Montague Rhodes James | La chambre n° 13

une des histoires fantastiques qui fascinaient le plus H.P. Lovecraft


Médiévaliste à l’université de Cambridge, Montague Rhodes James (1862-1936), a d’abord écrit ses histoires de fantômes et autres variations sur le fantastique et l’horreur pour les lire lui-même à ses amis, comme contes de Noël. Trois volumes de ses Ghost stories of an antiquary paraîtront en 1904, 1911 et 1919. Lovecraft le découvre en 1925, alors qu’il a commencé ses recherches et annotations pour son Essai sur le surnaturel en littérature, et le place dès lors comme influence essentielle, avec Algernon Blackwood et une poignée d’autres, pour cette spécificité du fantastique émergeant d’une situation quotidienne impossible à mettre en cause. Il est l’auteur dont il constitue le plus de ses compressions dans le carnet de 1933, et notamment cette Chambre n° 13.

Et qui supporte fameusement la relecture, le plaisir de la traduction, et l’implacable double ellipse de la fin ouverte.

FB

- traduction : L.A. & San Francisco, juillet 2018 © François Bon. Version audio / vidéo à venir.
- photographie haut de page : August Strindberg.

 

La chambre n° 13


VIBORG TIENT À JUSTE PRIX bonne place parmi les villes du Jutland. Elle est le siège d’un évêché ; elle s’honore d’une cathédrale toute nouvellement construite, d’un parc agréable, un lac magnifique, et bien d’autres trésors. Tout auprès il y a Hald, comptée comme une des choses prestigieuses du Danemark, et plus près encore Finderup, où Marsk Stig assassina le roi Erik Glipping le jour de la Sainte Cécile, en l’année 1286. Et on décompta cinquante-six empreintes carrées de masses d’armes sur son crâne lorsqu’au XVIIe siècle on ouvrit sa tombe. Mais je ne veux pas ici proposer un guide touristique.

Il y a quelques bons hôtels à Viborg — le Preisler et le Phoenix disposent de tout ce qu’on peut désirer. Mais mon cousin, dont je veux ici vous narrer les expériences, la toute première fois qu’il s’arrêta à Viborg, était descendu à l’hôtel du Lion d’Or. Et s’il n’y est plus retourné, les pages qui vont suivre expliqueront peut-être la raison de sa défiance.

L’hôtel du Lion d’Or est un des rares bâtiments de la ville à avoir été épargné par l’incendie de 1726, qui détruisit presque complètement la cathédrale, l’église Sognekirke, l’hôtel de ville et quasi tout ce qui ici était ancien et d’intérêt. C’est une grande maison de brique rouge — ou plutôt, une façade de brique avec un perron de pierre aux lignes courbes et une devise au-dessus de la porte, mais la cour dans laquelle arrivent les voitures est toute de bois noirci et de plâtre blanc.

Le soleil se couchait quand mon cousin franchit la porte, et la lumière frappait en plein la façade imposante du bâtiment. L’aspect ancien du lieu l’enchanta, et tout lui promettait un séjour parfaitement satisfaisant et agréable dans le vieux Jutland.

Ce n’étaient pas les affaires, au sens ordinaire tu terme, qui avaient amené M. Anderson à Viborg. Il avait entrepris des recherches sur l’histoire de l’Église au Danemark, et il lui était venu à connaissance que certains papiers épargnés par l’incendie, relatifs aux derniers jours de l’Église catholique dans le pays, étaient toujours conservés aux archives municipales de Viborg. Il se proposait donc de passer le temps qu’il fallait, deux semaines ou même trois, pour les déchiffrer et en établir des copies, et espérait que le Lion d’Or lui fournirait une pièce de taille suffisante pour servir à la fois de chambre et de bureau. Il avait expliqué ses souhaits au propriétaire qui, après une réflexion qui sembla profonde, lui répondit que la meilleure façon peut-être pour le monsieur d’y satisfaire était qu’il visite les deux plus grandes chambres et choisisse celle qui lui convenait. Ce qui paraissait une bonne idée.

La chambre du haut fut refusée, parce que nécessitant de grimper trop de marches après la journée de travail ; la deuxième chambre n’avait pas l’espace suffisant ni les dimensions requises ; mais au premier étage il y avait le choix entre deux ou trois chambres qui seraient admirablement convenables, si leur taille convenait.

Le propriétaire insistait fortement en faveur de la chambre n° 17, mais M. Anderson objecta que les fenêtres donnaient sur le mur aveugle de la maison d’en face, et qu’il y ferait bien sombre l’après-midi. La chambre n° 12 ou la n° 14 seraient bien mieux, puisque donnant toutes deux sur la rue, et la jolie vue comme la belle lumière du soir compensaient largement, pour lui, le fait qu’elles soient un peu plus bruyantes.

On se mit donc d’accord sur la chambre n° 12. Comme ses voisines, elle disposait de trois fenêtres, toutes du même côté de la chambre ; elle était haute de plafond et inhabituellement longue. Bien sûr il n’y avait pas de cheminée, mais le poêle avait l’air convenable et d’air ancien — un ouvrage de fonte, sur le côté duquel une scène dépeignait le sacrifice d’Isaac par Abraham, surmontée de l’inscription I Bog Mose, Cap. 22. Rien d’autre de remarquable dans la pièce, qui avait pour seule décoration intéressante une vue en couleur de la ville, datant des années 1820.

Le moment du dîner approchait, mais quand Anderson, rafraîchi de quelques ablutions, descendit l’escalier, il dut encore attendre quelques minutes avant que sonne la cloche. Il en profita pour jeter un œil à la liste de ses compagnons locataires. Comme il est d’usage au Danemark, leurs noms étaient indiqués sur un large tableau divisé en lignes et colonnes, le numéro de la chambre étant peint au début de chaque ligne. Liste qui n’avait rien d’excitant. Il y avait un avocat, un certain Sagforer, un Allemand, et quelques voyageurs de commerce venus de Copenhague. Le seul point qui put alimenter quelque peu ses pensées, c’était l’absence d’un numéro 13 dans le compte des chambres, mais même cela, Anderson l’avait remarqué une bonne demi-douzaine de fois lors de ses visites d’hôtels danois. Il ne put s’empêcher de réfléchir à si l’objection faite à ce nombre particulier, si habituelle qu’elle soit, était si répandue et si forte qu’elle rendait difficile de trouver une chambre sous ce numéro, et il se dit qu’il demanderait au propriétaire et tous les collègues de son métier s’ils avaient vraiment rencontré beaucoup de clients qui refuseraient d’être logés dans une chambre numéro 13.

Il n’eut rien à me dire (puisque je répète cette histoire telle qu’il me l’a racontée) sur ce qui s’était passé au dîner, et la soirée, qu’il passa à déballer et ranger ses vêtements, ses livres et ses papiers, ne comporta pas plus d’événement notable. Vers onze heures du soir il résolut de se mettre au lit mais, comme tant d’autres personnes de nos jours, et comme un préliminaire nécessaire au sommeil, si l’on voulait dormir, de lire quelques pages d’un bon livre, et il se souvenait maintenant que le livre qu’il avait lu dans le train, et qui était le seul à pouvoir le satisfaire en ce moment précis, était dans la poche de son manteau, resté dans le vestiaire de la salle du dîner. Redescendre le chercher était l’affaire d’un instant, et comme le couloir n’était en rien obscur, cela ne lui fut guère difficile de retrouver le chemin vers sa propre porte. Enfin, c’est ce qu’il pensait ; mais quand il arriva, et tourna la poignée, la porte refusa de s’ouvrir, et il entendit un brusque mouvement à l’intérieur. Il s’était trompé de porte, certainement. Sa propre chambre était-elle sur la droite, ou sur la gauche ? Il regarda le numéro : c’était le 13. Sa chambre devait être sur la gauche, et il en était ainsi. Et ce n’est pas avant qu’il ne fût couché depuis quelques minutes, ait lu ces trois ou quatre pages de son livre comme il le voulait, puis ait éteint la lumière et ait pris sa position pour dormir, qu’il lui apparut que s’il n’y avait pas de numéro 13 au tableau de l’hôtel, c’est qu’inévitablement il n’y avait pas de chambre numéro 13. Il regrettait de ne pas l’avoir choisie pour lui-même. Peut-être qu’il aurait rendu un petit service au propriétaire en en la choisissant pour lui, et qu’il aurait pu raconter ensuite comment un gentleman bien-né d’Angleterre y avait vécu trois semaines et l’avait considérablement apprécié. Après tout, ce n’était certainement pas une chambre aussi grande et confortable que la sienne. Et, mi-endormi, il considéra vaguement sa chambre, dans la demi-lumière du réverbère de la rue. Cela faisait fait un curieux effet, pensa-t-il. D’habitude, dans l’obscurité, les chambres semblent plus grandes qu’à pleine lumière, mais la sienne semblait s’être contractée dans la longueur, et s’être accrue proportionnellement en hauteur. Bon, bon ! dormir c’était plus important que ces vagues ruminations — et il s’endormit.

Le lendemain de son arrivée, Anderson se présenta aux archives de Viborg. Il y fut cordialement accueilli, comme on pouvait s’y attendre au Danemark, et on lui rendit aussi aissé que possible l’accès à tout ce qu’il voulait voir. Les documents qui s’étalaient devant lui étaient bien plus nombreux et intéressants que tout ce qu’il aurait supposé. À côté des papiers officiels, il trouva une grosse liasse de correspondance ayant trait à l’évêque Jörgen Friis, le dernier catholique Romain qui occupa le titre, et il y moissonna de croustillants détails sur sa vie privée et son caractère. On y parlait beaucoup d’une maison que possédait l’évêque dans la ville, mais qu’il n’occupait pas lui-même. Son locataire créa apparemment le scandale qui le fit trébucher et porta le parti réformiste. Il était une honte pour la ville, écrivaient-ils ; il pratiquait la sorcellerie et les arts maudits, et avait vendu son âme à l’ennemi. C’était une preuve de l’immense corruption et de la superstition de l’Église de Babylone qu’une telle vipère assoiffée de sang que ce Troldman soit logé et protégé par l’évêque. L’évêque rejetait tous ces arguments en bloc ; il témoignait de sa propre aversion pour tout ce qui tenait aux arts maudits, et défiait ses adversaires de porter l’affaire devant le tribunal — bien sûr, le tribunal spirituel — et de la vider totalement. Personne mieux que lui n’était prêt et désireux de condamner Mag Nicolas Francken si une preuve quelconque le révélait coupable de n’importe lequel des crimes qu’on chuchotait à son propos.

Anderson n’eut guère le temps de plus qu’un coup d’œil à la lettre suivante du chef des Protestants, Rasmus Nielsen, avant que la salle d’études ferme pour le soir, mais il en devina la teneur générale, qui prétendait que les catholiques romains locaux n’étaient plus tenus par les décisions de leurs cardinaux de Rome, et que le tribunal de l’évêque n’était pas, et ne pourrait pas être, un lieu pertinent ni compétent pour juger une cause aussi grave et lourde.

Anderson quitta les archives accompagné par le vieux monsieur qui en avait la charge, et, tout en marchant, la conversation se porta naturellement sur les papiers dont on vient de parler.

Monsieur Scavenius, l’archiviste de Viborg, même parfaitement informé des collections dont il avait la charge, et de ce dont elles traitaient, n’était pas un spécialiste de ce qui concernait la période de la Réforme. Il était plus qu’intéressé par ce qu’Anderson avait à lui dire la concernant. Il recevrait avec grand plaisir, dit-il, la publication dans laquelle M. Anderson disait qu’il en traiterait. « La maison de Friis, votre évêque, dit-il, retrouver où elle était située serait un vrai puzzle. J’ai étudié avec soin la topographie du vieux Viborg mais, par malchance — concernant l’ancien cadastre de la propriété de l’évêque, établie en 1560, et dont nous conservons l’essentiel aux Archives — manque juste la page qui établit la liste des propriétés en ville. Peu importe. Peut-être qu’un jour je réussirai à mettre la main dessus. »

Après s’être promené un peu — j’ai oublié où et comment exactement — Anderson revint au Lion d’Or, prit son souper, fit ses jeux de patience et se prépara à aller au lit. En montant à sa chambre, il se souvint avoir oublié de parler au propriétaire de l’omission du numéro 13 sur le tableau de l’hôtel, et qu’il aurait aussi voulu s’assurer de l’existence de la chambre numéro 13 avant de faire quelque référence que ce soit à la question.

La décision qui s’ensuivit n’était pas difficile à imaginer. La porte était là avec son numéro aussi visible qu’il pouvait l’être, et d’évidence il se passait quelque chose à l’intérieur, puisqu’en approchant l’oreille de la porte il put entendre des bruits de pas et des voix à l’intérieur. Pendant les quelques secondes où il s’arrêta pour s’assurer du numéro, les bruits de pas cessèrent, semble-t-il tout près de la porte, et il fut légèrement surpris d’entendre la respiration chuintante d’une personne en grande excitation. Il revint à sa chambre, et de nouveau fut surpris de combien il la trouvait plus petite maintenant que ce qu’il lui avait semblé quand il l’avait choisie. C’était une petite déception, mais vraiment petite. S’il ne la trouvait pas assez grande, il pourrait facilement en changer pour une autre. Au même instant, il eut besoin de quelque chose – si mes souvenirs sont bons, il s’agissait d’un mouchoir – rangé dans une de ses malles, que le portier avait posée d’une façon très inadéquate sur un tabouret ou trépied contre le mur du côté opposé à son lit. Et là se produisit une chose curieuse : la valise avait disparu. Elle avait dû être déplacée par des domestiques, sans doute ils en avaient rangé le contenu dans le placard. Non, l’autre valise était ici. C’était vexant. Il repoussa aussitôt l’idée d’un vol. De telles choses se produisent rarement au Danemark, mais on avait certainement agi avec stupidité (ça arrive souvent), et il réprimanderait sévèrement la servante d’étage, la stuepige. Enfin, quoi qu’il ait souhaité avoir, ce n’était pas si nécessaire à son confort qu’il ne pût attendre le lendemain matin, et il se dissuada de tirer la sonnette et de les déranger maintenant. Il alla jusqu’à la fenêtre — c’était la fenêtre de droite –- et jeta un œil à la rue endormie. En face, il y avait un grand bâtiment, avec de grands pans de mur aveugle ; aucun passant ; une nuit sombre ; et on ne pouvait rien voir d’aucune sorte.

La lumière était dans son dos, et il pouvait clairement distinguer son ombre projetée sur le mur opposé. Et pareil l’ombre de l’homme du numéro 11, sur sa gauche, avec sa barbe. Et pareil l’ombre de l’occupant du n° 13 sur la droite. Ça pouvait être le plus intéressant. L’occupant du 13 était, comme lui-même, penché les coudes sur l’appui de la fenêtre pour tenter de voir dans la rue. Cela lui sembla être un homme grand et mince – ou bien par hasard était-ce une femme ? — il s’agissait en tout cas de quelqu’un qui se couvrait le visage d’une sorte de châle avant d’aller au lit, et, pensa-t-il, devait être muni d’une lampe à reflets rouges — lampe qui semblait vaciller beaucoup.

Un bruit de pas lointain se fit entendre dans la rue, et son approche sembla rappeler à l’occupant du n° 13 sa position exposée, parce que très rapidement et souplement il s’éloigna de la fenêtre, et la lumière rouge disparut. Anderson, qui venait de fumer une cigarette, l’écrasa sur l’appui de la fenêtre et se mit au lit.

Le lendemain matin, la stuepige l’éveilla en lui apportant son eau chaude. Il se réveilla en sursaut, et après avoir rassemblé les mots danois corrects, dit aussi distinctement qu’il le put :

« Vous ne devez pas toucher à ma malle, où est-elle ? »

Et comme souvent, la servante éclata de rire, et s’en alla sans émettre de vraie réponse.

Anderson, plutôt en colère, s’assit dans son lit, ayant pour intention de la rappeler, mais il resta figé, regardant droit devant lui. Sa malle était sur son trépied, exactement là où le portier l’avait déposée au soir de son arrivée. C’était un coup très rude pour un homme aussi fier de son sens de l’observation. Comment donc, la nuit dernière, avait-elle pu lui échapper il ne pouvait le comprendre, mais n’importe comment, elle était là.

Le grand jour dévoilait plus que la malle ; il restituait les vraies proportions de la chambre, avec ses trois fenêtres, et conforta le locataire en cela que ce n’était pas un mauvais choix. Quand il fut à peu près habillé, il se rendit à celle des trois fenêtres qui était au milieu pour savoir le temps qu’il faisait. Un nouveau choc l’attendait. Il avait vraiment été inattentif, la nuit dernière. Il aurait pu jurer dix fois que, juste avant de se mettre au lit, il avait fumé sa cigarette à la fenêtre de droite, et maintenant il la voyait là, écrasée sur le rebord de celle du milieu.

Il se prépara à descendre pour le petit-déjeuner. Plutôt en retard, mais l’occupant de la chambre numéro 13 était encore plus en retard : ses chaussures étaient toujours devant sa porte — des chaussures d’homme. L’occupant du n° 13 était donc un homme, et pas une femme. C’est à cet instant qu’il prit conscience du numéro sur la porte. C’était la 14. Il pensa qu’il était passé devant le n° 13 sans le remarquer. Ces erreurs idiotes, répétées depuis les douze dernières heures, c’en était trop pour une personne aussi méthodique, à l’esprit aussi aigu qu’il l’était, alors il revint sur ses pas pour s’en assurer. Avant la chambre 14, il y avait la 12, sa propre chambre. Il n’y avait jamais eu de numéro 13, du tout.

Après quelques minutes consacrées à l’examen soigneux de tout ce qu’il avait ingurgité de liquide et de solide dans les dernières vingt-quatre heures, Anderson renonça à pousser la question plus loin. Si ses yeux ou son cerveau renonçaient à leur office, il aurait bien d’autres occasions de le constater ; sinon, il était d’évidence confronté à une expérience plus qu’intéressante. Dans les deux cas, les événements à venir seraient curieux à suivre.

Il passa toute sa journée dans la suite de l’étude de la correspondance épiscopale que j’ai déjà évoquée. À sa grande déception, elle était incomplète. Une seule autre lettre se référait à l’affaire de Mag Nicolas Franclen. Elle émanait de l’évêque Jörgen Friis et était adressée à Rasmus Nielsen. Transcrite, elle disait :

« Bien que nous ne soyions en aucun cas enclin à suivre votre avis concernant notre tribunal, et serions en ce cas prêts à plaider à votre encontre, et constatant que notre cher et bien-aimé Mag Nicolas Francken, contre lequel vous alléger des charges fausses et pernicieuses, a soudain été enlevé de parmi nous, il émane que ces charges tombent d’elles-mêmes. Mais ce nonobstant, vos accusations concernant l’apôtre évangéliste saint Jean, décrivant la sainte Église romaine comme tombée sous la coupe de la Femme pourpre étant avérées », etc.

Continuant ses recherches autant qu’il le lui était possible, Anderson ne put trouver aucune autre lettre ni autre trace concernant la façon dont cet « avait été enlevé » résolvait ce casus belli. Il ne put que supposer que Francken était soudainement décédé ; et datée de seulement deux jours après la date de la dernière lettre de Nielsen — Francken étant alors évidemment en vie — la lettre de l’évêque prouvait que ce décès avait été totalement inattendu.

Il consacra l’après-midi à une brève visite à Hald, et prit son thé au Baekkelund ; et rien qui lui permette de constater, si nerveux qu’il fût à cet égard, une quelconque indication que ses yeux ou son cerveau fussent en défaut, comme ses expériences du matin le lui faisaient craindre.

Au dîner, il se trouva placé juste à côté du patron de l’hôtel.

« Dites-moi donc, lui demanda-t-il, au cours de la conversation la plus banale, quelle est la raison pourquoi, dans la plupart des hôtels où j’ai pu être accueilli dans votre pays, le numéro 13 est absent de la liste des chambres ? J’ai vu que cela vous concernait aussi… »

Le patron sembla s’en amuser.

« Et penser que vous avez remarqué une chose comme ça… À dire vrai, ça m’est venu à l’esprit moi-même une fois ou deux. J’ai pensé que des gens de notre éducation actuelle n’avaient rien à faire avec de telles superstitions. J’ai moi-même fait mes études au lycée de Viborg, et notre vieux maître d’humanités était le premier à s’opposer à de telles pratiques. Il est mort il y a longtemps maintenant ›– un homme d’une intelligence si fine, et alliant la pratique à la pensée. Je me souviens de nous, ses élèves, un jour où il neigeait… »

Il sembla s’absorber dans ses souvenirs.

« Alors vous ne pensez pas qu’il y ait une objection particulière à ne pas avoir de chambre numéro 13 », reprit Anderson ?

« Ah non, certainement. Bon, vous savez, c’est mon pauvre vieux père qui m’a amené à ce métier. Il tenait un hôtel d’abord à Aarhus, et de là, où je suis né, il a déménagé à Viborg, qui était sa propre bille natale, et a tenu l’hôtel Phoenix, jusqu’à sa mort. C’était en 1876. J’ai moi-même début à Silkeborg, et c’est seulement l’année précédente que j’ai repris cette maison. »

S’ensuivirent bien des détails sur l’état de la maison, et d’où en étaient les affaires quand il l’avait reprise.

« Et quand vous êtes arrivé, il y avait une chambre numéro 13 ?
— Non, non, c’est cela que je voulais vous dire. Voyez-vous, dans une affaire comme celle-ci, les voyageurs de commerce sont la clientèle principale. Nous leur proposerions la chambre numéro 13 ? Sûr qu’alors ils préféreraient dormir en pleine rue ! Pour tant que cela me concerne, pour moi ça ne ferait pas un sou de différence, le numéro de la chambre que j’occupe, et c’est ce que je leur ai dit souvent. Mais ils restent figés dans l’idée que ça leur porterait la guigne. Ils ont des quantités d’histoire à propos de gens qui ont dormi dans des chambres 13 et qui n’ont plus jamais été les mêmes ensuite, ou ont perdu leurs meilleurs clients, ou telle autre chose, dit le propriétaire, cherchant une image plus précise.
— Alors à quoi vous sert votre propre numéro 13 ?, reprit Anderson, conscient qu’il prononçait ces mots avec une curiosité et une anxiété disproportionnées à l’importance de la question.
— Mon propre numéro 13 ? Mais d’où tenez-vous qu’il y en aurait un dans cet hôtel ? D’autant plus que vous l’auriez remarqué : il serait à côté de votre propre chambre.
— Oui, certainement, j’ai juste pensé que… enfin, la nuit dernière j’ai imaginé que j’avais vu une chambre treize dans le couloir, et, à dire vrai, je suis même certain de cela, parce que déjà je l’avais vue la nuit précédente. »

Et bien sûr, comme Andersen s’y attendait, monsieur Christensen éclata de rire à cette supposition, et renchérit à plusieurs reprises sur le fait qu’il n’y avait jamais eu de chambre numéro 13 dans cet hôtel, ni même bien avant qu’il en ait repris les rênes.

Son assurance, bien sûr, rassura Anderson, quoiqu’encore perplexe, et il se mit à penser que le meilleur moyen d’acquérir la certitude qu’il avait été le jouet d’une illusion ou pas était d’inviter le patron de l’hôtel dans sa chambre pour fumer un cigare plus tard dans la soirée. Quelques photographies de villes anglaises qu’il avait avec lui fournissaient un bon prétexte.

Monsieur Kristensen fut flatté de l’invitation, et s’empressa de l’accepter. Cela se passerait vers dix heures du soir, mais Anderson, avant cela, avait quelques lettres à écrire et se retira dans sa chambre pour y procéder. Cela l’aurait rougir de l’avouer, mais il ne pouvait nier le fait qu’il devenait vraiment nerveux sur cette question de l’existence d’un numéro 13 ; il préféra même rejoindre sa chambre en faisant le détour par la numéro 11, pour ne pas être contraint à passer devant la porte là où elle n’aurait pas dû être. Il considéra rapidement et suspicieusement sa chambre quand il y entra ; mais il n’y avait rien, hormis cette impression indéfinissable qu’elle était plus petite qu’à l’ordinaire, pour justifier quelque inquiétude. Et rien à dire sur la présence ou l’absence de sa malle ce soir. Ill’avait lui-même vidée de son contenu et rangée sous son lit. Avec un certain effort il se résolut à chasser le numéro 13 de son esprit, et s’assit pour écrire.

Ses voisins se tenaient plutôt tranquilles. Une porte s’ouvrait parfois dans le couloir et on entendait un bruit de pas, ou un domestique passait en fredonnant pour lui seul et, dehors, de temps en temps, une voiture tremblait sur les atroces pavés de la rue, ou un pas pressé résonnait sur les dalles.

Anderson termina ses lettres, commanda du whisky et du soda, puis se mit devant la fenêtre pour scruter le mur aveugle en face de lui, et ses ombres.

Pour autant qu’il s’en souvenait, la numéro 14 était occupée par un homme de loi, un homme guindé, qui parlait peu, et qui en général avait près de son assiette, au repas, des papiers qu’il étudiait. À en croire les apparences, donc, il laissait libre cours à ses instincts animaux, à peine était-il seul chez lui ? Pourquoi sinon serait-il là en train de danser ? L’ombre provenant de la chambre voisine prouvait avec évidence que telle était son occupation. Sa mince silhouette passait devant la fenêtre, encore et encore, agitant les bras, tandis que les jambes squelettiques se mouvaient avec une surprenante agilité. Il semblait s’être mis pieds nus, et le plancher devait être bien lisse, puisqu’aucun son n’accompagnait ses mouvements. Le respectable maître Anders Jensen, dansant à dix heures du soir dans sa chambre d’hôtel, voilà qui semblait un sujet parfait pour une peinture historique dans le grand style, et, pensa Anderson, comme celle d’Emily dans Les mystères du château d’Udolphe, il « commença de rédiger ainsi les lignes suivantes » :

Quand je revins à l’hôtel à dix heures du soir
Les domestiques m’imaginèrent souffrante,
Mais je les ignorai et une fois
Que j’eus refermé le verrou de ma porte
Et posé mes chaussures couloir,
Je dansais toute la nuit sur le plancher.
Et quand bien même les voisins protestaient,
Je n’en dansais que de plus belle,
Parce que je m’arrange avec la loi,
Et en dépit de tous leurs grognements,
Je les tourne en ridicule avec leurs grimaces.

Et si le patron de l’hôtel n’avait pas frappé à la porte juste en cet instant même, c’est probablement un poème bien plus long que j’aurais pu porter à la connaissance du lecteur. À en juger par la surprise de son regard quand il fut entré dans la chambre, monsieur Kristensn était frappé, comme Anderson l’avait été, par ce qu »il y avait d’inhabituel dans son aspect. Mais il ne fit aucune remarque. Les photographies d’Anderson l’intéressèrent fortement, et fournirent la base de bien des remarques autobiographiques. Quoiqu’il n’est pas certain que pas la conversation n’aurait pu être maintenue plus longtemps hors du but recherché, la chambre numéro 13, que l’avocat à certain moment se mît à chanter, et à chanter d’une façon que personne n’aurait pu douter qu’il soit ivre à l’excès, ou en train de devenir fou. C’était une voix grêle et aiguë qu’ils entendaient, mais avec quelque chose de sec, comme de s’être tue très longtemps. D’air ou de paroles il n’était pas question. Cela montait vers des aigues incroyables, avant de retomber à des gémissements comme ceux du vent d’hiver dans une vieille cheminée, ou un orgue dont le soufflet se serait soudainement enrayé. En réalité, c’était un son horrible, et Anderson pensa que s’il avait été seul, il se serait enfui pour trouver refuge auprès de ses semblables ou dans la salle des domestiques au bout du couloir.

Le propriétaire restait assis bouche bée.

« Je ne comprends rien à cela, dit-il enfin, s’essuyant le front. C’est terrifiant. Je l’ai déjà entendu une fois il y a longtemps. Je m’étais convaincu que c’était un chat.
— Est-il fou, demanda Anderson ?
— On le dirait, quelle triste chose. Un tel bon client, et qui fait de bonnes affaires. Plus, à ce que j’ai entendu, une petite famille à élever. »

Alors on frappa des coups impatients à la porte, qui fut poussée sans attendre de réponse. C’était l’avocat, en robe de chambre, et tout dépeigné ; l’air vraiment, mais vraiment en colère.

« Je vous demande pardon, monsieur, dit-il, mais je vous serais vraiment reconnaissant si vous vouliez bien cesser… »

Alors il s’arrêta net, parce qu’il était évident que nulle des deux personnes devant lui n’était responsable du dérangement ; et qu’après ce moment de répit cela reprit et enfla encore plus follement qu’auparavant.

« Mais, au nom du ciel, qu’est-ce que cela signifie ?, interrompit l’homme de loi. C’est où ? C’est quoi, c’est qui ? Est-ce que j’ai perdu l’esprit ?
— Cela vient sûrement de votre chambre, juste à côté, monsieur Jensen. Est-ce qu’il n’y aurait pas un chat ou quelque chose coincé dans la cheminée ? »

C’est le mieux que put trouver à dire Anderson, tout en réalisant la futilité de ce qu’il émettait, à mesure qu’il le dit, mais tout était mieux que rester là debout à écouter cette horrible voix, et voir la face lunaire et blême du propriétaire, tout en sueur et tremblant au point qu’il s’accrocha à une chaise.

« Impossible, dit l’avocat. Impossible. Il n’y en a pas, de cheminée. Je suis venu parce que j’étais persuadé que le bruit venait d’ici. Que c’était certainement dans la chambre à côté de la mienne.
— N’y a-t-il aucune porte entre votre chambre et la mienne ?, demanda Anderson trop impatiemment.
— Mais non, dit le sieur Jensen, trop brusquement. Du moins pas ce matin.
— Ah, dit Anderson. Mais cette nuit ?
— Je n’en suis pas sûr, dit l’homme de loi avec une hésitation perceptible. »

Le cri ou le chant de la voix dans la chambre voisine s’éteignit soudainement, et on entendit le chanteur riant de lui-même comme en chantonnant. À ce son, les trois hommes tremblèrent. Puis plus rien que le silence.

« Alors, dit l’homme de loi, qu’avez-vous à nous en dire, monsieur Kristensen ? Cela signifie quoi ?
— Dieu du ciel, répondit Kristensen, comment je le saurais ? Je n’en sais pas plus que vous, mes bons messieurs. Hors prier de ne plus jamais l’entendre…
— Ni moi non plus, reprit Jensen, chuchotant ou marmonnant ce qu’Anderson interpréta comme les derniers mots du Psautier : omnis spiritus laudet Dominum, mais sans pouvoir en être sûr.
— En tout cas il faut faire quelque chose, dit Anderson. Allons voir dans cette chambre, et tous trois.
— Mais c’est la chambre de monsieur Jensen, pleurnicha le patron de l’hôtel. Cela ne servirait à rien, lui-même en vient…
— Je n’en suis pas sûr, dit Jensen, ce gentleman a raison, nous devons y aller y voir. »

Les seules armes dont on trouva à se munir furent une canne et un parapluie. L’expédition s’engagea dans le couloir, les genoux tremblants. Dehors régnait un calme mortel, mais on voyait un rai de lumière passer sous la porte voisine. Anderson et Jensen s’approchèrent. C’est ce dernier qui poussa la poignée, et donna une poussée soudaine. En vain. La porte tenait bon.

« Monsieur Kristensen, dit Jensen, voulez-vous faire venir le plus fort de vos domestiques ? Nous devons savoir ce qu’il se passe là-dedans. »

Le patron de l’hôtel acquiesça et partit en vitesse, soulagé de s’éloigner du lieu de l’action. Jensen et Anderson restaient devant la porte.

« C’est la numéro 13, vous le voyez comme moi, dit ce dernier.
— Oui, et ici votre porte, ici la mienne, dit Jensen.
— Ma chambre a trois fenêtres quand il fait jour, dit Anderson en bégayant, réprimant un rire nerveux.
— Et pareil la mienne, par Saint-Georges, dit l’avocat, se retournant vers Anderson. »

Il tournait alors le dos à la porte. Et à ce moment-là elle s’ouvrit, un bras en sortit et s’agrippa à son épaule. Il était vêtu de lin jaunâtre et chiffonné, et la peau nue, là où on la voyait, était couverte de longs poils gris.

Anderson tira brusquement Jensen hors de son emprise, avec un cri de peur et de dégoût, et quand la porte se referma on entendit un grand rire.

Jensen n’avait rien vu, mais lorsque Anderson lui eût dit en un mot pressé le risque qu’il avait couru, il tomba dans un état de grande agitation, et suggéra que chacun d’eux plutôt se retire et s’enferme dans sa propre chambre.

Le temps qu’ils s’y décident, le propriétaire et deux valets costauds arrivaient dans le couloir, concentrés et en alerte. Jensen les noya d’un torrent de descriptions et d’explications, qui ne tendit pas du tout à les encourager à enfoncer la porte.

Les deux hommes posèrent les barres à mine dont ils s’étaient munis, et dirent platement qu’ils n’allaient pas risquer qu’on les égorge dans cet antre du diable. Le patron était misérablement nerveux et indécis, conscient que s’il ne faisait pas face au danger c’était la ruine de son hôtel, mais pas du tout prêt à l’affronter lui-même. Heureusement, Anderson trouva un moyen de rallier les forces démoralisées.

« Ah donc, voilà ce qu’on nomme le courage danois dont on m’a rebattu les oreilles ? Ce n’est même pas un Allemand, là-dedans, et on est cinq contre un. »

Les deux valets et Jensen se reprirent aussitôt et frappèrent un grand coup dans la porte.

« Stop !, dit Anderson. Ne perdons pas la tête. Vous, vous restez avec la lampe, dit-il au propriétaire, et vous deux, dit-il aux valets, vous enfoncez la porte, mais quand elle s’ouvrira surtout n’entrez pas ! »

Les hommes approuvèrent, et le plus jeune fit le premier pas, leva sa barre à mine et frappa un coup puissant sur le panneau du haut. Le résultat ne fut pas du tout ce que tous ensemble ils prévoyaient. Rien ne craqua, et le bruit émis ne fut pas celui du bois qui se fend – rien qu’un son mat, comme si avait frappé le mur lui-même. L’homme laissa tomber sa barre à mine dans un cri, en se frottant douloureusement le coude. Ils s’étaient tournés vers lui lorsqu’il émit son cri ; mais quand Anderson, à peine un instant plus tard, se retourna vers la porte, elle avait disparu. Plus rien que les cloisons de plâtre du couloir, avec une formidable entaille là où la barre à mines avait frappé. Le numéro 13 avait disparu.

Le moment suivant, ils se tinrent parfaitement silencieux, ébahis devant le mur nu. On entendit un coq se réveiller dans la cour, et quand Anderson se retourna dans la direction du son, il vit, par la fenêtre tout au bout du long couloir, qu’à l’est le ciel pâlissait : c’était l’aube.

« Peut-être, messieurs, demanda le patron de l’hôtel avec hésitation, que pour finir la nuit vous aimeriez changer de chambre – une chambre avec deux lits ? »

Ni Jensen ni Anderson ne repoussèrent la suggestion. Ils se sentaient préférer chasser en coupe après la dernière expérience. On s’accorda sur cela, et quand chacun d’entre eux rentra dans sa chambre pour y prendre ses affaires, ils remarquèrent qu’à la fois la chambre 12 et la chambre 14 avaient trois fenêtres.

*

Le lendemain matin, ils se retrouvèrent les mêmes dans la chambre 12. Le patron de l’hôtel était naturellement réticent à faire appel à une aide extérieure, et il était pourtant impératif de lever le mystère attaché à cette partie de la maison. Les deux valets se firent charpentiers, on enleva tous les meubles, et au prix de bien des lattes irrémédiablement abîmées, on mit à nu le plancher qui jouxtait la chambre 14.

Vous allez naturellement penser qu’on allait découvrir un squelette, par exemple celui de Mag Nicolas Francken ? Eh bien non. Ce qu’ils découvrirent, entre les poutres qui supportaient le plancher, ce fut une petite boîte de cuivre. Et, dedans, une feuille de vélin proprement pliée, avec une vingtaine de lignes d’écrites. Anderson et Jensen (qui se révéla être aussi une sorte de paléographe) étaient aussi excités l’un que l’autre par cette découverte, et qu’elle puisse être la clé de tels phénomènes extraordinaires.

*

Je possède un ouvrage astrologique que je n’ai jamais lu. Il comporte, en guise de frontispice, un bois gravé de Hans Sebald Beham, lequel représente une assemblée de sages assis autour d’une table. Ce détail suffira pour les connaisseurs reconnaissent le livre. Je ne puis moi-même me souvenir de son titre, et je ne saurais y parvenir à l’heure actuelle ; mais ses feuilles volantes sont couvertes d’écriture, et, depuis dix ans que je possède ce volume, je n’ai pas été capable de déterminer comment on pourrait déchiffrer cette écriture, ni de quelle langue elle relève. La situation de Jensen et d’Anderson dans leur examen du document qu’ils venaient de découvrir dans le coffret de cuivre n’était pas vraiment différente.

Après deux jours de vain examen, Jensen, qui était le plus bouillant de ces deux esprits, émit la conjecture qu’il était écrit soit en latin soit en vieux danois.

Anderson ne voulut pas renchérir par d’autres hypothèses, et proposa qu’on remette le coffret et son parchemin à la Société historique de Viborg pour figurer dans leur musée.

Je tins de lui-même, quelques mois plus tard, la totalité de l’histoire, alors que nous étions assis dans un bois près d’Upsala, dont nous venions de visiter la bibliothèque et où nous avions ri — ou bien plutôt : j’avais ri — de l’allégation selon laquelle Daniel Salthenius (dans une vie ultérieure, respectable professeur d’hébreu à Königsberg) avait vendu son âme à Satan. Cela n’avait pas du tout amusé Anderson :

« Jeune idiot, dit-il… visant Salthenius, qui n’était qu’un étudiant débutant quand il commit cette folie : comment pouvait-il savoir à quoi cela l’engageait ? »

Et comme je continuai de me moquer, il se contenta de grogner. La même après-midi, il me raconta ce que vous venez d’entendre. Mais il refusa d’en tirer aucune conséquence, ni d’infirmer ou de confirmer celles que j’établis à ce sujet.

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 août 2018
merci aux 636 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page