H.P. Lovecraft | De la composition littéraire

un presque manuel de creative writing par HPL jeune



- grammaire

- types de fautes

- lecture

- vocabulaire

- phases élémentaires

- description

- narration

- composition

 

Ce texte, bien sûr considérablement important, puisque donnant une image très concrète de comment HPL percevait la phrase, le récit, analysait ses fonctions descriptive ou narrative, ou ce qu’il dit sur la lecture, est paru en 1920 dans The United Amateur.

Même si ce texte est souvent associé à aux Notes sur l’écriture de la fiction surnaturelle, publiées l’année de sa mort, en 1937, c’est de cette date dont il faut se souvenir : l’implication principale de Lovecraft, à ce moment de ses 30 ans, c’est le journalisme amateur. Il commence seulement à publier des récits fantastiques. Ses propres récits ultérieurs ne rentreraient pas dans cette description très analytique et sage.

Se souvenir aussi qu’il s’agit d’une série d’articles à vue didactique (le « précédent article » auquel il fait allusion n’est pas de lui).

Mais quelle leçon narrative, quelle leçon de cet ensemble de paramètres qui sont le contact physique de la langue dans le moment même de l’écriture.

FB

NOTA : traduction en cours, manquent les 2 rubriques du début, « grammaire » et « faute », je m’en acquitte au plus tôt, plusieurs trads en cours en ce moment.

 

Lovecraft | De la composition littéraire


Dans un précédent article, nous avons montré à nos lecteurs les sources fondamentales de l’inspiration littéraire, et les principales conditions préalables de l’expression. Il nous reste à aborder les remarques concernant l’expression elle-même ; ses formes, usages, techniques pour que le jeune écrivain puisse ne rien perdre de force et de charme en présentant ses idées à son public.

 

grammaire

Il n’est pas de notre propos de donner ici un tableau des éléments de la grammaire anglaise [...]

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types de fautes

La plupart des fautes des jeunes auteurs, hors les grossières violations de syntaxe que l’éducation corrige habituellement, se décompose comme suit.

[...]

Pendant toute la période d’apprentissage d’un jeune auteur, il doit avoir sous la main des manuels et dictionnaires fiables ; et éviter autant que possible ces improvisations hâtives de l’écriture qui sont le privilège des étudiants plus avancés. Il ne doit considéré comme acquis aucun des usages populaires, et ne jamais hésiter, s’il doute, à revenir à l’autorité des livres.

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lecture

Aucun aspirant écrivain ne saurait se contenter de l’acquisition des premières règles techniques. Comme le remarquait Mme Renshaw dans l’article précédent, « l’impression doit toujours précéder et être plus forte que l’expression ». Toute tentative d’acquérir le poli littéraire doit commencer par des lectures judicieuses, et l’apprenant ne doit jamais cesser de pousser cette phase plus loin. Dans de nombreux cas, on trouvera dans la lecture des bons auteurs un meilleur guide que dans n’importe quel manuel. Une page d’Addison ou d’Irving en apprendra plus sur le style qu’un livre entier de règles, tandis qu’une nouvelle d’Edgar Poe impressionnera l’esprit des plus fortes et vives notions pour une description et une narration correctes que dix chapitres stériles d’un guide épais. Que chaque étudiant lise sans jamais s’arrêter les meilleurs auteurs, et suivez pour cela l’admirable Table de Lecture qui enrichit le United Amateur depuis deux ans.

Et tout aussi important de laisser tomber les types de lecture plus vulgaires. Les magazines populaires inculquent un style déplorable et sans soin qu’il est difficile de désapprendre. Si on doit lire de telles choses, qu’on les parcoure le plus légèrement possible. Une belle habitude à entretenir c’est l’étude analytique de la Bible King James. Par son anglais simple mais riche et vigoureux, ce chef d’oeuvre est difficile à égaler ; et même à travers son vocabulaire saxon et son rythme poétique interdisent d’en déduire quoi que ce soit pour la composition générale, c’est un modèle inégalable pour le pittoresque et l’imaginaire des écrivains. Lord Dunsany, peut-être le plus grand écrivain vivant en prose, a pris toutes ses tendances stylistiques dans les Écritures ; et le critique contemporain Boyd a bien signalé ce que perdaient même les plus catholiques des écrivains Irlandais à cause de leur non-familiarité avec ce livre historique et ses traditions.

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vocabulaire

Un effet superlativement important de vastes lectures c’est l’élargissement du vocabulaire qui l’accompagne toujours. L’étudiant ordinaire est fortement handicapé par le bassin étroit des mots dont il dispose, et il découvre bientôt qu’il ne peut éviter la monotonie dans les longues compositions. En lisant, le débutant notera les divers modes d’expression utilisés par les bons auteurs, et devra les garder à l’esprit pour un usage futur des synonymes les plus appropriés dont il aura besoin. Jamais un mot rare ne devrait être accepté sans son explication ; et avec un peu de recherche consciencieuse nous pouvons chaque jour ajouter à nos conquêtes dans le royaume de la philologie, et progresser peu à peu dans l’élégance et l’indépendance de l’expression.

À élargir le vocabulaire, nous devons cependant être attentifs à ne pas utiliser de travers nos nouvelles possessions. Nous devons nous souvenir qu’il existe de fines nuances entre des mots apparemment similaires, et que ce langage doit toujours être choisi avec intelligence et soin. Comme le remarque dans ses Lectures le Dr. Blair : « Dans toute langue il y a difficilement deux mots qui transmettent exactement la même idée ; quelqu’un de tout à fait au courant des propriétés du langage sera toujours capable de reconnaître ce qui les distingue. »

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phases élémentaires

Avant de passer aux différentes catégories formelles de la composition, il est nécessaire de recenser les éléments qui leur sont communs à toutes. Si on les analyse, on trouvera que tous les échantillons d’écriture comportent un ou plusieurs des principes basiques ci-après. La description, ou un état de l’apparence des choses ; la narration, ou un état de l’action des choses ; l’exposition, qui définit et explique avec lucidité et précision ; l’argument, qui établit la vérité et rejette l’erreur ; et la persuasion, qui pousse à certains actes ou pensées. Les deux premiers sont la base de la fiction ; le troisième des écrits didactiques, scientifiques, historiques et d’opinion. Le quatrième et le cinquième sont surtout employés en conjonction avec le troisième dans la littérature scientifique, philosophique ou partisane. Tous ces principes, cependant sont généralement associés à un autre. L’oeuvre de fiction peut avoir sa part historique, scientifique ou argumentative ; tandis que le journal ou le traité peut s’orner de descriptions ou d’anecdotes.

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la description

La description, pour être efficace, en appelle à deux qualités mentales : l’observation et la différenciation. Beaucoup de descriptions, pour prendre vie, dépendent de la reproduction pertinente de détails ; d’autres d’une judicieuse sélection de points signifiants, ou saillants, ou typiques.

On ne saurait jamais être assez vigilant dans le choix des adjectifs pour la description. Des mots et des expressions qui décrivent avec précision, et qui font converger exactement les bonnes suppositions dans l’esprit du lecteur, voilà l’essentiel. Comme exemple, prenons à l’admirable travail de Richard Green sur la composition la liste des épithètes applicables à une fontaine :

Crystal, gushing, rustling, silver, gently-gliding, parting, pearly, weeping, bubbling, gurgling, chiding, clear, grass-fringed, moss-fringed, pebble-paved, verdant, sacred, grass-margined, moss-margined, trickling, soft, dew-sprinkled, fast-flowing, delicate, delicious, clean, straggling, dancing, vaulting, deep-embosomed, leaping, murmuring, muttering, whispering, prattling, twaddling, swelling, sweet-rolling, gently-flowing, rising, sparkling, flowing, frothy, dew-distilling, dew-born, exhaustless, inexhaustible, never-decreasing, never-failing, heaven-born, earth-born, deep-divulging, drought-dispelling, thirst-allaying, refreshing, soul-refreshing, earth-refreshing, laving, lavish, plant-nourishing.

Dans le but de s’assurer d’épithètes à la fois pertinentes et heureuses, le jeune auteur doit se familiariser sérieusement avec l’aspect général et les phénomènes de nature, aussi bien qu’avec les idées que ces choses induisent dans l’esprit humain.

Les descriptions peuvent concerner des objets, des lieux, des animaux, des personnes. La description complète d’un objet est habituellement composée des éléments suivants :

Quand, où et comment vus ; quand fabriqués ou trouvés ; comment transformés par le temps.

Histoire, et associations habituelles.

Matière et élaboration à l’origine.

Taille, forme et apparence.

Analogie avec des objets similaires.

Sensations que procure de le contempler.

Son rôle ou sa fonction.

Ce qui résulte de son usage.

La description des lieux dépend bien sûr du type d’endroit considéré. Si c’est un décor naturel, privilégier les éléments suivants :

Comment on les voit à l’aurore, à midi, le soir ou la nuit ; à la lueur des étoiles ou au clair de lune.

La configuration naturelle, plane ou montagneuse ; aride ou touffu ; quelles espèces végétales ; arbres, montagnes, rivières.

Ce qui y est dû à la main de l’homme, bâtiments, ponts ; modifications de l’environnement dues à l’homme.

Habitants, et diverses formes de vie animale.

Coutumes locales et traditions.

Sons dus aux eaux, aux forêts, aux feuilles, aux oiseaux, aux fermes, aux êtres humains, aux machines.

Ce qu’on découvre de chaque côté, et le lieu lui-même aperçu d’ailleurs.

Les analogies avec d’autres décors, notamment les plus célèbres.

Histoire et associations.

Sensations induites par sa contemplation.

Les descriptions d’animaux peuvent s’établir ainsi :

Espèces, taille.

Pelage.

Membres.

Habitat.

Caractéristiques et habitudes.

Nourriture.

Utiles ou nuisibles.

Histoire ou association.

La description des personnes peut varier à l’infini. Parfois une simple et précise esquisse fait ressortir la totalité du personnage et de son caractère, comme un de nos auteurs d’aujourd’hui, Leonard Merrick, évoque une distinction miteuse par la seule conjonction d’une redingote sur des pantalons d’un costume de tweed. La suggestion est un outil puissant en ce cas, surtout pour faire ressortir telle spécificité mentale. Le traitement doit varier avec l’intention de l’auteur ; quand décrire surtout une idée personnifiée, ou quand donner une impression quasi photographique, mentale et physique, pour donner vie au personnage. Dans une description générale, on trouvera les éléments suivants :

Apparence, stature, complexion, proportions, particularités.

Particularités plus flagrantes.

Expression.

Charme ou laideur.

Séduction, goût, qualités.

Habits, réalisations, habiletés ou maladresses.

Qualités morales et rôle intellectuel dans la communauté.

Qualités remarquables.

À lire le résumé ci-dessus, le lecteur doit se souvenir qu’il ne s’agit que de suggestions, impropres à l’emploi littéral. L’importance de la description est conditionnée par sa place dans la composition ; par le goût et par la pertinence. On doit aussi ajouter que, dans la fiction, la description ne doit pas être utilisée avec excès. Pléthore de description mène à lourde grisaille, à moins d’être sans cesse contre-balancée par un flux frais de narration, ce à quoi nous passons maintenant.

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la narration

La narration est un compte rendu d’action, ou d’événements successifs, soit réels soit imaginés ; et c’est la base à la fois de l’histoire et de la fiction. Pour être heureuse et réussie, elle exige l’exercice intelligent du goût et de la nuance ; on doit choisir les éléments saillants, ainsi que l’ordre du temps et des circonstances à organiser. On juge sage dans la plupart des cas de faire qu’un climat donne forme aux éléments narratifs ; triant les événements du plus petit au plus grand, pour culminer dans l’événement principal pour lequel l’histoire a été entreprise, ou qui rend les autres éléments importants à travers sa propre importance. Un principe, une fois de plus, qui ne peut pas être suivi à la lettre dans toutes les narrations historiques et biographiques.

 

la narration fictionnelle

Le point essentiel de la narration fictionnelle c’est l’intrigue, qui peut être définie comme une séquence d’incidents destinés à éveiller l’intérêt du lecteur et provoquer sa curiosité. L’intrigue peut être simple ou complexe ; mais ce qui est essentiel c’est le suspense, et le progrès de l’atmosphère d’un incident à l’autre. Tout incident dans une oeuvre fictionnelle doit avoir sa part dans l’atmosphère ou le dénouement, et tout dénouement qui ne serait pas le résultat inévitable des incidents qui le précèdent est maladroit ou arbitraire. Aucun cours théorique sur l’art de la fiction ne peut remplacer une analyse détaillée et attentive des récits d’Edgar Poe ou d’Ambrose Bierce. Dans ces chefs d’oeuvre on peut considérer que la marche continue des séquences et l’enchaînement des incidents a pour résultat le conte idéal. Observez comment, dans La chute de la maison Usher, chaque élément séparé annonce et conduit à l’extraordinaire catastrophe et sa hideuse suggestion. Poe était un maître absolu des mécaniques de son art. Observez aussi comme Bierce peut produire les dénouements les plus étonnants depuis quelques simples événements ; dénouements qui se développent uniquement depuis les circonstances qui le précèdent.

Dans une narration fictionnelle, la véracité est absolument essentielle. Un récit doit être cohérent et doit éviter tout événement trop visiblement hors de l’ordre ordinaire des choses, à moins que cet événement soit le catalyseur principal, et qu’on approche avec la préparation la plus précautionneuse. Dans la vie réelle, des choses bizarres ou erratiques peuvent à l’occasion survenir ; mais elles sont hors de propos dans un récit usuel, tant la fiction est une sorte d’idéalisation de la moyenne. Le développement doit être aussi proche de la vie que possible et une conclusion faible ou étirée est à proscrire. La fin d’une histoire doit être plus forte, plutôt que plus faible, que le début, si après tout c’est la fin qui recèle le dénouement ou le point culminant, qui laissera la plus forte impression sur le lecteur. Il n’est du tout inenvisageable pour un débutant d’écrire d’abord le dernier paragraphe de son histoire, une fois que le synopsis de l’intrigue a été élaboré avec soin, comme cela doit toujours être le cas. De cette façon, il pourra concentrer sa meilleure vigueur mentale sur les parties les plus importantes de sa narration ; et si en fin de compte des changements se révèlent nécessaires, ce sera facile à faire. À aucun moment d’une narration une pensée ou un passage emphatique ou majestueux ne doit être suivi d’un autre plus prosaïque ou fade. Ce qu’on nomme anticlimax expose l’écrivain au ridicule. Ainsi l’effet absurde du couplet ci-dessous, pourtant écrit par rien moins que Waller :

Under the tropic is our language spoke,

And part of Flanders hath receiv’d our yoke.

Unity, Mass, Coherence.

Quand on développe un thème, aussi bien narratif que descriptif, il est nécessaire que ces trois qualités structurelles soient présentes : l’unité, la masse, la cohérence. L’unité est le principe selon lequel toute partie de la composition doit être en relation au thème central. C’est le principe qui exclut tout motif étranger, et exige que chaque fil suivi converge vers l’apogée. On peut recenser des violations classiques du principe d’unité dans certains épisodes d’Homère ou autres poètes épiques de l’Antiquité, aussi bien que dans les digressions de Fielding et d’autres romanciers célèbres ; mais il ne revient pas au débutant de s’aventurer dans de telles libertés. L’unité est la qualité que nous avons ci-dessus évoqué et loué pour Poe et Bierce.

La masse est le principe qui requiert que les parties les plus importantes d’une composition en occupent les places correspondantes, les plus importantes, le paragraphe et la phrase. C’est une loi qui tient au goût et permet que l’emphase soit placée où il faut de l’emphase, et est combinée de la façon la plus saisissante pour contribuer à l’emphase de la fin. Selon cette loi, la fin d’une composition est sa partie la plus décisive, et le début juste après elle par ordre d’importance.

La cohérence est le principe qui regroupe les parties reliées entre elles et sépare l’une de l’autre celles qui ne sont pas reliées. Cela concerne, comme la masse, la composition entière, le paragraphe ou la phrase. Elle exige que des événements de la même famille puissent être racontés sans interruption, l’effet suivant la cause dans un flux constant.

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les formes de la composition

Peu nombreux les écrivains à réussir dans toutes les différentes espèces de littérature. Chaque type de pensée a sa propre forme d’expression particulière, basée sur une convenance naturelle ; et la moyenne des auteurs tend à s’installer dans la forme qui convient le mieux à sa personnalité. Ils sont cependant nombreux à s’essayer dans plusieurs formes ; et quelques écrivains passent de l’une à l’autre à mesure que l’âge change leur processus mental ou leurs points de vue.

Il est recommandé au débutant, pour l’amplitude de ses moyens et sa discipline, de s’exercer au moins un minium dans chaque forme de l’art littéraire. Il pourra ainsi découvrir ce qui convient le mieux à son tour d’esprit, et y développer des potentialités imprévues.

Nous aurons ainsi seulement parcouru les plus simples phases de l’écriture qui sont au centre de la fiction en prose ou de l’essai descriptif. Ci-après nous espérons prolonger l’analyse aux écrits didactiques, argumentatifs ou d’opinion ; et d’examiner en partie les sources de la force rhétorique et de l’élégance, pour aborder quelques aspects majeurs de la versification.

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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 23 novembre 2013
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