de ma bibliothèque Lovecraft (et pourquoi des vidéos)

lancement numérique des « Montagnes de la folie », et quelques petites choses sur mes vidéos



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Ce que je fête, c’est la mise en ligne d’une traduction bien plus rude que les précédentes, les 12 chapitres des Montagnes de la folie, 178 pages plus – disponible en ligne – son introduction : the new antarctic thing, traduction qui toutes ces dernières semaines, depuis l’échappée San Francisco, m’a avalé à l’exclusion de tout le reste.

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L’autre interrogation, c’est l’usage de la vidéo, son emboîtement de temps, sa narration par plans, si on l’applique à notre environnement d’auteur – non pas comme un making of mais comme un objet en soi, y compris avec sa part de fiction. Que désormais « le web n’est pas un intermédiaire, mais une destination », selon ce que je disais (en vidéo aussi !) à Rue89. Vous êtes nombreux déjà à suivre le vidéo-journal, qui remplace l’ancien journal du site (2007-2015, quand même), un petit film entre 2 et 4 minutes sur les 24 heures que dure la journée, sous l’intitulé 2MINUTESADAY – et on peut s’y abonner directement sur YouTube (merci !).

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Cela se double d’une interrogation sur ce média lui-même, son évolution propre : parler 10 minutes devant sa caméra ce n’est pas un exercice simple, que ce soit construit (plans montés) ou juste capté (comme ci-dessous, impro brute) ; j’ai de l’admiration pour celles et ceux qui en font vraiment un exercice d’exposition et de création, plastique ou verbale. La difficulté est d’abord, d’ailleurs, vis-à-vis de soi-même. Quand ils viennent du film, comme Casey Neistat qui en a renouvelé le vocabulaire, ce sont des potentialités impressionnantes. Donc, là, je souhaitais franchir cette barrière : se filmer en train de parler.

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Dans ma chaîne YouTube ça devrait donc se conjuguer, le vidéo-journal, les LECTURES d’oeuvres récemment parues (prochain au programme, André Markowicz), les PRIÈRES&CHANTS pour les hors piste, mais cette forme d’auto-exposition en 10 minutes (sauf qu’ici, pour la première, ça monte à 19... vous n’êtes pas obligés de regarder jusqu’au bout !) je compte m’en servir pour d’autres recoins de ma bibliothèque (Stones, Michaux, Rabelais, il y a le choix) mais aussi la préparation de mes cours et de mes ateliers – c’est même ça, secrètement, l’enjeu principal : non pas filmer ce que je fais en cours, mais propulser dès la veille, y compris pour mes propres étudiants EnsaPC, de quoi il sera question le lendemain ou surlendemain.

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Je ne sais pas comment on pourrait échapper à cette loi, concernant un support et des outils neufs, et constamment changeants : l’Internet s’invente en marchant. Ça veut dire, depuis le 29 juin, et après une année de familiarisation, notamment via les ronds-points (ça va reprendre bientôt, mais les Montagnes c’était vraiment exclusif tous ces temps), j’ai lancé mes vidéos en l’état (je n’archive même pas les prises originales, ni les montages une fois finalisés et exportés), avec pour seule règle que de l’une à l’autre j’apprenne un petit machin technique ou corrige un petit ou gros défaut. Dans la vidéo Lovecraft ci-dessous, c’est au point que je raconte les défauts en sous-titre. Donc ne désespérons pas, mais (un peu comme ce que nous apporte la publication web), c’est en propulsant, partageant, écoutant les retours qu’on apprend.

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Il y a plein de questions adventices. Qui sommes-nous dans cette guerre des plateformes : Facebook lance sa propre diffusion de vidéos (mais pas encore avec les outils d’arborescences et d’abonnements qu’a eu le temps de roder YouTube), et YouTube ne décompte pas dans ses visionnages ceux qui se font sur Facebook, pourtant de mon côté, Facebook et Twitter restent incontournables pour la propulsion. Il est décisif d’être maîtres des contenus que nous propulsons, c’est le cas ici sur mon site, ce n’est plus le cas si je passe par une plateforme. L’autre critère c’est la disproportion géante entre public francophone et public anglophone : les outils de recommandation, et en partie l’outil même, sont conçus à l’échelle de leur réception anglophone, mais ça nous laisse quand même belle marge de territoire...

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Pas de rémunération associée à ces vidéos : de toute façon elle serait bien dérisoire [1]. Si parfois apparaît un écran de pub YouTube, c’est que j’utilise dans la vidéo une musique sous droits (mais j’espère bien que les copains, les Pifarély, Courtois, Corneloup, Groleau, Segal et autres voudront bien m’alimenter un peu !). Mais oui, ça m’intéresse de faire des stages d’écriture (en particulier avec les dpts français de facs à l’étranger, ou formation d’enseignants à l’écriture créative, oui toujours prêt à venir en performance solo ou avec Pifarély, et désormais c’est bien rare que j’aille quelque part sans tomber sur gens qui me connaissent par le site...). Il faudra aussi que les initiatives littéraires (je parle des bien, pas des « salons » de m...) apprennent à nous inviter en tant que vidéo-blogueurs plutôt que leurs tristes sites vitrine... Mais surtout, si vous voulez contribuer à la tire-lire matos, merci de votre petit coup de pouce, accès à larges ressources réservées en compensation [2]...

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Je trouve qu’on n’est pas assez nombreux à utiliser YouTube pour l’écriture et la lecture, il y a un souffle de l’outil même qui me fait pareil que l’arrivée des blogs en 2004. C’est le lien entre ressources fixes (ici) et vidéo (la chaîne Tiers Livre) qui est l’enjeu, problématiques déjà bien connues des photographes entre FlickR, Tumblr et site perso. Et ça pourrait bien à terme déranger aussi bien le cinéma [3] que la littérature : ce qui émerge par youtubers, booktubers etc – y compris sociologiquement – me semble se substituer en partie aux problématiques de l’image numérique fixe. Quelques copains s’y mettent, tant mieux, allons-y ensemble (de mon côté, j’ai définitivement clos l’expérience nerval.fr, dont je suis pourtant très fier : 3 ans, 135 textes longs, et la revue vient de passer les 100 000 lectures, comme un beau livre...).

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Et maintenant je vous laisse avec mon historique 1ère impro livre face caméra, avec tous ses défauts sous-titrés [4]. Les livres évoqués sont pour la plupart, Lovecraft oblige, parus chez Hippocampus Press, vous les y retrouverez facilement – en particulier leur page Lovecraft. Je n’ai pas suffisamment parlé des ressources directement numériques, comme la Lovecraft Encyclopedia conçue par S.T. Joshi, accessible directement sur Kindle. Un point d’entrée majeur, à partir de quoi reconstituer tout le reste, c’est la biographie monumentale de S.T. Joshi, 1ère version 1997, version augmentée 2005, version Kindle encore plus complète. J’essaye de convaincre les éditeurs autour de moi qu’il faut une traduction française de ce livre, S.T.J. prêt d’ailleurs à ce qu’on la resserre un peu (version Liverpool UK c’est le cas), et que je serais prêt à m’y mettre... De mon côté, l’expérience avec Points-Seuil, les 3 opuscules parus en avril, semble positive, j’espère que ce sera OK pour la salve suivante, et en attendant plein de choses sur The Lovecraft Monument, et sur YouTube la rubrique PRIÈRES&CHANTS avec d’autres vidéos Providence, comme Chasse au Lovecraft de nuit (peut-être un point de départ...). Photos haut de page : Providence, Angell Street, détails.

 


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[1Il y a ceux qui font du branding, ceux qui vendent des tee-shirts, ceux qui entrelardent de pubs, rien de bien excitant à l’horizon des schémas économiques du web...

[2Si vous téléchargez un des livres numériques de Tiers Livre Éditeur, ça compte dans le coup de pouce aussi ! – sachant que l’abonnement au site vous donne accès à la totalité de ces livres, définitivement et librement, pour 20 euros.

[3À disposer cette année d’un poste d’observation privilégié, presque l’impression que le monde du film, malgré Viméo, malgré Lussas, malgré la migration numérique des outils, reste avec les réseaux sociaux et la viralité des objets, ou l’apparition de nouveaux territoires comme le webdoc dans une position équivalente au monde du livre vis-à-vis de l’édition numérique il y a 5 ans – je reviendrai probablement sur tout ça, mais à l’issue de mon mandat CNC.

[4Matériel utilisé dans les vidéos : Canon 700D + objectif Sigma Art 18-35 & micro Rode, Canon G7X point & shoot, Zoom H4n, pied Manfrotto.

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 10 septembre 2015
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