de fer et ses usines, mais en réduction comme les mini-châteaux d’Amboise ? Ci-dessous quelques-unes des vues aériennes, elles donnent bien du mystère. S’il vous plaît, messieurs les pompiers, si vous tombez sur ces pages vous m’invitez à visiter ? Cet après-midi, c’était l’entraînement des brigades cynophiles.

En rêvant tout seul au milieu de ce rond-point comme pas fini, juste un rond d’herbe mais tangent à la route, comme si on attendait qu’il y ait plus de circulation pour en faire un vrai rond-point interrompant la petite route mais qu’on n’avait pas osé, c’est à cela que je rêvais : pourquoi alors ne pas concentrer toutes les vraies catastrophes du monde en des lieux aussi bien délimités que celui-ci, et qu’on puisse vivre tranquille dans le reste ?

Et est-ce que chaque ville de France dispose ainsi de sa ville-catastrophe adaptée et particulière, qui n’est qu’à elle, à échelle réduite, et qu’on ne pourrait découvrir que depuis le rond-point banal qui y mène ?

Surprenant rond-point, parce qu’au milieu il y a une sorte de tombe – tombe d’un inconnu, d’un pompier qui a fui, d’un mort trouvé là ? C’est là que je m’installerai pour lire, en communion avec ce mort inconnu, au milieu de son cercle d’herbes.

Des chauffeurs de l’entreprise Challenge, voisin d’Exapaq qui transporte les livres (ce que j’ai fait moi aussi, en enterrant un solide recueil de Didier Daeninckx, il me semblait qu’en ce lieu de zone interdite c’était le plus recommandé), j’ai reconnu un des camions, à cause de la plaque du chauffeur sur le pare-brise, avec le mot Lagaffe. Plusieurs m’ont adressé des signes amicaux : je suppose qu’ils ne voient pas beaucoup de photographes, ici.

Bizarrerie de cette zone : qu’elle soit défendue par des entassements de pierres grillagées, comme on fait pour rafistoler les digues. Mais de quelle possible future insurrection se méfient-ils ? Ça s’appelle Carrefour de Touraine, je vous mets bien au défi de demander à quelqu’un de vous en indiquer le chemin.

Reste, ah oui tenace, cette idée de zones soudain interdites, découpées à même le vieux pays de bois et de champs, et que c’est quand même une fonction distincte et nécessaire de la ville.

Deux heures allongé comme chez soi sur le rond d’herbe du rond-point où personne ne vient pour y gamberger, ce n’est pas de trop.

 

éléments contingents et factuels


La petite plaquette pour relier l’appareil-photo au pied était tombée dans le fond de la voiture, alors pour la vidéo j’ai juste posé l’appareil par terre, et ce serait presque une idée à refaire. Une grosse pierre plate sur le bord, c’était parfait pour héberger ce livre de Daeninckx : à côté de cette fausse ville avec ses faux rails et fausses autoroutes, à 4 kilomètres de chez moi et dont je n’avais jamais supposé l’existence ni la nécessité fonctionnelle, je trouve le bon sourire du Didier parfait, et ça me fait sourire moi aussi de penser que les dizaines de véhicules de secours qui semblent se succéder ici n’en sauront jamais rien. À peine j’avais fini mes réglages en ce lieu parfaitement désert qu’un genre de camion est venu se garer dans le champ, je n’avais pas supposé que le gars descendrait pour faire je ne sais quoi, du coup on est 2 sur la vidéo, 3 avec le mort sous la dalle où je m’assieds. Pour en savoir plus sur Hubert Lucot et ses mots d’ordre, voir cet entretien que j’avais fait avec lui, au 18ème étage de la BNF, en 2007 je crois.

 

ce que le rond-point voit de la ville


 

le rond-point vu depuis ce qui l’entoure


 

intérieur du rond-point, vues aériennes et vidéo


 

 


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, tous droits réservés
1ère mise en ligne et dernière modification le 12 mars 2015
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