Denis Montebello | la fête au fricot

quand l’aventure dans les vieilles recettes de l’Ouest met à nu le visage de la langue



lectures à la lampe de poche, série

L’aventure a commencé dans un mensuel, L’Actualité Poitou-Charentes (avec un s à Charente, ce qui me semble une infamie vu qu’il y a deux Sèvres mais une seule Charente et encore, qui coule toujours dans le même sens), dirigé par Jean-Luc Terradillos et qui fait partie aussi de ma propre aventure : depuis des années que ça dure, et qu’on s’y croise, nous les plumitifs, avec les inventeurs, les savants, les agriculteurs ou entrepreneurs.

Donc Denis y propose dans chaque numéro une étrange chronique, chaque fois prétexte à un voyage, une boulangerie, une charcuterie, un marché, un port, une ferme, une foire, accompagné d’un photographe non des moindres, Marc Deneyer.

Jusque-là, c’est banal et des livres de cuisine régionale vous avez ça au kilo dans toutes les solderies.

Seulement, Montebello, lorrain exilé dans les Charente (sans s, mais l’article au pluriel) et les Deux-Sèvres (quoique lui ce serait plutôt la Sèvre niortaise, celle qui coule à Celles-sur-Belle, la Belle en étant un affluent), ce qu’il ramène c’est la langue.

Même si c’est en 2 ou 4 feuillets, voilà l’étymologie, et il s’y connaît : il traduit le latin, enseigne le grec. Et voilà la littérature÷ ici, pour les multiples emplois de ce vieux mot fricot et ce qu’il dévoile des usages de ceux qui n’ont guère mieux à mettre sur leur pain, voilà cité Ernest Perochon, instituteur laïc qui reçut le Goncourt pour un livre refusé par tous les éditeurs de Paris, et publié à compte d’auteur, et voilà cité Pierre Michon, qui n’est pas sans points communs avec le premier.

Et puis voilà un violoneux, Aimé Bozier – dont moi aussi dans les autrefois j’ai su jouer les marchoises à l’accordéon diatonique –, et voilà les karaokés de maintenant, et voilà l’Acadie (ce trouble où nous sommes, nous autres, quand entre Moncton et Halifax on découvre cette langue qui parle notre enfance, ce qui n’est pas le cas de la langue québécoise).

C’est publié au Temps qu’il fait de Cognac, comme la plupart des livres de Denis, avec ses fictions chez Fayard.

Bien sûr, le zizi de Barbezieux, ou les mogettes (que ne connaît pas Hervé Jeanney) ça ne concerne que nous dans l’Ouest, qui revoyons encore la grand-mère de Damvix déposer sur la table le grand plat de farci poitevin avec l’oseille du jardin, et qui savons aussi combien la mer autrefois, avant ce grand désert écologique qu’est devenu l’estran après 50 ans de tourisme de masse, type Xantia, était nourricière autant de gestes et de mots et d’émerveillement qu’elle organisait la convivialité des repas.

Donc, 1 si vous n’êtes pas de l’Ouest, 2 si la littérature et l’étymologie ne vous sont rien, 3 si vous voulez des recettes de cuisine et pas les yeux la voix la bouche de qui vous propose le plat et le raconte, bien sûr ça ne vous concerne pas.

J’aurais pu lire n’importe lequel des 40 ou 50 chapitres rassemblés ici, celui-ci est juste exemplaire, d’ailleurs il y en a d’autres en ligne sur le site d’Actualité Poitou Charentes (avec ce s criminel), et j’ai rajouté pour mon propre plaisir, comme le fabuleux repas de Gaster à la fin du Quart Livre de Rabelais qu’on a en partage, une lecture... de la table des matières.


acheter le livre

- le blog de Denis Montebello, Cotojest, un peu assombri par les pubs overblog, mais quelles belles chroniques, en voilà une récente ;
- à lire aussi, la page de Denis Montebello chez son éditeur Le temps qu’il fait, et la page consacrée à ce livre, Aller au menu ;
- on peut aussi le suivre sur Facebook et sur Twitter @denismontebello ;
- photo haut de page : tomates farcies du dimanche, à Damvix, archives familiales, 1965 (peut-être ne laisserai pas longtemps, et mettrai un paysage à la place).

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 3 mai 2015
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