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prix unique du livre numérique : on ne s’en fout pas du tout

31 juillet 2010, 01:59, par François Gèze

Eh bien, bravo, cher François Bon, en la faisant si longuette, vous avez réussi à rendre votre analyse de l’affaire parfaitement "infalsifiable", comme disait Karl Popper. En effet, vous y mêlez des constats indiscutables, des raccourcis fort contestables et des informations factuellement fausses (beaucoup, vraiment). Il faudrait commenter chaque phrase ou presque pour les assigner à ces trois catégories et c’est le manque de temps nécessaire pour ce faire qui ne permet pas de démontrer la non-pertinence du titre de votre post, devenu par cette grâce "infalsifiable". Trop fort !
Ayant fait partie au titre d’un "syndicat croupissant" (le SNE) du groupe de travail avec les libraires qui planche depuis quelque temps sur cette question du prix unique du livre numérique avec les libraires du SLF et le ministère de la Culture, je voudrais simplement témoigner de l’une de vos erreurs factuelles.
Contrairement à ce que vous dites, le CNL (et ses 60 bureaucrates oisifs selon vous) n’est en rien concerné, puisque, du côté du ministère, ce sont les très maigres effectifs restant de feu la Direction du livre et de la lecture (disparition justement dénoncée en son temps par l’excellent auteur d’un article consacré à la "fin de la direction du livre", vous devriez le lire) qui ont bossé avec beaucoup d’intelligence sur ce projet de loi.
Lequel projet est porté avec le plus de détermination par les éditeurs soucieux d’une vraie diversité de création et par les libraires indépendants (que vous saluez d’une façon qui ressemble beaucoup à un faire-part de deuil, heureusement que vous vous trompez aussi sur ce point).
Son objet est (assez)simple : l’utilisation du "contrat de mandat" entre les éditeurs et les libraires en ligne (permettant aujourd’hui à l’éditeur de fixer un prix unique du livre numérique afin d’éviter les dégâts sur la création éditoriale que représenterait la liberté de discounter laissée au géants commerciaux du Web) n’est pas assez assurée, et une loi transposant dans le monde numérique l’esprit de celui de la loi de 1981 pour le livre papier est donc indispensable.
Indispensable pour permettre aux incontournables passeurs que sont les libraires de ne pas disparaître dans les nuages numériques de la lecture de demain, nuages qui se diviseraient sinon violemment entre pénibles cumulo-nimbus des gros marchands du Web et les évanescents et sympathiques cirrus des éditeurs innovants comme Publie.net, relégués dans la troposphère numérique.
Il faudrait des pages (ou des heures de discussion) pour expliciter cela plus avant. Et j’ai déjà été trop long. Sachez seulement que j’admire le travail de pionnier de Publie.net, et que je m’autorise de ce respect pour vous dire que, sur ce coup-là, vous vous plantez complètement et que vous tirez allègrement contre votre propre camp...

Voir en ligne : "Fin de la Direction du livre et de la lecture"