celui qui invente les couleurs de la terre

Koichi Kurita, ramasseur nomade des sols


Rencontre surprise ce soir à Noirlac, au soir des Futurs de l’Ecrit : Koichi et Kasuko Kurita se sont installés pour trois mois à l’abbaye, et collectent les terres de ce vieux sol du centre de France, celui où le Grand Meaulnes s’est perdu. On se revoit demain matin, mais c’est l’occasion de replacer cette page en Une du site.

Et bien sûr de visiter son blog, magnifiques photographies de paysages japonais au quotidien (traces aussi de son premier séjour en Poitou, évoqué ci-dessous). Quelle curiosité, dès à présent, ces villages et ces routes que nous parcourons tous les jours, de Dun-sur-Auron à Sancerre, les découvrir sous son regard...

Ce texte a été initialement mis en en ligne sur tiers livre en janvier 2007, à l’occasion de l’exposition à Poitiers de Koichi Kurita, 400 terres sont exposées au musée Sainte-Croix.

Photo ci-dessus : Dominique Truco, à l’initiative de cette exposition et qui coordonne cet hommage, merci à elle. Ci-dessous : Koichi Kurita dans ses prélèvements en Poitou-Charentes, photographies Kasuko Kurita. Plus image de Koichi Kurita lors de la phase d’installation des 400 terres.

Sur le paysage en Poitou, voir aussi De Billazais à Sainte-Verge à propos des paysages des Deux-Sèvres photographiés par Marc Deneyer.

 


Koichi Kurita : la terre révélée

 

Tout a commencé, dit-il, lorsque lui, l’homme d’une ville, Tokyo, mais dont les ancêtres étaient venus d’autres îles, a commencé de voyager dans l’Asie, Chine, Pakistan, Inde, Iran… Envoyant des cartes postales, il prélevait un peu du sol où il marchait, et l’enfermait à même la carte par un petit bout de scotch transparent. Rien de plus que ce qu’on en tient sur l’extrémité du doigt.

Et quinze après, à Melle , dans le dépouillement doré de l’église romane, l’élévation et le silence, la rumeur séparée de l’été, et le temps immobile, une œuvre discrète, simple arc de cercle et lente progression chromatique de terres affinées, données dans leur coupelle transparente comme on en ferait l’offrande dans la main, presque poussière, où est notre propre origine : une cendre, presque, si impalpable.

Et puis, sur le pavement poli des siècles, ces terres paraît-il nôtres : prélevées là, sur notre sol. Et plus grossières, non pas tamisées, mais rugueuses. Et découvrir que notre sol du Poitou, la terre qu’on porte aux bottes et qui nous colle (ces instruments dans nos maisons d’enfance : le tire-botte en bois, et la lame de fer dentelée insérée au seuil pour décoller la terre des semelles), la terre natale est rouge et bleue, qu’elle est capable du plus sombre ou de l’impalpable lancée de lumière. Non, ce n’est pas ainsi que nous autres avons perception de notre sol.

Puisque nous sommes de terre, de glèbe, de glaise : elle est de nos légendes. Et parce que c’est Koichi Kurita qui nous interroge, nous prenons aux mains et lui tendons nos légendes, la boule, le pain arraché au sol et modelé selon figurine anthropomorphe, puis animé par la bouche du dieu, recevant souffle. Mais cet arrachement, précédant le modelage, supposant déjà forme dont celle qu’on fabrique est l’image. La main du dieu avant sa bouche : comme Koichi Kurita procède à l’ablation non pas de sa main, mais d’un rituel instrument de bambou. Terre modelée à figure d’homme, animée d’un souffle : c’est la vieille légende aussi du Golem, surgissant devant la communauté au temps de sa détresse. Aurions-nous oublié la terre, qu’on vienne nous en rappeler le grain, la splendeur ?

Image : sur un très ancien chemin de pèlerinage, au Japon, dit kumanokodo, et qui va de Kyoto jusqu’à Kumano, et Koichi Kurita en collecte les différentes terres. La terre sacrée est-elle autre que la terre ordinaire ?

Si nous sommes de terre pour tant de ceux avant nous pliés sur l’humus et le fouillant, le préparant, l’accompagnant dans la pousse, en tirant la subsistance coupée puis foulée ou battue. Nous sommes pays de partage, d’autres allaient dans le vent sur l’horizon de mer : mais là où ils reviennent, la terre encore se mêle à la terre, terre découvrante, vases (et comme j’aurais aimé emmener Kurita là où ma propre terre, à telle extrémité des marais de Vendée, est violette presque d’ardoise incrustée de ciel), et la tourbe dure. Kurita ne se saisit pas de l’humus organique, cette couverture noire du sol, le sol malléable et fait du pourrissement toujours renouvelé. On n’imagine pas non plus Kurita dans un cimetière, ou prendre la terre des morts : pourtant, la terre est faite de ce qui y retourne, et nous-mêmes et ceux qui nous précédèrent.
– Prendre conscience de soi, de la terre que l’on a sous ses pieds, la terre où l’on se tient, il dit. Beauté de la terre que l’on foule sans jamais vraiment la regarder, il dit. Et les gens qui disent que la terre est sale, le pouvoir de l’art c’est de les faire changer d’avis sur la beauté de la terre.

Nous avons connaissance du sol sous l’humus. La carte géologique nous en dit les zébrures, les affleurements, les lignes sinueuses ou brisées des recouvrements et séparations : ce sont ces lignes-là qu’il suit, lui, à la surface inégale de la veille terre qui jamais n’est moins ronde que lorsqu’on l’examine ainsi. Dans nos zones de rivage, l’hiver, parfois, un curieux mouvement des eaux enlève brusquement la totalité des sables, et les rapportera dix jours plus tard. Ce phénomène, que les scientifiques savent peu modéliser, j’y ai souvent assisté, il m’a toujours fasciné : les plages surgissent nues et rauques. Moins d’un mètre sous nos pieds nus de l’été, il y a cette dureté chargée, où les archéologues retrouvent les pieux et les feux des anciens campements, les fosses qu’on y a faites pour les morts. Et brusquement, sur la lancée de tourbe, l’empreinte d’un autre pied nu : le chasseur qui pistait, et le temps soudain qui cesse. Je peux vous dire les endroits. C’est cette terre-là, celle du temps, que Kurita prélève et collecte, et en proclame l’éclatement de couleurs.
Je l’interroge sur cette proximité ressentie à ce rapport d’une œuvre et d’un ciel, d’une lumière, rencontrant les travaux d’Andy Goldsworthy, Richard Long ou Wolfgang Laib. Mais lui il détourne en souriant : — On me pose souvent la question… En ajoutant, avec un petit zeste d’ironie : — C’est qu’ils ont tous été influence par l’art de l’Asie.

On le voit sur ses chemins du Poitou : ils sont répertoriés sur une carte (on n’a pas le droit de la montrer, la carte), ses chemins dessinent d’étranges boucles et courbes, comme si, dans ces modèles mathématiques-là, les frontières n’étaient pas là où on quitte le territoire, mais qu’on les trouvait à la surface même, dans l’enchevêtrement des lignes, aux frontières des granits et des grès, aux anciennes passes alluviales, à l’érosion d’un flanc qu’ont toujours connu, en notre pays, les guerres et les assauts. On le voit, Koichi Kurita, pratiquant la terre comme un assaut léger : où le pays semblait si calme, où les seules éruptions et bousculades nous semblaient être la poussée des villes, la saignée des autoroutes ou du train, il est sur un talus vertical, qui ne semblait rien vu de la voiture, et prêt à l’avaler ou le recouvrir lorsqu’on aperçoit la mince silhouette courbée. Où là, dans la boue noire : la carrière propose des stries, des bandes, un effondrement menace de tout l’aspirer, et c’est là au bord qu’il s’accroupit. Par son geste, la terre redevient vivante, et pire : menaçante.

Nous le savons dans nos légendes, ce corps frémissant de la terre. Nous le savons au long des fissures sismiques du monde, par les images de tsunami ou la poussée des volcans (et pas si loin de chez nous, les volcans froids d’Auvergne qui la proclament sur eux, la fissure, la menace). Nous le savons par ce que nous apprenons des dérives de continent, des glissements de boue. Nous le réapprenions, dans l’enfance, à ces semaines de large débordement de Charente, le pays devenu un miroir d’eau et de silence, avec les arbres pou y faire d’étranges lignes abstraites. Nous le réapprenions quand des forages en testaient le socle pour y placer (ils ne l’ont pas fait, finalement), les métaux révoltés de l’uranium après fusion. Nous le savons, ce corps frémissant de la terre, mais nous en usons comme d’arpenter un animal au joug : une bête ficelée. Nos bâtiments (« plantés dans la terre droits comme des lames », disait Rilke), l’ancrage des ville et la saignée des trains, l’arpentage même des tracteurs et la permanence des campagnes comme une garantie que tout cela est fixe et stable. Les couleurs, alors ? Le gris de la ville, les panneaux publicitaires sur les routes, et l’agriculture même devenue industrielle avec ses modes de maïs ou le colza à faire éternuer tout le département. Mais pensez à l’odeur d’enfance qui revient, au hasard d’une route de forêt traversée vitre ouverte. Koichi Kurita réveille la terre endormie, en lui réoffrant, comme sacrificiellement, les couleurs que nous avons fait terre.

— Notre monde est fait de quatre éléments, dit-il, mais pour nous, bouddhistes, les éléments sont cinq, dit-il : la terre, l’eau, l’air, le feu et le vide. Le sol n’est pas pur, ajoute-t-il, mais est déjà mêlé d’homme et de nature, d’organique et d’inorganique. Dira-t-il ce qu’il ajoute de vide à la terre prélevée, Koichi Kurita, quand il nous l’offre dans le temps épuré et suspendu d’une architecture, sur le sol éclairé qui l’expose ?

Ainsi, à ce jaune épuré qui semble une couleur de peintre avec ses pigments et ses minéraux issus de quel commerce et d’échange par caravane lointaine, moi il me revenait soudain le temps qu’on passait dans les grottes, au Chaffaud, rampant là malgré les interdits qu’on nous en faisait, et puis réémergeant, plus tard, à flanc même de la roche sous abri, une fois de plus le temps évacué : la terre, la si vieille terre sans humus, ici dans la roche en surplomb de tout, au vieil horizon des chasseurs, se séparait du calcaire par cette couleur que je retrouve immédiatement telle quelle.

Variations dans le temps et la vie de Koichi Kurita : en chaque endroit où il va, effectuer un prélèvement. S’il est un mois dans le même endroit, il ne fera qu’un prélèvement. Mais récemment, la contrainte inverse : un prélèvement par jour. « C’est mon journal », dit-il. Et qu’au Japon il y a 3233 villes, que chacune a vu naître des vies : il dit être passé dans 2970 de ces villes, et disposer déjà de 21 962 terres différentes. « Une bibliothèque de sols, pour le futur, dit-il. Dans une seule poignée de sol, l’histoire de la planète et la relation aux hommes. Si le sol est sale, c’est que la vie va de travers. Est-ce que nous-mêmes nous ne retournerons pas au sol ? »

Sacrificiellement : parce que nous ne sommes pas que terre et souffle. Cela, c’est la légende. Nous sommes la perpétuelle tension d’échapper à notre origine d’eau et de terre. Nous sommes l’appel fait à l’autre, la main que nous tendons par l’espace, et le geste qui coupe la lumière, nous sommes l’errance et le voyage, et ce droit nous l’invoquons du sol, comme les marins en pratiquaient l’adieu avant la traversée sans horizon. C’est ce geste de prendre, et l’offertoire qu’on réorganise. Quelle curiosité, cet homme venu de l’autre bord du monde, sans rien connaître de nos pays ni ses coutumes, et marchant vers nos îles de sable comme s’il allait y retrouver sa propre île, et ce faisant nous disant, par ces très simples carrés sur le papier végétal rituel de ses temples, ses temples à lui, de tout là-bas venu, l’incroyable éclatement de couleurs que porte notre terre sous sa peau (la peau dont nous sommes).
— L’unité de mesure, c’est la poignée de terre, chaque poignée c’est tenir dans sa main le cosmos, il dit. Et que chaque nuit de pleine lune, où qu’il se trouve, il collecte une pierre.

Et si c’est cela que nous avions à apprendre d’eux, ceux de l’île ? Le Japon est une montagne qui tombe droit dans la mer. Les villes sont au pourtour. Dedans, quelques vagues incursions, des villages : aller vers l’intérieur c’est s’élever, et aller vers un mystère. Sur ces élévations sont les temples. Et dans ces vallées secrètes, chez eux liées à tant des légendes de la mort, on sait où trouver les sources chaudes, les bains ferrugineux, ou l’éclatement épuré du ciel. Qui n’a pas suivi, dans l’émerveillement, Bashô dans ses voyages d’hiver ? Il vivait dans une case sous un bananier l’été, et l’hiver, suivi de disciples, marchait, offrant aux maisons qui l’accueillaient, en échange, ces poèmes ou l’enseignement qui aujourd’hui sont son œuvre. Koishi Kurita acquiesce par une citation de Bashô : La vie est un voyage, le temps ce voyageur. Et commente : — Même un haïku (quinze syllabes en trois vers), peut contenir les cinq éléments.

Koichi Kurita fut danseur : tout dans la danse part du sol et y revient. La prise d’élan, l’énergie pour échapper à la gravité, le mouvement et l’arabesque : le sol. Le corps qui se dresse et se tend, ou se referme et s’endort : le sol. La collecte de terre est le prolongement de la danse de Koichi Kurita, ou la forme définitive de sa danse. Il est sur son talus, il est dans la boue, il arpente une crête ou suit l’ébouriffement d’un champ : il danse. Ce qui lui dicte le lieu précis, infiniment restreint, de la vieille peau de la terre où il accomplira le sacrifice, ce n’est pas affaire de couleur. Livré à la carrière, c’est cette conjonction tellurique — on dirait — qui le guide : plus loin les couleurs sont plus affirmées, encore plus curieuses, mais non. Il s’est posé comme un oiseau, là où la tension de la terre est telle que rien ne signale plus son propre poids, sa propre emprise. Il est armé de l’absolue non arme, non pas bêche ni pelle ni rien d’aratoire, mais l’humilité de cette cupule de bambou, venue aussi de ses temples. On dirait, la cupule pleine, dans le geste du danseur, ou le mouvement d’acrobate de l’homme oiseau se séparant de l’univers tellurique, qu’il remercie de l’offertoire : non pas lui qui a pris, mais la terre qui a donné. En tout cas, dans la religiosité de l’œuvre, les vingt fois vingt terres rassemblées en carré (quatre cent vingt-quatre prélèvements en cent quarante sites), c’est l’offrande réciproque, c’est le remerciement fait à la terre de ce qu’elle nous enseigne. Parce que tout cela, ces signes, cette odeur, la façon de se poser à tel point comme un oiseau et de se faire attentif, ceux qui partaient sur la mer, ou les chasseurs qui guettaient du jaune abri sous roche, ils le savaient forcément. Et les églises romanes en gardaient aussi quelque chose, que la religion même, en nos pays, a sans doute liquidé quand eux là-bas, gens de montagne et de méditation, ils l’ont porté jusqu’à aujourd’hui.
Parce qu’évidemment Koichi Kurita reste du Japon. Il y a un mystère de ce dialogue que nous entretenons désormais avec les artistes de chez eux. Ils entrent dans ce vieux territoire, de musique, de peinture, d’écriture, que nous avons constitué dans notre propre civilisation, peut-être parce que ce territoire on doit le traverser pour penser le présent, et même leur présent à eux, habitants de grandes métropoles lourdes de signes, d’électronique, d’élévations de béton, et tout le rugissement moderne. Mais ce territoire, qu’ils soient photographes ou peintres, ou écrivains ou musiciens, ils l’abordent avec leur façon autre d’être dans le temps, par l’énergie rassemblée et la méditation qui sépare du temps. Je pourrais prononcer des noms pour chaque discipline : aujourd’hui c’est nous qui réapprenons par eux.

Koichi Kurita avait quitté son pays pour s’approprier l’Asie, c’est au retour, dit-il, que les terres de l’archipel lui apparaissent comme un arc-en-ciel minéral, et qu’il entreprend de s’en saisir. Mais allez cueillir un arc-en-ciel. Le cercle des terres dans les petites coupoles de verre, exposé à Poitiers, est fait de cent huit terres de cet arc-en-ciel, pour répondre aux cent huit tentations de la religion bouddhiste. Le Japon est fait d’îles traversées de secousses sismiques qui sont aussi les séismes des hommes, l’éruption des grandes métropoles, la blessure sans nom de la guerre. Dans cette alliance reprononcée du présent et du temps, il a conçu ce qui est d’abord purement geste : se poser au point qu’il faut, cueillir l’offertoire dans l’outil humble de bambou.

Koichi Kurita est un artiste. Pour le minuscule instant de haute densité qu’est ce que je nomme offertoire, il y a une vie qui s’y engloutit. Un travail. Il y a l’hommage qu’on rend à la terre : elle est séchée, puis dépouillée de ce qui reste d’organique, racines, minces coquilles, débris. Il peut, pour l’infinie variété des terres de son île (je dis île pour archipel, puisqu’en chacun de ses points l’archipel est île unique, pourtant là-bas non dénombrable), il tamise et broie, puis inclut dans des éprouvettes de verre : la matière maintenant devient couleur, et l’assemblage des couleurs une infinie contemplation abstraire. Dans les temples de son pays, comme on accroche des papiers rituels, il pourrait déposer ces terres si diverses : les navigateurs traverseurs de mers, les grands marchands caravaniers traverseurs de continents, rapportaient ainsi un peu de terre prélevée. Koichi Kurita est artiste, parce que cette collecte on la renvoie au monde.

Et ce monde est complexe : pas une des 21 962 terres prélevées au Japon pour avoir la nuance de la voisine, ou c’est qu’on regarde mal. Et même si la nuance séparant deux points contigus ne nous est mesurable. Mais qu’on s’éloigne, et leur progression chromatique nous réapprend l’infinie diversité de la terre, qu’elle est vivante et agissante, et que nous sommes faits de cette vie-là.

L’arbitraire même devient proposition : à Poitiers, les vingt fois vingt carrés des terres prélevées sont simplement disposés dans l’ordre temporel où il les a cueillis. Et nul broyage ni tamis : on s’accroupit, on regarde, c’est la terre dans son grain, la terre dans sa rudesse et sa matière, la terre qui laisse empreinte sur les mains. On pourrait approcher les narines et flairer : cette terre-là sent, et non pas de même façon si c’est de silice ou de grès, ou d’argile ou de quartz, ou de restes de bauxite ou traces cuivrées, vocabulaire de géologie que lui-même Koichi Kurita, préfère contourner, avoir appris et oublié, parce que qui compte n’est pas ici, mais dans cet arbitraire même, qui n’organise plus que les couleurs : la variété arbitraire de tout ce qui tranche dans notre habitat minéral, la planète solidifiée des vieux éclats de poussière, rivée à son étoile de feu et perdue dans l’immensité galactique, la finesse et la précision et l’ordonnance de ce qui est présenté là soudain nous y rattache, en faisant de nous à nouveau, un instant, un être immobile et pensant, lié au plus originel de ce qui le forme.

— S’il y avait un village en Antarctique, j’irais, je rapporterais une poignée de sol, dit Koichi Kurita.

Alors nous remercions, et ce merci est peut-être ce en quoi l’art, si singulièrement, nous est salutaire.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne 7 janvier 2007 et dernière modification le 29 mai 2009
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